Habitarbres et kerterre dans les jardins de la Saline !

 

Parallèlement à la grande exposition des Cités végétales de Luc Schuiten (voir notre article du 17 septembre et notre article du 18 septembre),  le Festival des Jardins de la Saline royale, à Arc-et-Senans, a choisi comme thème d’inspiration, pour sa 18e édition, le travail de ce fabuleux architecte et dessinateur. VertigoChambre verte, Cité Lotus, Métamorphose, Société des habitarbres… dix projets ont été réalisés, mariant l’habitat au végétal et l’utopie à l’écologie. 

Nous avons interrogé Denis Duquet, responsable de l’événement.

 

Denis Duquet ©Valérie Collet

Hortus Focus : parlez-nous de votre festival, quelle est sa spécificité ?

Denis Duquet: il est né voilà 18 ans avec un accompagnement de Chaumont-sur-Loire, mais avec l’idée de faire autre chose, c’est-à-dire plutôt un festival pédagogique. La partie conception est confiée à des étudiants paysagistes (au niveau Bac+5). On les consulte à travers un appel à projets puis deux jurys sélectionnent les meilleurs par rapport à la thématique choisie.

Ces projets sont retravaillés puis attribués à des écoles d’horticulture plutôt régionales (appartenant au Grand Est de la France) qui les mettent en œuvre, chez nous, pendant une semaine. La Saline, elle, joue son rôle de maître d’ouvrage. Elle monte les projets pédagogiques, accompagne techniquement, fournit les végétaux et les matériaux.

 

 Que pensez-vous de cette 18e édition inspirée par Luc Schuiten?

Je dis souvent qu’on ne pouvait guère rêver mieux, comme thématique. On a travaillé sur son œuvre, ses cités végétales et sa réflexion à un avenir optimiste. Ses dessins mélangent l’architecture, l’utopie et le végétal, et ont véritablement inspiré les concepteurs.

Ce qui a été très enrichissant c’est que Luc a été présent tout au long du projet, auprès des jurys et des concepteurs ; c’est la première année que j’ai un tel accompagnement! Nous travaillons beaucoup avec les membres de l’École de vannerie de Fayl Billot, en Haute Marne (pratiquement le dernier lieu en Europe où l’on apprend le travail de l’osier); eux aussi ne pouvaient pas imaginer mieux. Ils ont monté de nombreuses structures à base de saule, vraiment dans l’esprit des dessins de Luc.

 

Vertigo ©Valérie Collet

Vous parlez de ces fameuses tours qu’on voit dans Vertigo, le premier jardin…

Entre autres. Ces tours font 6 mètres de haut et ont été réalisées en osier vivant, avec des perchettes de saule plantées dans le sol. Celles-ci ont pris racine et sont devenues vertes. C’est extraordinaire ! Quand on  fiche un brin de saule dans le sol, il prend racine et tous les bourgeons latéraux se développent. Par contre, si on courbe la branche, la partie qui redescend, elle, sèche sachant que si on la replante dans le sol, elle reprend racine! Il y a une sorte d’inversion de circulation de sève particulière. On peut imaginer plein de choses avec ça, c’est assez magique!

Pour suivre les dessins de Luc, les principales structures ont été réalisées en saule, quelques-unes en bambou. On fait vraiment attention à la notion de recyclage et de réutilisation des matériaux. Nous façonnons nos chemins avec de la sciure qui, quand nous démonterons nos jardins, sera réintégrée et apportera de la matière organique et des nutriments. On utilise aussi des dosses et de grandes écorces qu’on récupère dans les scieries voisines.

 

Jardin des Emergents ©Valérie Collet

Commentez-nous trois jardins de votre choix

Le Jardin des Emergents. Les jeunes conceptrices, Marie Perra et Mégane Millet-Lacombe, ont voulu parler de la canopée, peut-être suite à un voyage dans les forêts tropicales. Elles voulaient parler du déplacement dans la canopée (des animaux par exemple) et des arbres qui en émergent.

Ce projet nous a beaucoup plu, car il avait un aspect très ludique. Les conceptrices étaient là quand les élèves de l’école l’ont réalisé, elles se sont vraiment investies et les jeunes ont aussi fait des propositions intéressantes. 

Le deuxième jardin qui est très, très fort, c’est le jardin de Luc Schuiten ! Il souhaitait qu’on lui réserve une parcelle pour parler de l’habitat vivant. Cette parcelle, il y a deux ans, lui avait déjà été consacrée dans le cadre du thème BD du festival. Il y a retrouvé le dôme en saule installé à ce moment-là et y a ajouté sa kerterre. Cela lui tenait à cœur de montrer qu’on pouvait habiter dans ce type de construction.

 

Jardin Habitat vivant, kerterre ©Valérie Collet

Une kerterre… ?

C’est une maison à base de chanvre, de chaux et de sable, la spécialité d’Évelyne Adam qui habite dans une kerterre depuis 20 ans. La nôtre est un peu inédite, elle a un diamètre de 5 mètres et est plus grande que celles qu’elle construit d’habitude.

Évelyne parle beaucoup de l’impact bonifiant de la construction sur son environnement. Plutôt que de densifier l’habitat pour ne pas trop toucher aux terres agricoles, elle développe un « jardin jungle », riche de biodiversité, autour de la maison. Du coup, elle considère qu’elle améliore l’environnement de façon générale.

Elle plante des végétaux ornementaux ou spontanés, des plantes aromatiques, des légumes… On doit tout retrouver dans ce jardin un peu comme Gilles Clément et son jardin en mouvement où finalement l’homme n’est là que pour accompagner ou rééquilibrer un peu les végétaux les uns par rapport aux autres.

Évelyne nous a aussi aidés à avoir un autre regard sur de nombreuses plantes comme le Rumex, banni par les exploitants agricoles parce que peu intéressant en terme de nutrition et qui, à cause de sa tige riche en humidité, gène le séchage des foins. Le Rumex a un système pivotant très profond, très important qui se développe quand les sols ont été un peu trop compactés. Pour elle, il va décompacter la terre et à terme, quand le sol ira mieux, amener un autre cortège végétal.

 

Jardin de vasques et tourbière ©Valérie Collet

Votre troisième jardin ?

J’aime aussi beaucoup le Jardin de vasques qui est très luxuriant et où les végétaux ont bien poussé. Il fait peut-être plus penser aux jardins de Chaumont parce qu’il a des structures assez fortes et très « design ». L’idée était de faire un jardin dans une société où on n’a plus peur non plus de mélanger les légumes avec des plantes ornementales.

C’est une tendance qui existe depuis quelques années et qui tient à cœur à nombre de concepteurs. Pierre Emmanuel Jarrier, Gautier Hubert-Brierre et Charles Petit-Imbert racontent une histoire, celle d’une civilisation qui s’est installée au bord d’un lac avec l’idée d’un jardin en mouvement et avec, ici et là, des lentilles de culture vivrières.

Ce jardin a aussi un petit côté expérimental. Avec la Faculté de Besançon, on y a mis en place une tourbière parce qu’on a un projet futur de tourbière à la Saline. La tourbière a un rôle de captage de CO2 très, très important (peut-être 30 fois plus qu’une forêt habituelle). Si aujourd’hui on détruit les tourbières qui restent sur la planète, le dégagement de CO2 sera phénoménal. Donc on veut sensibiliser les gens à ce problème.

Des petits conseils ou d’autres idées que vous aimeriez partager?

Le gazon à base de micro trèfle ou de micro graminée. Il diminue la tonte par 6 ou par 7. Votre gazon reste quasiment nain et au lieu de passer la tondeuse 15 fois dans l’année, vous la passez 3 fois ! En plus même s’il fait très chaud, il reste très vert.

 

« 18e Festival des Jardins/Luc Schuiten côté jardin », à la Saline royale d’Arc-et-Senans (Doubs), jusqu’au 21 octobre. Pour les renseignements pratiques, cliquez ICI

 

 

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