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La végétalisation des cimetières en Wallonie

Cimetière de Namur - Belgique

Depuis 2019, l’utilisation des produits phytosanitaires est interdite chez les particuliers et dans les espaces verts en France, comme en Belgique. Les cimetières sont concernés. Comment gère-t-on la transition ? Exemple en Wallonie où la végétalisation des cimetières est en route. 

Hortus Focus  en quoi consiste votre mission ?

Mélanie Appeldoorn (architecte paysagiste en charge de la gestion et de l’aménagement des cimetières au sein de la région de Wallonie) : le service public de Wallonie travaille auprès des communes pour les accompagner dans la gestion des cimetières. Il s’agit déjà de remettre en ordre les archives, savoir qui est enterré et où, quelles sont les sépultures d’importance historique locale afin de respecter notamment la mémoire des anciens combattants. Le second volet consiste en la gestion de la problématique de l’entretien et de l’accessibilité des cimetières. J’interviens plus évidemment sur le second volet dans le cadre de la végétalisation des cimetières

Quels sont les problèmes liés à l’entretien des cimetières ?

On ne peut plus entretenir les cimetières comme avant. Les produits phytosanitaires sont interdits depuis deux ans. Pendant les cinquante dernières années, les communes se contentaient d’entretenir les cimetières une fois par an. Depuis 2019, elles ont été contraintes de trouver des alternatives, souvent mécaniques. Malheureusement, on a vite remarqué que cet entretien avec des moyens mécaniques ne suffit plus à avoir un cimetière propre et « beau ». Il faut donc trouver d’autres solutions.

L’objectif est-il aussi de ramener de la biodiversité dans les cimetières ?

Oui, absolument. Car les cimetières autrefois n’ont pas toujours eu cet aspect minéral. Il faut savoir que sous Napoléon III ont été créés des cimetières paysagers. Le cimetière du Père-Lachaise, celui du Montparnasse par exemple ont été créés à cette époque. Ils sont clos de murs, mais on y trouve des grands alignements d’arbres, des allées principales, des allées secondaires, de grandes pelouses et une compartimentation de l’espace en fonction des différentes religions.

Cimetière de Noville-les-Bois
Cimetière de Noville-les-Bois

Puis les deux guerres mondiales ont fait évoluer la conception des cimetières. On a dû faire face à une demande importante d’inhumations. Les nouveaux cimetières créés alors se contentent simplement d’accueillir les soldats disparus aux combats et les victimes civiles. L’univers des cimetières est complètement minéral ou presque. Aujourd’hui, les circonstances, les envies sont différentes. La tendance est au retour de la nature et à la biodiversité dans les cimetières. Ce sont des demandes citoyennes qu’il faut entendre.

Comment réaliser la végétalisation des cimetières ?

Attention, il ne s’agit pas de tout végétaliser. Certaines allées et parties ne sont pas enherbées : l’accès pour les véhicules, le service technique, les marbriers, les pompes funèbres. On enherbe surtout les allées secondaires, mais pas comme le fait un particulier. Ce sont des enherbements via des espèces à croissance lente (pour limiter l’entretien), qui résistent au piétinement et à la sécheresse.

 

Vegetalisation des cimetières
Enherbement du cimetière de Gembloux

Nous enherbons donc avec plusieurs mélanges mis au point par des botanistes. On y retrouve toujours du trèfle nain, voire du microtrèfle. Le trèfle capte l’azote dans le sol, le restitue aux autres plantes et permet d’obtenir une bonne densité en surface. Dans ces mélanges, on trouve aussi des petites fleurs indigènes mellifères, qui permettent la pollinisation.

Quel est votre bilan au bout de 3 ans ?

Pour avoir un enherbement optimal, il faut compter entre deux à trois ans. Les résultats ne sont pas homogènes dès la première année, car il existe une certaine rémanence dans le sol des produits phytosanitaires utilisés dans le passé. 

Quels sont les engins utilisés pour l’entretien des allées qui ne sont pas ensemencées ?

La débroussailleuse est un outil classique, mais elle projette des graviers qui peuvent endommager les tombes. Les brûleurs thermiques sont un autre outil possible, mais c’est une solution onéreuse pour les communes. Et la population n’aime pas cette solution, car la plante prend son temps pour se dégrader. Une autre technique consiste à pulvériser une mousse sur les plantes, mais cette méthode est trop couteuse pour les communes. La meilleure solution, ce sont des machines qui permettent de retourner le gravier en surface et donc d’éliminer une grande partie des adventices. 

Le gravier est-il enlevé avant l’enherbement ?

Non, surtout pas. Le gravier donne une bonne stabilité au sol. Enfin, s’il s’agit d’une grosse couche, on en enlève une partie. Il faut laisser une couche de 2 à 3 cm de gravier, mélanger ce gravier à la terre existante, ajouter un petit peu de terre végétale pour enrichir, avant de compacter le tout et de semer les mélanges. 

Une petite couche de gravier est laissée pour stabiliser le sol.
Une petite couche de gravier est laissée pour stabiliser le sol.

Au niveau des communes wallonnes, quelles sont les réactions ? 

La première année est compliquée. Il faut le temps pour que l’enherbement se fasse bien et que les communes mettent en place une bonne gestion au niveau de l’entretien. Une bonne gestion, ce n’est pas seulement tondre. Il faut avoir le matériel, il faut créer des services et former le personnel chargé de l’entretien. Certaines communes n’ont pas de services espaces verts ou n’ont pas de moyens suffisants pour entretenir les cimetières différemment. C’est pourquoi la région Wallonie se doit de les accompagner dans le changement. 

Comment réagit la population à cette transition ? 

Au début, les gens sont très surpris par la végétalisation des cimetières. Certains sont même très mécontents. Généralement, il faut compter entre deux et trois ans pour que la grande majorité de la population comprenne la démarche, ses bienfaits autant pour la nature que pour le personnel chargé de l’entretien, mais aussi tous les visiteurs des cimetières. 

Nous devons aussi expliquer aux gens que ce n’est plus à eux d’entretenir les entre-tombes enherbées, mais à la commune. Il n’est plus possible de disposer pots et jardinières ailleurs que sur les tombes pour faciliter le travail des agents techniques. Il est important de les sensibiliser et de leur faire comprendre la logique derrière et la logistique aussi.

Comment les sensibilisez-vous ?

On pousse les communes à informer les habitants à longueur d’année via le Bulletin communal, les réseaux sociaux, des panneaux d’information à l’entrée des cimetières. Au niveau de la région, nous les sensibilisons sur ces nouvelles démarches lors de la Toussaint, pendant les Journées du patrimoine.

Vous parlez d’offre cinéraire. Que recouvre ce terme ?

Les demandes de crémation sont de plus en plus importantes. Des crématoriums sont en train d’être installés un peu partout chez nous. L’inhumation des cendres est très réglementée en Wallonie. Première possibilité : déposer les cendres dans un colombarium ou sur une aire de dispersion, ce que vous appelez en France les « jardins du souvenir ». Deuxième possibilité : la cavurne : l’urne est déposée dans une petite cuve creusée dans le sol et recouverte d’un couvercle en béton ou en granit. Troisième possibilité : les familles peuvent conserver les cendres chez elle ; elles doivent indiquer le lieu où elles les conservent et la durée de conservation à domicile avant une inhumation. Dernière possibilité : disperser les cendres dans une propriété privée, avec l’accord du propriétaire bien entendu. 

Jardin du souvenir
©François GOGLINS

L’humusation des corps pas encore d’actualité

Après la végétalisation des cimetières, l’humusation ou compost humain consiste à se faire enterrer dans un costume à base de champignons. « Cette humusation a été le sujet d’études réalisées par l’Université de Louvain-le-Neuve. Malheureusement, nous avons conclu que le processus proposé par une entreprise n’était pas du tout valable. Elle ne permettait pas une bonne décomposition des corps. Il existait notamment des risques de pollution des nappes phréatiques. »

Pour en savoir plus sur l’humusation des corps, lire NOTRE ARTICLE.

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