Je mesure 5,79 mètres de haut et 4,57 mètres de large. Mon corps est constitué d’une armature en acier noir et d’environ :

-93 plantes vertes en pot (on les a comptées…!) 

-64 livres (des exemplaires de Native son de Richard Wright et des Anonymous alcoholic)

-24 blocs de beurre de karité dont 7 sculptés en forme de buste

-11 appareils radiophoniques

-4 tapis orientaux roulés

-3 pots en céramique

-2 planches de bois brulé

Une trentaine de lampes et de néons m’éclairent. Et je dégage une forte odeur, âcre et sucrée…   

 

Qui suis-je ?

Un jardin en pots? 

Une déco végétale pour hurluberlu au nez… un peu bouché?  

Une jungle pour Lilliputiens? Une piste d’atterrissage pour petits hommes verts ?

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Vous séchez ?

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Eh bien rien de tout cela! Je suis une œuvre d’art, une « installation ». Je m’appelle Plateaus 2014 et je trône au milieu d’une grande salle de la célèbre fondation Louis Vuitton. Entourée d’autres œuvres africaines, je suis l’objet de tous les regards…

 

 

 

 

 

 

 

Petite explication…

Plateaus 2014 a été réalisée par l’artiste d’origine africaine, Rashid Johnson, qui vit et travaille à New York.  Surtout connu comme représentant de la génération dite « post-black », il refuse d’être réduit au seul statut d’« artiste noir ».

Cette installation est une sorte d’autoportrait. Elle évoque différentes problématiques comme le déracinement et le “catalogage” des individus symbolisés par des plantes exotiques acclimatées, mises en pot et sagement alignées. Le karité se réfère à l’Afrique de l’Ouest et ravive la mémoire des Africains envoyés comme esclaves en Amérique. Quant aux livres et aux appareils de radio, ils montrent l’importance de la transmission et rappellent le  père de l’artiste qui était un « radio amateur ».

Les constituants de cette grande sculpture sont aussi symboliques. Le karité sert pour les médicaments et cosmétiques. Comme les plantes exotiques ou les tapis venus d’Iran ou du Pakistan, il fait partie de ces marchandises que l’Occident convoite et accueille avec plaisir. Bien plus volontiers, paradoxalement, que les hommes qui les ont produites… 

 

Et ce toutou devant sa pelouse?

Entouré de toute une armée canine gardant ses mini jardins, il fait partie d’une installation Dog sleep manifesto réalisée par l’artiste sud africain Kemang Wa Lehulere (toujours à la fondation Louis Vuitton).

Tous ces chiens devant des valises contenant des lopins de terre évoquent le problème de la propriété dans le pays de l’artiste et se réfèrent explicitement à la loi du Natives Land Act. Adoptée par le régime de l’apartheid en 1913, celle-ci privait les noirs de leurs propres terres, les contraignant souvent à l’exil.

Quand les jardins parlent politique…

 

 

 

 

Exposition « Art/Afrique, le nouvel atelier », fondation Louis Vuitton, jusqu’au 4 septembre.

Pour les renseignements pratiques, c’est ICI

 

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