Milieu funéraire : guide de survie

 

“Pour des obsèques respectueuses de l’homme et de la planète”, c’est le sous-titre de “Funérailles écologiques”, un ouvrage remarquablement documenté, publié aux éditions Terre Vivante. Car oui, il est possible de concilier contraintes légales et convictions.

Les auteures, Brigitte Lapouge-Déjean et Laetitia Royan, ont mené un gros travail d’enquête qui permet de répondre aux les questions les plus diverses que l’on peut se poser autour des funérailles, de leur organisation. L’écriture est précise, aborde le sujet avec délicatesse, sensibilité et bon sens. Le nombre annuel de décès en France s’établit autour de 600 000. Nombreux sont ceux et celles qui préparent leurs obsèques, voire s’acquittent par avance de tout ou partie de leur montant. On peut aussi laisser des souhaits pour faire connaître ses volontés. Dans tous les cas, il est possible de demander une inhumation ou une crémation qui respectent des convictions écologiques. De plus en plus d’entreprises de pompes funèbres sont attentives et réactives aux souhaits. Les auteurs citent ainsi la société AB Crémation qui propose depuis longtemps des cercueils en carton, la Coopérative funéraire de Nantes qui milite pour des alternatives comme les tombes végétalisées ou L’autre rive (Paris et Lyon) qui commercialise des urnes en terre ou des cercueils en bois issus de forêts écoresponsables.

 

 

Les pratiques classiques et leurs impacts

  • Les soins de conservation. Ils sont réalisés par des thanatopracteurs sur un tiers environ des personnes décédées chaque année. On injecte dans le corps jusqu’à 10 L d’un cocktail chimique qui intègre un produit cancérigène, le formaldéhyde qui va au fil du temps polluer le sol (ou l’air, si le corps est brûlé au crématorium). La pratique est déjà interdite dans plusieurs pays européens. 
  • Le cercueil. Il est obligatoire en France. Bois précieux, bois peu onéreux, aggloméré… Le choix est plutôt étendu (et la gamme de prix aussi). Le cercueil en brûlant dégage des fumées qui contiennent du dioxyde de carbone (CO2) et autres molécules toxiques. La tendance est aujourd’hui à l’emploi de matériaux qui limitent l’impact sur l’environnement.
  • Les accessoires. Poignées, revêtement intérieur, vêtements du défunt, coussin pour la tête… Leur dégradation, mais plus encore leur crémation sont source de pollution.

Les alternatives écologiques

  • Le cercueil en carton. Léger (7 kg), résistant (jusqu’à 250 kg), le cercueil en carton est de plus en plus demandé. Il est composé de papier recyclé, de fibres naturelles et d’amidon de maïs. La loi autorise sa crémation et son inhumation. Les auteures mettent en avant une étude de la société Eco-Cerc. Selon cet étude, “ce type de cercueil permettrait d’économiser, s’il se banalisait, 30 000 km2 de forêts, 6 millions de m2 d’eau et 315 millions de litres de fioul”. 
  • Le cercueil Eco-Cerc. Mixte, il combine bois et carton, peut être inhumé ou brûlé. Pompes funèbres et crématoriums ne peuvent refuser de l’accueillir. Fabriqué dans les Cévennes, c’est un cercueil peu onéreux, adapté aux moyens des familles modestes (environ 360 € livré).
  • Les vêtements, chaussures, etc. peuvent être remplacés par un simple linceul.
  • Les urnes en matériau d’origine naturelle, biodégradable ou non dégradable.
    Elles sont fabriquées en papier mâché, en sel, en argile, en tourbe…La gamme des matériaux s’élargit tous les ans. Et tout est possible puisque la loi s’est intéressée au devenir des cendres, mais pas à la définition du contenant qui les accueille. 

 

 

Réinventer les cimetières

Bien sûr, les cimetières sans aucune mauvaise herbe dans les allées et entre les tombes sont encore très nombreux, mais ça ne va plus durer très longtemps. La loi “Zéro phyto” entrée en application cette année bannit l’utilisation des produits chimiques et oblige les municipalités à une autre gestion de leurs aménagements publics. Certaines d’ailleurs n’avaient pas attendu la promulgation de cette loi pour faire revenir la nature et les plantes dans ces lieux de recueillement. Réintroduire vivaces et arbustes, rosiers, grimpantes, semer des fleurs annuelles doit bien évidemment s’accompagner d’un minimum d’entretien pour se préserver de l’envahissement des plantes sauvages. Un équilibre pas toujours facile à mettre en place. Un changement pas toujours évident à faire accepter à certains visiteurs. Mais le changement est en marche. Les cimetières sont en passe de redevenir des lieux d’agrément et de… vie.

“Funérailles écologiques”, textes de Brigitte Lapouge-Déjean et Laetitia Royant, photographies de Serge Lapouge. Préface de Gilles Clément. Editions Terre Vivante. 258 pages. 25 €.

 

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