460millions de tonnes de plastique/an. Entre 2000 et 2019, la production de matières plastiques a doublé selon l’OCDE. Et les spécialistes de cette organisation pensent qu’elle va tripler d’ici à 2060 ! 40% sont utilisés par l’emballage. Donc, valoriser les déchets alimentaires est non seulement une obligation depuis le 1er janvier dernier, mais aussi un défi et une ambition. Celle de trois jeunes chimistes. Nous avons rencontré Thomas Hennebelle, cofondateur de Dionymer.
Thomas Hennebelle est PDG de Dionymer, jeune société bordelaise qui offre une nouvelle approche de la chimie. Dionymer s’intéresse particulièrement à la chimie circulaire, et notamment celle des matériaux polymères qui composent les plastiques et sont issus de la pétrochimie. “Nous développons une approche qui consiste à transformer les déchets organiques de nos poubelles de cuisine en matériaux polymères complètement biodégradables. Nous pensons qu’ils remplaceront un certain nombre de polymères d’origine pétrochimiques.
Polymères : Assemblage de plusieurs molécules identiques afin d’en former une plus grosse.
Un secret de fabrication
“Nous prenons des déchets organiques, ceux des cantines, des restaurants, des hôtels. Nous les décomposons avec l’aide de bactéries capables de les consommer et d’accumuler dans leur organisme ces fameux matériaux polymères. Ça procède de la même manière que pour l’accumulation de la graisse. Et cette “graisse”, ce sont les bioplastiques. Nous extrayons cela et la réduisons en poudre. C’est cette poudre qui va pouvoir être utilisée pour un certain nombre d’applications.”
Le procédé est bien sûr breveté. Et nous n’en saurons pas plus sur les bactéries.
Un lancement par étape
2024 a été une étape pilote qui faisait suite à une levée de fonds et a permis de monter en puissance sur le plan industriel, avec pour objectif une production de 1000 tonnes par an dans 5 ans. Et l’idée séduit en particulier le monde des cosmétiques. Le remplacement des polymères pétrochimiques qui servent d’agents de texture dans les crèmes permettrait de fabriquer des produits plus sains, mais aussi d’éviter la dispersion de microparticules de plastique dans l’eau. L’OCDE a chiffré à près de 109 millions de tonnes la quantité de plastiques accumulée dans les lacs et les cours d’eau, et à 30 millions de tonnes celle amoncelée dans les océans.
“C’est important de comprendre que nos polymères sont naturels. Ils sont produits par les bactéries présentes dans le milieu naturel. Ils sont donc décomposables par ces mêmes bactéries dans le milieu naturel. Il n’y a pas de conséquences néfastes sur les écosystèmes.”
Des usages multiples
Outre les cosmétiques, l’encapsulage de principes actifs dans les engrais y gagnerait encore une fois sur la dissémination de microparticules des plastiques dans les sols et les eaux. Or, “la pollution plastique peut modifier les habitats et processus naturels, réduisant la capacité des écosystèmes à s’adapter aux effets des changements climatiques, et nuisant ainsi directement aux moyens de subsistance de plusieurs millions de personnes, aux capacités de production de denrées alimentaires et au bien-être des populations“, peut-on lire sur le site de l’ONU. L’urgence est donc réelle.
Toujours pour les mêmes raisons, ces polymères pourraient remplacer ceux issus de la pétrochimie dans les lessives qui, elles aussi envoient des particules dans des stations d’épuration qui ne peuvent les arrêter.
“On peut faire des fibres textiles aussi pour des textiles agricoles qui actuellement génèrent des microplastiques. Ça fonctionne aussi pour des sacs, des gobelets, des bouteilles d’eau ou des bouteilles de jus de fruits ou de lait. Nos polymères ont du sens.” affirme Thomas. On peut également envisager son utilisation pour les pots ou des filets de culture.
Et la sobriété dans tout ça ?
“Notre idée n’est pas de remplacer tout le plastique produit. Nous ne nions pas la problématique d’usage que révèle la multiplication des emballages, et particulièrement des emballages à usage unique. Notre volonté c’est de proposer ces polymères là où ça a du sens.”
Biodégradable, mais encore ?
“Les plastiques “biodégradables” le sont-ils vraiment ?”, c’est le titre d’un article de Louis San sur France info. Il fait état d’une étude menée par le CNRS – Plastizen, un projet de sciences participatives, qui montre que biodégradable n’est pas un mot bien défini. Il cite Sophie Guillaume, directrice adjointe de l’institut de Chimie du CNRS et spécialiste des polymères “Ce qui est biosourcé n’est pas forcément biodégradable, et ce qui est biosourcé et biodégradable n’est pas forcément compostable”. Et à l’intérieur du biodégradable, il faut distinguer les conditions requises pour la biodégradabilité et le temps nécessaire.
Du vrai biodégradable
“Alors là, le pH, c’est le nom du matériau qu’on produit, est un matériau déjà connu comme une référence en termes de biodégradabilité. Il est le plus biodégradable. Il est compostable en environ deux semaines en conditions domestiques dans un composteur de jardin ; et aussi dans les conditions marines, donc dans l’océan. Globalement dans la nature, en quelques mois, il se dégrade contre plusieurs dizaines ou centaines d’années pour les plastiques pétrochimiques. Et pourtant c’est aussi résistant pendant l’utilisation si on ne le met pas en présence de micro-organismes pendant trop longtemps.”




