Quand le buis fait merveille à Amsterdam

 

Le buis ne sert pas qu’à réaliser de magnifiques topiaires et à dessiner nos jardins à la française. On l’utilise aussi pour des sculptures, en particulier des miniatures, une des grandes spécialités de la Renaissance hollandaise. Démonstration à travers une exposition tout simplement bluffante, au Rijksmuseum d’Amsterdam, jusqu’au 17 septembre.

 

Noix de prière et son étui en argent

Elles sont là, une soixantaine, sagement alignées dans les vitrines d’une grande salle. Elles ? Ce sont ces fameuses miniatures en buis, œuvres parmi les plus raffinées que la Hollande ait produites durant le XVIe siècle. Noix de prière, reliquaires, crânes, petits autels… Ces pièces délicatement sculptées et ciselées ne dépassent pas quelques dizaines de millimètres. Pour honorer cette exposition exceptionnelle, elles ont souvent fait un long voyage, prêtées par les plus grands musées du monde : Louvre, Victoria & Albert Museum, palais de la Résidence à Munich…

 

Noix de prière et joujoux 

Parmi elles, on trouve bon nombre de « noix de prière » : des sculptures réalisées dans des morceaux de buis de la taille et de la forme d’une noix. Ces grosses perles pouvaient être recouvertes d’un étui en argent ou faire partie d’un rosaire. Elles représentent, le plus souvent, des scènes religieuses tels des épisodes de la vie du Christ, de la Vierge Marie, de saint Sébastien ou encore de Marie-Madeleine. Tenant au creux de la main, elles servaient pour la prière et la dévotion personnelle et exerçaient une telle fascination sur leur détenteur qu’elles facilitaient sa concentration, le conduisant, dit-on, à un voyage spirituel ou à un état de méditation particulièrement profond. Un peu comme les pierres de lettrés, en Chine…

Noix de prière en forme de cosse de petits pois

Ces miniatures pouvaient aussi avoir un rôle plus récréatif et éloigné de la religion. Ainsi cette tête vanité, sculptée du visage de Jésus d’un côté et d’une tête de mort de l’autre. Ou encore ce jouet en forme de cosse de petits pois. Une fois ouverte, elle découvre ces derniers qui s’ouvrent à leur tour sur de minuscules représentations d’Adam et Eve nus. Un joli prétexte pour représenter des scènes érotiques!

 

Le buis, un bois dense et particulièrement dur…

Depuis quelques années, une équipe d’historiens de l’art et de restaurateurs du Rijksmuseum, de l’Art gallery of Ontario et du Metropolitan Museum of Arts, se sont penchés sur le mystère de ces créations. Montrant une certaine cohérence de style, elles proviendraient d’un même atelier dirigé par le sculpteur Adam Dircksz. Son nom (traduit) a pu être identifié grâce à une inscription en latin figurant sur une noix de Copenhague : Adam Theodrici me fecit. Il aurait travaillé dans le nord des Pays-Bas, peut-être à Delft, et non dans le sud comme on l’a longtemps cru.

 

Autel miniature avec la Vierge en majesté

Le matériau utilisé pour ces œuvres est le buis, un bois particulièrement dur mais qui, grâce à sa structure dense et fine, peut être travaillé indifféremment dans toutes les directions. Quand on les regarde de près (des loupes sont proposées à l’exposition) on constate que certains éléments sont à peine plus épais qu’un cheveu. Par ailleurs, certaines parties de l’arrière-plan semblent bien difficiles à atteindre pour la main du sculpteur… Une minutie et une virtuosité qui dépassent parfois l’entendement. En fait, ces micro-sculptures étaient fabriquées à partir de différents disques emboités les uns dans les autres et fixés par de fines chevilles ; certaines pièces particulièrement délicates pouvant aussi être insérées indépendamment. On a donc affaire à de très savants petits puzzles !

 

Heureux (et riches) acquéreurs

Demandant de nombreuses heures de travail, ces objets étaient assez couteux et n’étaient accessibles qu’à une élite. Ainsi ce bourgmestre qui se fait représenter, avec sa femme, au côté de la crucifixion. Albert V, Duc de Bavière ou encore Marguerite d’Autriche (à la tête des Pays-Bas à partir de 1507) eurent le leur. De même Henry VIII qui reçut en cadeau diplomatique un rosaire sculpté. Sa plus grosse perle comporte 24 disques ; le roi y figure avec sa femme Catherine d’Aragon, si bien dissimulés à l’arrière plan qu’on ne peut les distinguer qu’au CT-scan. Effet volontaire ou mauvais augure ? Ils divorcèrent quelques temps plus tard!

 

Exposition « Small wonders », Rijksmuseum, Amsterdam, jusqu’au 17 septembre. Pour les renseignements pratiques, c’est ICI

Catalogue Small wonders. Late-Gothic Boxwood Micro-Carvings from the Low Countries, éditions NAI010, 690 pages, 700 illustrations, 40 euros. (disponible sur le web shop du musée)

 

Lien vers l'Hortus Shop

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