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Patrick Blanc : « Les forêts de nuages pullulent d’épiphytes »

plantes épiphytes au Museum
Isabelle Morand

Jusqu’au 15 novembre 2021, les Grandes Serres du Muséum national d’Histoire naturelle, à Paris, accueillent « Automne tropical », une exposition consacrée aux plantes épiphytes. Le botaniste et inventeur des murs végétaux Patrick Blanc a inauguré cette expo consacrée à ces plantes fascinantes. 

Hortus Focus : qu’est-ce qu’une plante épiphyte ? 

Patrick Blanc : c’est une plante qui s’installe sur une autre plante. En grec, « épi » signifie dessus, et « phyte » végétal. Donc, littéralement, ce sont des plantes qui germent généralement sur des branches d’arbres, parfois sur des fourches d’arbres, à différentes hauteurs. Elles peuvent aussi bien pousser à deux ou trois mètres au-dessus du sol, ou à 15 mètres ou carrément dans la canopée, à 30 m de haut.

Automne tropical
©Isabelle Morand

Le principe de vie épiphytique, c’est d’utiliser les plantes déjà existantes qui sont évidemment généralement des arbres, au lieu de faire du bois pour s’élever. 

plantes épiphytes
©J. Deleuze (Jardin des Iles)

Ce sont donc des végétaux qui n’ont pas besoin de terre pour croître ?

Exactement, elles n’ont pas besoin de terre. Il suffit de se promener en France, aux abords des cascades pour voir, par exemple, des plantes dont les racines sont fixées uniquement sur des mousses, des algues, voire les rochers. Mais certaines plantes sont malines et elles accumulent de la matière organique. Les Bromeliacées, dont les ananas font partie, forment des feuilles tout imbriquées les unes dans les autres.

Ces feuilles leur permettent de récupérer de l’eau, mais aussi les feuilles mortes des arbres. La plante crée ainsi son propre humus. Autres plantes à avoir développé une stratégie : les Platycerium (fougères corne-de-cerf). Quand les vieilles frondes de ces fougères vieillissent et meurent, elles se replient sur elles-mêmes et se transforment en terreau. Un seul Platycerium peut parvenir à faire 20 à 30 kg d’humus ! En comptant seulement sur lui-même. 

Mais comment ces plantes parfois lourdes et imposantes s’accrochent-elles solidement aux arbres ? 

Elles tiennent par leurs racines qui entourent en partie l’arbre. Quand les fougères poussent, elles se déplacent peu à peu, les rhizomes restent en place et forment une sorte de ceinture qui n’est pas du tout gênante pour l’arbre. De son côté, l’arbre profite de la présence de ces végétaux. Quand il pleut, les épiphytes récupèrent l’eau. L’excès d’eau suinte le long du tronc et les racines de l’arbre en profitent. Les interactions sont complexes et l’harmonie certaine.

Où vivent les plantes épiphytes ? Ont-elles besoin d’un milieu particulier pour se développer dans la nature ?

Les orchidées sont sans doute les plantes épiphytes les plus connues. Elles ne sont pas toutes originaires des tropiques puisqu’il existe quantité d’orchidées terrestres qui poussent par exemple chez nous sur les talus. Fleurs et feuilles sont beaucoup plus petites que celles des orchidées d’origine tropicales. Mais, c’est vrai, la plupart des orchidées sont effectivement épiphytes et vivent dans les forêts tropicales humides de la zone intertropicale. On trouve des épiphytes dans les Andes (Colombie, Équateur, Pérou), mais aussi dans montagnes d’Afrique de l’Ouest (notamment sur le mont Cameroun), à Bornéo, en Nouvelle-Guinée, en Nouvelle-Zélande…

plantes épiphytes
©Isabelle Morand

Toutes ces régions de la zone intertropicale réunissent les conditions d’humidité et de température favorables à l’installation des épiphytes. Plus que le froid, ces plantes redoutent le manque d’eau, la sécheresse. 

Elles poussent donc dans ce que l’on appelle les forêts de nuages ? 

Oui, les forêts de nuages pullulent de plantes épiphytes. Voilà un peu plus d’un an, j’étais aux îles Salomon. Je peux vous dire que dès que vous arrivez vers 1500-1800 m, tout, tout, tout est couvert de plantes épiphytes. On y trouve même des représentants de la famille des Éricacées, celle des bruyères et des rhododendrons. C’est étonnant ! 

Ces plantes épiphytes peuvent-elles pousser… dans la terre ?

Mais oui ! Ces végétaux seront tout à fait ravis si vous les installez en pot à l’exception des tillandsias par exemple. Les orchidées, les Broméliacées, beaucoup de fougères vont très bien s’y débrouiller à condition que le substrat soit assez léger et qu’elles reçoivent suffisamment de lumière. L’anthurium des fleuristes (Anthurium andreanum) pousse très bien en pot alors qu’il vit en épiphyte dans sa Colombie originelle… Chez les Bromeliacées, il existe un certain nombre d’espèces qui peuvent vivre à longueur d’année dehors, dans un patio protégé des grands froids. Sur la Côte d’Azur, les jardins botaniques laissent nombre d’épiphytes dehors tout le temps. Ce sont des végétaux beaucoup plus adaptables qu’on ne le pense. 

plantes épiphytes
Anthurium ©Isabelle Morand
orchidées
©Isabelle Morand

Pourquoi les plantes épiphytes arborent-elles très souvent des couleurs vives ?

Les inflorescences des guzmanias, les aechméas, les vrieséas… arborent effectivement des couleurs vives. Ces Broméliacées sont toutes d’origine américaine et pollinisées par les colibris qui les repèrent grâce à leur couleur orange vif, rouge vif, rose vif, jaune. Les colibris ont un bec très fin et viennent chercher du nectar dans les fleurs, souvent en tubes. Certaines Gesneriacées ont développé une autre stratégie, les feuilles ont des taches rouges sur les feuilles pour attirer les pollinisateurs. Les couleurs vives sont surtout l’apanage de l’Amérique. Mais on trouve des inflorescences colorées ailleurs dans le monde. Aux îles Salomon, par exemple, les Medinilla accrochées aux arbres ont des inflorescences pendantes roses qui font le bonheur des nectarivores.

Les tillandsias sont des épiphytes un peu à part ?

Oui, car ce sont des plantes épiphytes strictes. Elles ne poussent pas en pot. Elles vivent accrochées aux branches des arbres. Dans les villes d’Amérique tropicale, on en voit parfois accrochées aux fils électriques. Elles se laissent porter, bercer par le vent. Rien d’étonnant donc si on les surnomme « les filles de l’air ». 

plantes épiphytes
©Isabelle Morand
plantes épiphytes
©Isabelle Morand

Une expo à ne pas manquer

‘Automne Tropical’, c’est le nouveau rendez-vous annuel des Grandes Serres du Jardin des Plantes, à Paris. Vous pouvez y admirer des espèces conservées par Muséum national d’histoire naturelle dans les serres de l’Arboretum de Versailles-Chèvreloup. 

La pépinière Tillandsia Prod y tient une boutique éphémère que nous vous recommandons. Vous y obtiendrez des explications précieuses pour vous occuper des jolies filles de l’air. 

Plus d’infos sur les épiphytes dans cette vidéo avec le botaniste Marc-André Selosse, professeur au Muséum.

Jusqu’au 15 novembre, de 10 h à 18 h. Plein tarif : 7 €. Muséum : Place Valhubert, 75 005 Paris. Métros :  Jussieu, Gare d’Austerlitz, Quai de la Rapée. 

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