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L’histoire extraordinaire de Roseline Giorgis et de la rose Baptistine

Fille d’un parfumeur grassois, Roseline Giorgis a exercé une foule de métiers avant de créer sa propre rose -la Baptistine-, de la cultiver et de devenir paysanne-parfumeuse. Partagée entre son jardin de L’Isle-sur-la-Sorgue et sa maison-laboratoire-showroom, de Fontaine-de-Vaucluse, cette artiste dans l’âme fourmille d’activités et d’idées. Nous l’avons rencontrée à la fin de l’hiver et sommes tombés sous le charme du lieu et de ses spécialités tel le « Champagne » des Fées, à base de fleur de sureau… Confidences.

 

Rose Baptistine - Roseline GiorgisRoseline, racontez-nous votre histoire

Il y a tout d’abord mon histoire familiale qui est issue du Moyen Âge grassois avec les gantiers, le travail de la parfumerie et des terres. Ma famille s’est consacrée à la culture florale et à la parfumerie depuis au moins la Renaissance. Mon père Baptistin Giorgis, lui, s’est consacré uniquement à la parfumerie, car il a perdu ses terres pendant la guerre. Il est donc devenu parfumeur pour Guerlain chez Bertrand frères. À l’époque où il n’y avait pas de chromatographie, être nez en matière première signifiait être capable par l’olfaction de définir les bons seuils de température par rapport à la récolte et son traitement pour obtenir le nec plus ultra.

 

 

Roses BaptistineComment votre père a-t-il vécu son métier de parfumeur ?

Mon père a surtout cherché à retrouver le parfum des roses des XVIIe et XVIIIe siècles, qui était perdu. Pour ses parfums, il avait des recettes du XVIIIe avec de l’ambre, du musc et beaucoup d’autres éléments qu’il pouvait refaire. Mais la rose ne correspondait pas. L’équilibre n’était pas atteint. Les nouvelles roses n’avaient pas le bouquet de la rose ancienne pour cocktailiser des assemblages harmonieux. Il s’est donc mis à rechercher des rosiers. Plutôt dans les couvents, dans les lieux religieux qui en avaient gardé de vieux, venus de Grasse. L’idée était de les remarier entre eux en espérant voir apparaître le fameux gène récessif du petit pois. Grâce à lui, à force de remarier les descendants, on arrive à reproduire un ascendant.

Au bout de 4 à 5 ans, il a identifié l’odeur et le rosier qu’il cherchait (photo). Malgré qu’il n’en ait pas eu la preuve, il était sûr que c’était le bon. Il m’a offert ce rosier pour mes 14 ans, moi qui avais été baptisée Roseline… Mon père est décédé la même année, à 39 ans.

 

Rose Baptistine - Baptistin GiorgisDe votre côté, quel a été votre parcours ?

J’ai été une enfant précoce. À 8 ans je peignais comme une adulte. Et j’avais, en plus, un talent qui est la synesthésie des couleurs (ou des odeurs). Jusqu’à mes 14 ans, je suis allée chez Guerlain pour leur montrer les couleurs correspondant à leur matière première. La mort de mon père (en photo, ci-contre)  a occasionné une rupture dans ma vie. Après cet événement, je n’ai plus voulu aller à l’usine où il travaillait et où tout le monde pleurait en me voyant.

Je me suis, alors, tournée vers la peinture ou plutôt l’histoire de l’art et l’archéologie pour avoir une attitude familiale raisonnable avec une maman qui était veuve et qui voulait que j’aie un métier. J’ai fait des voyages extraordinaires en Iran, en Afghanistan, en Turquie, sur les sites archéologiques… J’ai aussi travaillé dans le monde des Antiquités, et j’ai eu une galerie d’art contemporain, le Tournesol, à Bonnieux.

 

Rose BaptistineQuand êtes-vous revenue à la rose et au jardin?

Le rosier de mon père, je l’ai toujours gardé ! Même si je n’allais plus à l’usine, je l’ai conservé dans un pot que j’ai soigneusement entretenu en éliminant tout ce qui ne lui ressemblait pas, qui pouvait sortir au pied. Au bout de quelques années, il s’est mis à se reproduire à l’identique. J’ai donc pu le bouturer et avoir toujours un rosier avec moi. Mes pas m’ont menée en Australie, en Nouvelle-Zélande, aux USA… J’ai toujours emmené avec moi mon rosier dans un pot de yaourt, à l’autre bout du monde. Ça s’appelle faire une stabilisation végétale. C’est ce qu’il y a de plus cher pour arriver à une obtention. Je l’ignorais.

 

Vous avez pris conseil auprès de Catherine Ducatillon, botaniste et directrice du jardin de la villa Thuret d’Antibes…

Oui. Et Catherine Ducatillon m’a dit « Tu as fait quelque chose d’absolument génial. L’histoire de cet amour, et le fait que tu aies stabilisé la rose de ton père, tout cela mérite une obtention. C’est une rose nouvelle. Et elle doit être bonne pour la parfumerie puisqu’il te l’a dit. » À partir de là, je me suis acharnée pour faire un dépôt de brevet et j’ai cherché des terres (pendant des années, je n’avais que des jarres devant la maison). J’ai fait les premiers essais au sucre, au sel. Au goût. Dans le sel, on arrive à fixer le parfum pour pouvoir le comparer aux autres. Cette rose avait beaucoup de richesse. Dès que j’ai pu avoir un terrain, je l’ai cultivée.

Vous avez baptisé cette rose Baptistine en référence au nom de  votre père. Quelles sont ses caractéristiques?

La Baptistine (photo ci-dessus) est une vraie rose de mai (R. centifolia) avec 108 pétales. Très odorante. Cultivée au XVIIIe siècle dans la lignée des roses provençales, elle a disparu vers 1800 à la suite d’un fléau bactérien. Elle a très peu de têtes et beaucoup de cœur ce qui fait qu’à l’époque, elle se fixait sur le cuir, et donc sur les gants produits à Grasse, que l’on portait à la Cour.

 

Rose Baptistine - Roseline Giorgis devant des pétales de roseQuand vous êtes-vous installée ici ?

En 2004. À partir du moment où je me suis remise à faire ce métier de paysanne-parfumeuse, toute la mémoire des savoirs m’est revenue. Ce n’est pas à travers une connaissance écrite que j’ai retrouvé ma philosophie de jardin. J’ai commencé avec 500 boutures. Aujourd’hui j’ai 3500 pieds et environ 200 végétaux d’origine sauvage méditerranéenne.

Au printemps, vous êtes dehors comme tous les jardiniers. Mais qu’avez-vous fait cet hiver ?

Le jardin est très heureux qu’on le laisse un mois ou deux, qu’on lui donne des vacances, qu’on prenne du recul, qu’on s’en aille… Habituellement, je pars en voyage. Comme j’ai des rosiers en Tunisie et en Égypte, dans le delta du Nil, je pars en février. La société Fakhry m’a acheté des rosiers centifolia Baptistine et exploite une dizaine d’hectares. Notre hiver correspond pour eux à la prérécolte. Je vais les conseiller leur indiquer la quantité d’arrosage nécessaire ou comment finir les tailles de printemps. Je les suis de très près pour qu’ils obtiennent le meilleur et pour être sûre que leurs rosiers ne dégénèrent pas.

Savons à la roseMais cette année ?

J’ai une plante qui s’appelle Artemisia Annua qui se récolte en octobre. Elle s’utilise pour soulager les douleurs du paludisme, des crampes ou comme antiviral. J’en ai rempli le grenier du jardin et j’en ai distillé 10 à 20 litres par jour, en fonction de la demande.

Cet hiver, j’ai travaillé aussi avec l’orgue de parfumeur pour pouvoir créer des odeurs nouvelles, des parfums associés à des idées poétiques ou des volontés particulières. J’ai fait des savons, notamment à la rose (photo), des cosmétiques… J’ai fait des ketchups provençaux avec les cynorhodons : une sauce tomate sans tomate, en plein hiver, ça fait du bien!  Je les associe aussi avec des oranges amères pour faire des confitures. Et puis j’ai aussi fabriqué des chasse-mouches, teint des balles de tennis en rose… c’est mon côté artiste ! 

 

Les Jardins de la Rose et du parfumeur à L’Isle-sur-la-Sorgue et La Maison de la Rose des Arts à Fontaine-de-Vaucluse. Pour tous les renseignements, c’est ICI 

POUR SE LOGER À L’ILE-SUR-LA-SORGUE

-un studio tout équipé (un lit simple + un lit double), en pleine nature, jolie déco, accueil sympa : au Mas des Grands Galops

-une très belle propriété en pleine nature (notamment la Cavalière), s’adresser à  l’agence Feel Luxury Holidays

Photos n°1, 5, 6, 7 : ©Valérie Collet. Photos n°2, 3, 4 : ©Roseline Giorgis

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