Le potager au musée de l’Image, à Epinal

 

Le musée de l’Image, à Épinal, abrite une des plus importantes collections d’images populaires imprimées dans la ville ou ailleurs, du XVIIe au XXIe siècle. Un fonds de 100 000 pièces qui, de Napoléon aux feuilles de saints et des devinettes aux images pour enfants, illustre à peu près tous les sujets. La dernière exposition concoctée par Martine Sadion, conservatrice du musée, porte sur le jardin potager. Le catalogue est sorti le 13 octobre. Explications.

 

Hortus Focus. Comment est née l’idée de cette exposition?

Martine Sadion. C’est quelque chose dont on avait envie depuis longtemps. Quand le centre Pompidou Metz a décidé de programmer son exposition d’été sur le jardin, avec une optique beaux-arts et art contemporain, nous nous sommes dit que nous allions l’accompagner . Le potager est quelque chose de populaire qui nous convenait bien. Tout le monde a son potager, on a tous un grand-père qui en avait un ou on a souvent fait ses premiers pas dans un potager… Plus que le beau jardin, le potager a quelque chose de sentimental et proche des gens, qui nous plaisait. Nous avons regardé si notre collection nous permettait de traiter le sujet. Effectivement, nous avons beaucoup de jardiniers, de jardinières, d’enfants jardiniers dans nos images. Nous avons aussi des représentations d’animaux tels des oiseaux ou des papillons. Alors on s’est dit, allez on fait. Et le sujet plaît !

 

Que racontent vos images?

Elles racontent des historiettes humoristiques ; les légumes y prennent vie, par exemple, mais aussi des poupées à découper et à habiller. Par ailleurs, nous avons des images pédagogiques des années 60 ou encore des scènes de vie au jardin avec des petits maraudeurs, des jardiniers galants, des aventures en tous genres…

 

Affiche publicitaire,1958. ©V.Collet

Elles offrent aussi un regard sur la société du XIXe siècle…

Oui. On peut y découvrir comment on faisait un potager ou comment les gens y vivaient. L’enfant jardinier est un sujet particulièrement intéressant. Soit il est un paysan et travaille avec ses parents depuis qu’il est tout petit. Soit il est plutôt bourgeois auquel cas on lui montre le potager comme un modèle. Le jardinier devient alors le modèle de la persévérance, de la rigueur, du travail bien fait, de la patience… Toutes ces vertus sont glorifiées par les imageries. Quand on veut montrer le monde à un enfant, on lui montre un jardinier et on lui explique qu’un jardinier travaille tout le temps, au-delà des saisons. En plus, il a un vrai rapport à la terre.

 

Qu’en est-il du rôle de l’homme et de la femme au potager ?

Il varie dans le temps. À l’origine, le potager rural était le territoire des femmes et les champs, celui des hommes. Pour Vilmorin, en 1960, l’homme s’occupe des légumes et la femme des fleurs censées être plus féminines. Ou bien comme le constate l’artiste Florence Paradeis en 1992, le jardin est le territoire exclusif des hommes et la maison, des femmes… Depuis peu, cependant, ces dernières semblent redevenir des jardinières, notamment dans les jardins partagés ou communautaires.

 

Vous consacrez une salle à saint Fiacre, racontez-nous…

Au départ, saint Fiacre est un saint irlandais. Arrivé en France, il a créé un sanctuaire assez important en Brie où, pour pouvoir recevoir tous les pèlerins, il a eu l’idée de faire un jardin potager. Au début, saint Fiacre était un saint thaumaturge, qui soignait en particulier les maux de ventre. Ce n’est que petit à petit, notamment au XIXe siècle, qu’il est devenu le protecteur des jardiniers.

 

L.H. Saintain, la Femme du jardinier, ©V.Collet

L’exposition dépasse largement le cadre des images d’Épinal

Nous sommes partis de nos collections, mais nous avons invité tous les autres arts et les objets les plus variés à s’exprimer sur le potager: la peinture, la photographie, la presse, la littérature, l’art contemporain, la musique, les outils, les nains de jardin !

Nous présentons, par exemple, des dessins de costumes et une vidéo de l’opéra le Roi Carotte d’Offenbach qui s’est donné à Lyon en 2015. Ou encore des photos de l’Herbarium du catalan Joan Fontcuberta, avec ces fameuses créatures végétales à l’apparence réaliste, mais en fait, totalement inventées par l’artiste!

Pour cette exposition, c’est le sujet avant tout, qui nous intéressait. Et nous avons fait de nombreuses découvertes tel le potager du roi, à Versailles que nous évoquons et qui est absolument sublime. Nous avons aussi rencontré les artisans des jardins ouvriers d’ici ou découvert d’amusants potagers en ville comme celui qui, à Paris, se trouve en bas du musée d’Art moderne, dans le XVIe arrondissement. On a beaucoup regardé, photographié. Le plus dur a été de sérier, couper et faire des choix !

 

 

 

 

« Le jardin potager, un petit monde »

Musée de l’Image à Epinal

Jusqu’au 5 novembre.

Pour les renseignements pratiques, cliquez ICI.

 

 

 

 

 

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