Le héron cendré

les hérons en france
Piotr Krzeslak

Maudit par les propriétaires de bassins, d’étangs, le héron cendré, le plus commun des hérons chez nous, est un oiseau protégé depuis 1974. Pas question de le chasser, de l’attraper ou d’en faire tout un plat comme au Moyen-âge… 

Comment reconnaître un héron cendré

  • Long cou en S. C’est l’allongement de la sixième vertèbre cervicale qui lui donne cette forme caractéristique.
  • Bec long et pointu.
  • Longues pattes (dans le passé, une fois bouillies, on en faisait une huile « magique » pour soigner des tas de trucs, beurk…).
  • Dimensions d’un héron cendré adulte : 1 m de haut. 1,85 m d’envergure. Poids : entre 1,5 et 2 kg. 
  • Plumage à dominante grise.
  • Vitesse de vol : 45 km/h (moins rapide qu’une cigogne).
  • Migration flemmarde : jamais plus de 500 km. 
  • Nom latin : Ardea cinerea
le héron cendré
©GlobalP
le héron cendré
©Dgwildlife

Que mange le héron cendré ?

Ben… tout ce qui peut lui tomber dans son long bec : poissons (poissons rouges comme brochets). Détail sordide : quand l’envie lui prend de se faire une carpe koï, il commence par s’attaquer aux yeux. Et s’il n’y parvient pas, il s’attaque aux écailles. 

Quand les poissons manquent, il mange des batraciens, des petits rongeurs, des reptiles… « Tout ce qui rentre fait ventre », comme disait ma grand-mère.

C’est un malin !

Installer un faux héron à côté de votre bassin n’est strictement d’aucune utilité. L’oiseau a appris à vivre en groupe ou non loin d’autres oiseaux de marais. Ses congénères en fer ou en plastoc, il s’en moque comme de son premier poisson rouge. Une prière à Sainte-Rita est tout aussi efficace, qu’on se le dise.

Il est toujours possible d’installer une clôture ou un grillage électrique, mais c’est moche, et puis ça peut aussi être dangereux pour d’autres espèces.

Programmer un jet d’eau à intervalles réguliers ne sert à rien non plus. Le héron doit même rire sous cape devant cette astuce indigne d’un volatile comme lui…

Le seul truc efficace : les fils tendus au-dessus du bassin, mais là encore, c’est moche…

Une grande patience

 Il est très doué pour se percher sur des arbres tombés dans l’eau, faire mine de rien pendant des heures avant d’allonger cou et bec pour choper une proie. Et hop ! Direct le ventre !

Maternités et nurseries perchées

La reproduction a lieu entre février et juillet. On sait que l’heure de la reproduction a sonné quand les hérons se regroupent façon « Grand Salon du mariage ».

La parade amoureuse achevée, le mâle se met au travail pour construire un nid quasi tout plat (et un peu foutraque…). La femelle vient y pondre de 3 à 10 œufs (voire 12). Le couple se relaye pour couver et nourrir les petits pendant environ 7 semaines jusqu’au départ du nid. 

Le héron cendré
©Pascale Gueret

Souvent les nids des hérons ne sont pas très éloignés les uns des autres. Faut-il en conclure que les parents veillent sur les nichées des copains ?

D’autres espèces de héron présentes en France

Le héron pourpré

Beaucoup moins courant que le héron cendré, Ardera purpurea vit et niche en Europe et en Afrique du Nord. Il est plus coloré : poitrine brun roux, abdomen noir, bec et pattes jaunes. Protégée depuis 1981, cette espèce ne compterait plus que 5000 couples en Europe.

Les hérons en France
© Pierre Dalous
les hérons en France
jeunes au nid ©"Mike" Michael L. Baird

Le héron garde-bœufs

Il est plutôt marrant ce petit héron (Bubulcus ibis) originaire d’Afrique et qu’on peut observer de plus en plus souvent chez nous depuis quelques années. Il se nourrit notamment d’insectes que les chevaux, bovins et ovins effarouchent en se déplaçant. Pas folle la guêpe !

La grande aigrette

Ardea alba est le plus grand des hérons vivant en Europe. Il a longtemps été chassé pour ses longues plumes blanches utilisées pour décorer les chapeaux (voir plus bas). Aujourd’hui, bénéficiant pleinement de leur statut d’espèce protégée, les populations de grandes aigrettes se reconstituent lentement mais sûrement.

Les autres hérons en France
©stuart Burns

Chez le plumassier

Pour décorer les chapeaux et « toutes sortes d’habillement de tête » (extrait du statut officiel de la plumasserie), les oiseaux ont été chassés à outrance pendant des siècles. Les plumassiers utilisaient des plumes de héron, mais également d’autruche, d’oie, de coq, de paon, de vautour, de geai… Les plumes de héron étaient souvent utilisées pour confectionner des panaches.

Les coiffures sous Louis XVI étaient l’objet de concours d’extravagances. C’est à qui aurait la coiffure la plus haute et les plumes étaient largement mises à contribution. Vincent-Marie Viénot de Vaublanc dit le comte de Vaublanc rapporte le ridicule de certaines situations : « J’ai vu une dame qui, non seulement était à genoux dans sa voiture, mais encore passoit la tête par la portière. J’étois assis auprès d’elle. Quand une femme ainsi panachée dansoit dans un bal, elle étoit contrainte à une attention continuelle de se baisser lorsqu’elle passoit sous les lustres, ce qui lui donnoit la plus mauvaise grâce que l’on puisse imaginer »

le héron cendré
©Adolphe Millot

« Le Héron », par Jean de la Fontaine

Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,
Le Héron au long bec emmanché d’un long cou.
Il côtoyait une rivière.

L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ;
Ma commère la carpe y faisait mille tours
Avec le brochet son compère.

Le Héron en eût fait aisément son profit :
Tous approchaient du bord, l’oiseau n’avait qu’à prendre ;
Mais il crut mieux faire d’attendre
Qu’il eût un peu plus d’appétit.
Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.

Après quelques moments l’appétit vint : l’oiseau
S’approchant du bord vit sur l’eau
Des Tanches qui sortaient du fond de ces demeures.
Le mets ne lui plut pas ; il s’attendait à mieux
Et montrait un goût dédaigneux
Comme le rat du bon Horace.

Moi des Tanches ? dit-il, moi Héron que je fasse
Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ?
La Tanche rebutée il trouva du goujon.
Du goujon ! c’est bien là le dîner d’un Héron !

J’ouvrirais pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise !
Il l’ouvrit pour bien moins : tout alla de façon
Qu’il ne vit plus aucun poisson.

La faim le prit, il fut tout heureux et tout aise
De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :
Les plus accommodants ce sont les plus habiles :
On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
Gardez-vous de rien dédaigner ;
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.

Bien des gens y sont pris ; ce n’est pas aux Hérons
Que je parle ; écoutez, humains, un autre conte ;
Vous verrez que chez vous j’ai puisé ces leçons. 

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