Vers Helloasso

Réensauvager la terre et se réinventer avec Jeremy Rifkin

L'âge de la résilience de Jeremy rifkin

Je ne vais pas vous parler de la totalité du livre de Jérémy Rifkin. Je ne peux que vous en recommander la lecture attentive si la situation de la planète, les enjeux économiques, sociaux et culturels vous intéressent. Si nos modes de vie, nos choix alimentaires et leur production sur cette terre vous préoccupent, vous trouverez là matière à réflexion.

Riche, extrêmement documenté, ce texte fouille nos croyances, nos fictions et les activités délétères pour la planète et les humains, qui y sont associés.
Je vais vous parler des pages qui m’ont interpellée.

Le sol ou pédosphère

La pédosphère, ce sont ces quelques centimètres ou quelques mètres, où se concentre la vie et qui forment la surface de la Terre ; le plancher des vaches sans lequel nous n’existerions plus.
« Couche frontière qui vit, respire évolue constamment et où interagissent les roches, le sol, l’eau, l’air et les organismes vivants. Ces interactions complexes régulent le milieu naturel et déterminent la disponibilité des ressources qui soutiennent la vie, notamment, les denrées alimentaires et la qualité de l’eau. Le sol fixe les plantes et leur permet de pousser, purifie l’eau et constitue un mini-écosystème. »

2 300 milliards de tonnes de carbone sont stockées dans les sols

Vache

Au nom de l’efficience, la terre dévastée

Qu’est-ce que l’efficience ? « Qui aboutit à de bons résultats avec le minimum de dépenses, d’efforts ?… » nous dit le Larousse. L’efficience est la base de la fiction de super productivité : cette croyance qu’on peut toujours retirer ce qui coûte pour produire toujours plus et faire le maximum de profit.

Sur le sol, au nom de l’efficience, l’agrochimie a déversé – et déverse encore – des tonnes de pesticides (fongicides, insecticides…) réduisant à néant la vie du sol ; et le leurre est désormais démontré : accroître la productivité pendant quelques années ruine la vie à long terme.

Ce sol, fondement de la vie, est aujourd’hui considéré comme une ressource naturelle menacée, à l’échelle de la planète, tant le rythme de destruction excède celui de la reconstitution. (ISRIC)

©halfpoint
©halfpoint

Et ce n’est pas tout, la densité de têtes de bétail sur les lieux d’élevage réduit la biodiversité des prairies au point que l’ISRIC considère comme très dégradées, 20 % des pâtures dans le monde.

Croyances et fictions

Déforestation, extraction, dégradations sont intimement liées à cette croyance économique et organisationnelle qu’est la course à l’efficience. La démonstration que fait Jérémy Rifkin est sans appel.

Du producteur au consommateur

L’agrochimie porte une énorme responsabilité dans cette destruction, mais elle n’est pas la seule. Ainsi, chacun d’entre nous, consommateur, apporte sa pièce à l’édifice.

Notre consommation massive de produits carnés tant à l’échelle individuelle que collective contribue à une très grave déforestation au profit de champs de soja destinés à nourrir le bétail ; les mêmes cultures qui concentrent les revenus entre peu de mains et accroissent les inégalités localement.

Élevage. Les mouons sur la terre des prairies
©Dimitri Kalioris

Nous en faisons les frais tous les jours. Sous couvert de pragmatisme, en réalité un détournement du mot, car il n’est pas pragmatique de faire du profit au point de détruire son habitat, on a « dégraissé » (le mammouth disait un ancien ministre en parlant de l’Éducation nationale). Les organisations, les stocks, le temps, les réserves, tout a fondu en même temps que nos glaciers. On a appelé ça, flux tendu, réorganisation ou rationalisation, mais c’était la disparition programmée de « la résilience ».

La résilience, c’est la faculté des systèmes et des écosystèmes à se régénérer, à se réparer lorsqu’ils ont dû faire face à une situation de crise. Bien entendu, plus le système est assis sur des réserves, plus il peut puiser dans des ressources, plus il est résilient.

Le nombre de salariés des grands services publics, la taille des stocks de masques sont à l’origine de la situation très difficile tant pour la population que pour les établissements de soin que nous avons connue au moment du Covid-19 ; mais la  démonstration ne semble pas suffisante.

En dispersant à travers toute la planète les morceaux de la production technique, énergétique et alimentaire,  nos capacités de réaction se sont trouvées affaiblies.

Pour une poignée de dollars, on a mis en péril notre autonomie alimentaire, énergétique, notre système de santé…, la Terre.

Taïwan - JONK la terre reprend ses droits
Jonk est un photographe de la puissance de la nature face à la création humaine.

La fiction de toutes les fictions

C’est celle dans laquelle l’humain, et en particulier l’humain de culture occidentale, est convaincu de pouvoir dominer la nature, et de ce fait la posséder.

Cette possession inclut l’utilisation du Vivant comme une ressource infinie, le dépôt de brevet, mais aussi la destruction, si besoin est.

La fiction est à l’origine de notre immense fragilité actuelle, de la disparition des insectes et de la sixième grande extinction.

Cette folie de domination est une face de la bêtise. Car, si l’intelligence est avant tout une capacité à s’adapter, à être en harmonie avec le milieu, alors l’être humain est l’animal le plus stupide du système solaire !

Remontons nos manches !

L’auteur croit en la capacité des humains à réfléchir autrement, pour construire une société sur de nouvelles bases plus résilientes. Le vaste changement de conscience qu’opère aujourd’hui la jeunesse est pour lui un grand espoir.

Car c’est cette génération qui va devoir repenser l’éducation et les enseignements : la collaboration et non plus la concurrence, la place de l’humain au cœur du Vivant, le Vivant au cœur de l’humain. Car ce changement est si grand qu’il est exclu d’en confier la charge aux seuls gouvernants. La démocratie est un pilier des transformations et repose sur l’implication des citoyens dans le monde à construire.

Les scientifiques, la recherche, ont une place fondamentale pour inventer des solutions biophiles, les seules durables !

En fait, à la lecture de ce livre, remonte la devise incontournable : “Liberté, celle du commun pas seulement de l’individu ; Égalité, pour ne laisser personne sur le bord du chemin et rétablir les équilibres ; Fraternité, pour que l’énergie que va nous demander cet avenir en construction soit tournée vers la paix plutôt que vers la guerre.
Et soyons honnête, ça va demander du boulot !

Face à ces constats, à l’incompatibilité entre le capitalisme, l’idéal de progrès et d’efficience et le caractère limité des ressources naturelles, Jeremy Rifkin imagine pour demain un nouveau paysage. Il s’appuie sur les travaux d’une génération montante de physiciens, de chimistes et de biologistes à la pointe de la recherche pour mettre en avant une nouvelle vision de la nature humaine, montrant en quoi la vieille idée qui faisait de nous des êtres autonomes agissant les uns sur les autres et sur le monde naturel est devenue caduque.

L’âge de la résilience
La Terre se réensauvage, il faut nous réinventer

Jeremy Rifkin
Les liens qui libèrent éditions
Traduction Lise et Paul Chemla
400 pages, 24,00€

La terre se réensauvage Jeremy Rifkin
close

Inscrivez-vous
pour recevoir [Brin d'info]

dans votre boîte de réception,
chaque semaine.

Nous n’envoyons pas de messages indésirables ! Lisez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

L'âge de la résilience de Jeremy rifkin
Share via
Copy link
Powered by Social Snap