Le pommier de Sodome

Charles Gibson

Vous ne risquez pas de le croiser par chez nous, mais le pommier de Sodome est un végétal qui ne peut qu’attirer la curiosité. Pourquoi Calotropis procera a-t-il hérité de ce surnom ? Et est-il vrai que cette plante est dangereuse ? Et pourquoi fascine-t-elle les voyageurs ? 

La description de Théodore Monod

En 1923, le plus grand spécialiste français des déserts part pour une traversée de la Mauritanie occidentale, de Port-Étienne à Saint-Louis. Comme il le raconte dans une revue spécialisée en 1928, il peut observer nombre de Turdje, le nom donné localement au pommier de Sodome.

« Cette fausse-euphorbe » au latex abondant, aux larges feuilles vernissées et aux belles et odorantes fleurs violettes, est rare dans le Tasiast, commune dans le sud du Tafolli, très abondante dans le Bar. Bois léger qui fournit un liège épais et est employé comme flotteur pour les filets de pêche par les Imraguens (ndlr : communauté mauritanienne) ». Dans l’un de ses livres les plus célèbres, « Les Méharées », il décrit ainsi la plante : « … plante admirable de vigueur, de netteté, de franchise ; port résolument dressé (…), feuilles entières, arrondies, épaisses, charnues, vernies et comme laquées d’un vert légèrement bleuté, fleurs en corymbes terminaux, de velours mauve (???), fruit globuleux, allongé, vert, puis jaunâtre, contenant rangées à la façon des écailles d’un poisson, les graines, argentées d’abord, puis brunâtres… »

©Isabelle Morand
©Isabelle Morand

La plante est présente dans de nombreux déserts nord-africains, mais on la trouve aussi en Moyen et Proche-Orient.

Expérience perso

J’ai vu pour la première fois cette plante dans un oued à Oman. Un seul exemplaire qui s’était semé tout seul en plein milieu d’un chemin aride. Il mesurait environ 1,5 m de haut. C’est la couleur de ses feuilles qui m’a d’abord attirée, un étrange bleu-gris-vert, un aspect velouté (juste l’aspect), des nervures saillantes, des bouquets de fleurs d’une beauté surprenante en plein cagnard. Je n’ai pas vu malheureusement les fruits…

Des fruits à la forme évocatrice…

Calotropis procera est connu sous plusieurs noms. Le plus commun ? Le pommier de Sodome, en raison de la forme de ses gros fruits qui évoquent celle d’un scrotum. Les légionnaires lui ont trouvé un autre nom : le roustonnier… Ces fruits abritent des graines couvertes de poils tout doux que le vent se charge de disperser (anémochorie). 

©Katerina mashkevych
©Katerina mashkevych

Une plante très toxique

Le latex abondant du Calotropis procera est dangereux, très dangereux. Pour les hommes comme pour les animaux. On dit qu’un simple contact avec ce latex (dont les propriétés rappellent celles de la digitale) entre le museau d’un cheval et le latex peut provoquer la mort de l’animal ! Et comme les branches cassent comme du verre… 

Le pommier de Sodome est en revanche utilisé dans la pharmacopée traditionnelle. Les racines, les feuilles, les fleurs et même le latex dilué entrent dans divers remèdes pour soigner des maux très différents, des verrues à la syphilis…

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