“Près de là était une fontaine dont l’eau pure, argentée, inconnue aux bergers, n’avait jamais été troublée ni par les chèvres qui paissent sur les montagnes, ni par les troupeaux des environs. Nul oiseau, nulle bête sauvage, nulle feuille tombée des arbres n’avait altéré le cristal de son onde. Elle était bordée d’un gazon frais qu’entretient une humidité salutaire ; et les arbres et leur ombre protégeaient contre l’ardeur du soleil la source et le gazon. C’est là que, fatigué de la chasse et de la chaleur du jour, Narcisse vint s’asseoir, attiré par la beauté, la fraîcheur, et le silence de ces lieux. Mais tandis qu’il apaise la soif qui le dévore, il sent naître une autre soif plus dévorante encore.

Narcissus © Didier Hirsch

Narcissus © Didier Hirsch

Séduit par son image réfléchie dans l’onde, il devient épris de sa propre beauté. Il prête un corps à l’ombre qu’il aime : il s’admire, il reste immobile à son aspect, et tel qu’on le prendrait pour une statue de marbre de Paros. Penché sur l’onde, il contemple ses yeux pareils à deux astres étincelants, ses cheveux dignes d’Apollon et de Bacchus, ses joues colorées des fleurs brillantes de la jeunesse, l’ivoire de son cou, la grâce de sa bouche, les roses et les lis de son teint : il admire enfin la beauté qui le fait admirer. Imprudent ! il est charmé de lui-même : il est à la fois l’amant et l’objet aimé ; il désire, et il est l’objet qu’il a désiré ; il brûle, et les feux qu’il allume sont ceux dont il est consumé. Ah ! que d’ardents baisers il imprima sur cette onde trompeuse ! Combien de fois vainement il y plongea ses bras croyant saisir son image ! Il ignore ce qu’il voit ; mais ce qu’il voit l’enflamme, et l’erreur qui flatte ses yeux irrite ses désirs.”

Les métamorphoses d’Ovide [LIVRE III – Extrait -Traduction de Villenave 1806]

Écoutez le texte lu par Georges Berger – musique ©Atomkraft

 

Régalez-vous les yeux !

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.