Auricules, des bijoux pour la mi-ombre

 

Les auricules (Primula auriculas), cousines alpines de nos primevères, n’ont pas acquis en France la renommée qu’elles méritent. Elles ont pourtant la particularité d’apporter, par leurs floraisons atypiques, un grain de folie aux parties mi-ombragées du jardin. Entretien avec Jodie Mitchell, de la pépinière Barnhaven-Primroses.

 

Barnhaven, Rob et Jodie Mitchell

Rob et Jodie Mitchell , pépinière Barnhaven

Hortus Focus. Nombreux sont les amateurs de jardin qui connaissent la pépinière pour ses primevères, mais peu savent que vous êtes également spécialiste de leurs cousines, les auricules…

Jodie Mitchell. Les Primula auricula ou Oreilles d’ours prennent, en effet, une part grandissante dans notre collection. Elles appartiennent aussi au genre Primula et on les appelle les cousines alpines de nos primevères communes, puisqu’elles poussent à l’état sauvage dans les Alpes. Les plantes présentées sur notre stand lors des fêtes des plantes sont le résultat de plusieurs siècles de travail d’hybridation réalisé par des amateurs et des professionnels. Elles étonnent toujours, par leurs fleurs qu’on dirait peintes à la main, mais aussi par la diversité de leurs formes et de leurs couleurs. Nous avons plus de 300 cultivars dans la collection, mais il en existe plus de 1000 actuellement.

 Quelles sont les conditions qui leur conviennent le mieux ?

Ce sont des plantes qui ont besoin d’une exposition mi-ombre et surtout d’un bon drainage. Elles se plaisent dans des bordures bien drainées, des auges en pierre ou en rocailles ombragées. Pour certaines variétés, on conseille de les cultiver en pots (à l’extérieur) et de les protéger d’un excès d’eau en hiver en les mettant à l’abri sous un châssis bien ventilé, ou tout simplement sur le rebord extérieur d’une fenêtre.

Les auricules sont classées en deux catégories, les “Garden auriculas” et les “Show auriculas”. Quelles sont leurs différences ?

Ce sont les Flamands qui, au 18ème siècle, ont commencé à classer les auricules en catégories pour les montrer dans les concours et établir des standards. Ces catégories sont encore utilisées en Angleterre aujourd’hui lors des nombreux concours. Ce sont les mêmes plantes, mais les “Garden auriculas”, aussi appelées “Border auriculas”, sont les auricules de jardin. Elles sont cultivées pour être des plantes très robustes et florifères qui s’adaptent bien à des parterres et aux conditions de pleine terre. Elles ne sont pas sujettes aux critères stricts imposés aux auricules dites ‘Show’ ou de collection, et peuvent être de n’importe quelle couleur et forme. 

Les “Show auriculas” sont des cultivars sélectionnés par rapport à des critères bien précis pour être exposés dans des concours. Pour être baptisés, ils doivent traditionnellement avoir gagné un prix dans un concours. Ce sont aussi des plantes très robustes.

Les auricules sont particulièrement appréciées en Grande-Bretagne où de nombreux « Shows » leur sont consacrés chaque année. Existe-t-il des manifestations semblables ailleurs?

Primula auricula 'Arundell'

Primula auricula ‘Arundell’, Barnhaven ©Fabrice Chollet

Ces concours ont lieu actuellement en Angleterre, en Écosse et aux États-Unis. Ils sont organisés par des associations de passionnés de primevères et d’auricules. Pour le moment, il n’y en a pas encore en France, mais nous avons de plus en plus de collectionneurs… Qui sait ce que nous réserve l’avenir ?

Il y a plusieurs types de “Show Auriculas”. Correspondent-ils à des catégories de concours lors de ces concours ?

Oui, tout à fait. Il y a donc des formes alpines ou nuancées avec deux teintes sur les pétales, les Selfs ou les ‘pures’ avec une seule couleur, les doubles, les Fancy (ou bizarres) et les auricules lisérées de vert. On commence aussi à voir une nouvelle catégorie dans les expos, ‘Wire-edge’ avec un liséré blanc très fin sur le rebord des pétales.

Barnhaven a une longue histoire au cours de laquelle ont été introduites de nouvelles séries. L’une des dernières est la collection de “Show Auriculas”. Poursuivez-vous ce travail de recherche, d’introduction et de création aujourd’hui ?

La création et la recherche restent au cœur de notre travail. Tous les ans, nous introduisons de nouveaux cultivars de Primula auriculas issus de nos propres croisements ou venus d’autres collections. On introduit également de nouveaux cultivars comme la primevère japonaise double, Primula sieboldii ‘Flamenco’. Nous travaillons aussi sur les primevères doubles et on essaie toujours d’obtenir de nouvelles espèces et de nouvelles variétés.

En 2016, la Pépinière Barnhaven a fêté ses 80 ans. Quel regard portez-vous sur cette saga ? 

C’est une chance inouïe, mais aussi une très lourde responsabilité. Il n’est pas seulement question de respecter et continuer tout le travail qui a mené à la mise en place de ces collections. Il faut aussi prendre en compte le fait que nombre de nos gammes de primevères sont les descendantes directes des premières gammes introduites par les précédents propriétaires. Si nous ne faisions pas le travail de pollinisation à la main, ces gammes pourraient être complètement perdues. Il est ici question de sauvegarder un patrimoine historique de plantes. Certaines ont d’ailleurs été perdues. Nous nous efforçons de rechercher dans les anciens catalogues et utilisons également des notes manuscrites afin de refaire les mêmes croisements et de réintroduire des formes disparues.

Nous ne perdons jamais le fil conducteur de la collection dictée par la fondatrice Florence Bellis : « Le cachet de Barnhaven et une triade de couleurs, de formes gracieuses et de parfums subtils ». Je pourrais rajouter à cette liste que les plantes de Barnhaven se doivent aussi et surtout d’être des plantes robustes qui méritent une place dans le jardin.

Primula auricula 'Fanciful'

Primula auricula ‘Fanciful’, Barnhaven ©Fabrice Chollet

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Mon mari et moi avons rejoint la pépinière il y 5 ans dans le but de la reprendre quand mes parents prendront leur retraite. Nous avons beaucoup de rêves  et d’objectifs. Nous voulons continuer ce travail vital de sauvegarde des anciennes gammes. Nous souhaitons sauvegarder d’anciens cultivars, certains de nos auricules datent du 19ème siècle.

Nous avons aussi repris les Collections Nationales Britanniques* de Show et Alpine Auriculas de la Field House Nursery.

Nous voulons développer les Primula sieboldii et continuer à introduire de nouvelles espèces et de nouveaux hybrides. Nous devons aussi informer et inciter plus de personnes à planter toujours plus de primevères dans leurs jardins. L’entreprise s’agrandit notamment grâce à l’essor des ventes de plantes sur internet. Nous avons des clients partout dans le monde et notre site web existe désormais en trois langues. Nous espérons ainsi que Barnhaven va continuer à exister encore longtemps.

 

Plus d’infos sur la pépinière Barnhaven-Primroses et le catalogue, c’est PAR ICI !

 

* La pépinière Barnhaven est déjà détentrice des Collection Nationale de Primula obtentions Barnhaven et de la Collection agréée de cultivars de Primula auricula attribuées remis par le Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées.

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