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Devenir gardiens ou gardiennes de la nature !

Gardiens de la nature
Fleuve Montsinéry - Guyane ©JM-Guyon

Devenir gardiens de la nature : Pour la défense du vivant et des générations futures. Voilà le titre du livre écrit par Marine Calmet, fruit d’une expérience personnelle autant que collective et d’une réflexion profonde sur notre place au sein du vivant.

Entretien avec Marine Calmet

Qu’est-ce qu’être un gardien ou une gardienne de la nature ?

Pour moi, c’est un rôle qui dépasse aujourd’hui celui de simple citoyen. Il place dans notre société de nouveaux acteurs qui doivent incarner les droits de la nature : ils portent la parole et les intérêts de la nature devant les tribunaux ou devant l’administration. Ils font en sorte qu’on retrouve un équilibre dans notre société entre humains et non-humains.

La destruction de la biodiversité montre à quel point nous avons la prééminence sur tout le reste. Et la crise écologique à laquelle nous devons désormais faire face en est la conséquence ou peut-être… l’inconséquence !

Parfois, la colère est un bon moteur. Cette colère m’a permis de réfléchir à de nouveaux moyens d’utiliser le droit pour aller résoudre, au cœur du problème, des dysfonctionnements de notre société.

Gardienne : Marine Calmet

D’où vient ta révolte ?

J’ai grandi dans une famille qui m’a donné l’amour de la nature. Mon père est biologiste-océanographe. Il m’a toujours enseigné à observer la nature, appris à la connaître et à l’aimer. Et très tôt, j’ai compris qu’avec le droit, j’aurais peut-être des outils pour combattre ce que je trouvais profondément injuste. La cause de l’environnement, de la protection de la nature, notamment, m’est apparue fondamentale. Il y a quelque chose d’inconcevable et qui me révolte profondément dans la destruction du vivant.

Comment penser un autre rapport à la nature ?

Gardiennes : feu de forêt
©Pedarilhos

Dans mon livre je raconte mon cheminement. J’ai fait un pas de côté. Je suis partie ailleurs, en Guyane française, auprès des peuples autochtones. C’est très intéressant de s’observer à travers les yeux d’autres civilisations.

Regarder ce qui se passe ailleurs est peut-être la meilleure façon de se connaître. Lorsqu’on est au milieu du problème, on peine à prendre du recul. En se décentrant, on change de point de vue !

J’allais chercher des réponses à des questions qui me taraudaient : comment peut-on délibérément et de façon systémique, détruire ce qui nous fait vivre ?

J’ai essayé de trouver une autre perspective, peut-être plus pertinente, auprès des peuples autochtones. Respirer autrement,  réfléchir autrement a été une part de leur enseignement. J’ai découvert une autre nature et surtout une façon très différente de militer.

Militer autrement

En Guyane, je parle de l’histoire des luttes autochtones et les luttes du collectif Or de question contre le grand projet Montagne d’or. C’était – en même temps – le projet phare et l’épine dans le pied d’Emmanuel Macron pendant ces trois dernières années.

Et j’ai voulu me faire l’écho du quotidien des militants sur le terrain pour montrer qu’être gardien, c’est un engagement, une façon de vivre. Cela implique de choisir une position originale dans la société.

Impossible de se résoudre à n’être qu’un consommateur ! Pas plus qu’un citoyen ou un électeur ! Notre rôle est de représenter ceux qui n’ont pas de voix et en ce moment, la nature en a aujourd’hui un besoin criant.

Travailler avec les représentants des peuples autochtones

J’ai écouté. Parce que d’abord, surtout lorsqu’on croise une nouvelle façon de penser, on commence par s’ouvrir. Avec les associations locales et les peuples autochtones de Guyane, de vrais gardiens de la nature, que j’ai accompagnés pour la restitution de leurs terres, il fallait écouter. Que voulaient-ils exactement ?

Le droit doit être repensé à travers le prisme de la société qu’on veut bâtir. Une fois qu’on a laissé s’exprimer le désir profond, on écrit le droit qui correspond.

Ils avaient émis un principe très clair

Pas de propriété individuelle, seule la propriété collective a un sens pour eux. Il fallait trouver les mécanismes juridiques, dans le cadre légal européen et français, capables de prendre en compte leur culture, leurs impératifs sans trahir leur identité.  Notre rôle en temps que juriste, est d’écouter ce dont une société a besoin pour se construire telle qu’elle se voudrait, puis de le traduire en droit. 

Là où ça coince

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à de nombreux blocages, notamment dans des lieux qui devraient être des espaces de démocratie comme le Parlement; et, qui malheureusement constituent un obstacle à l’expression populaire. On l’a vu avec la Convention citoyenne pour le climat. Malgré toutes les propositions qui ont été formulées par les citoyens, on n’arrive pas à aboutir. Je crois que nos gouvernants et nos représentants ne sont pas à la hauteur, et qu’ils n’écoutent pas. Alors même qu’ils ont demandé aux citoyens de participer, ils ne traduisent pas les efforts en actes et en lois à la hauteur des enjeux qui ont été soulevés. Donc, on a tout à réinventer du côté du droit pour répondre aux attentes légitimes des citoyens.

Gardiens de la nature : en guyane
Pirogues en Guyane ©JM-Guyon

Glenn Albrecht est philosophe, spécialiste de l’environnement et agriculteur à Duns Creek, en Australie.

Comment définis-tu l’harmonie entre les humains et la nature ?

C’est la recherche de ce que Glenn Albrecht a appelé le symbiocène, un mot que j’aime beaucoup. Il permet d’imaginer qu’on sorte de l’anthropocène donc de cette société, uniquement fondée sur la satisfaction des besoins humains.

Il ouvre sur une société qui se responsabilise, vis-à-vis des autres-que-humains.

« NOUS AVONS UNE RESPONSABILITÉ À LEUR ÉGARD. »

Puisque nous avons une responsabilité à leur égard, ils doivent être représentés dans nos instances de gouvernance et avoir une voix.

Sortir de cet anthropocène suppose de réfléchir lorsqu’on prend une décision et de s’assurer qu’on a bien inclus tout le monde : les intérêts des végétaux, des animaux et de toutes les matières qui constituent notre société.

Sortir de l’extractivisme délétère pour la planète

Aujourd’hui, comme on le voit notamment en Guyane française, l’industrie minière, l’une des plus polluantes au monde, détruit la nature à coup d’explosifs et de tractopelle, de déforestation, de cyanure…

À aucun moment, on en appelle à la responsabilité des humains ; pourtant, là on va chercher de l’or pour faire des bijoux !

Gardiens de la nature : mine d'or
Mine d'or en Guyane ©Kakteen

Bijoux de famille

Dans une période comme la nôtre, alors que les scientifiques nous alertent sur un risque majeur qui touche à la survie, les bijoux sont-ils un besoin essentiel de l’humanité ?

Détruire encore les rares espaces de nature sur le très long terme, c’est absolument déraisonnable.  Par ailleurs, pour cela, on dérange les quelques humains qui eux, vivent en harmonie avec le vivant.

L’industrie représente 6 % de la consommation d’or mondial, et le recyclage de l’or déjà extrait – 2/3 des ressources aurifères de la planète – suffirait amplement ; la bijouterie représente presque 60 %. La finance utilise le reste, en laissant une pincée pour la dentisterie !

Trouver une harmonie avec la nature, c’est se poser de vraies questions

Quels sont nos besoins fondamentaux ? Comment les satisfaire tout en permettant à la nature de se régénérer et de poursuivre ses cycles vitaux ? Et donc, on est dans une recherche d’équilibre entre les besoins de la nature et ceux des êtres humains. Ces questions sont fondamentales pour les gardiens ou les gardiennes de la nature.

Gardiens de la nature : Amazonie
©gustavofrazao

Le renoncement à la propriété privée

Dans mon livre, j’évoque le fait de renoncer à la propriété privée. Pour moi, ça a été une vraie gifle de comprendre que dans d’autres civilisations d’autres rapports au monde étaient possibles ; et que certaines ne reposent pas sur l’appropriation du vivant comme du non-vivant.

Ce n’était pas ce à quoi je pensais aboutir en arrivant en Guyane. Mais j’étais partie là-bas pour aider les peuples autochtones à récupérer leurs terres ancestrales et la première chose qu’ils m’ont dite, c’est : « d’accord pour travailler sur ce sujet avec toi, mais tu dois savoir que chez nous, la propriété privée n’existe pas, donc on veut récupérer ces terres en propriété collective, au nom de l’ensemble des nations autochtones de Guyane. »

Et alors pour moi, c’était impensable !

C’était impensable que la propriété privée n’existe pas. Elle est inscrite dans notre constitution comme une chose sacrée. Ça m’a vraiment bouleversée. Ce n’était pas que je trouvais ça absolument révolutionnaire, je connaissais Karl Marx. Mais ces sociétés ne l’avaient pas théorisé, les autochtones pratiquaient cette forme de collectivisme depuis toutes ces années. En vivant et en travaillant avec eux, j’ai aussi compris pourquoi.

Jouer collectif

Ce n’était pas juste une grande théorie pour déconstruire le capitalisme, ça ne les intéressait pas du tout. En revanche, c’était une manière d’être plus forts ensemble. J’ai peu à peu compris en quoi avoir une propriété collective permet d’être beaucoup plus forts. J’ai découvert un corps social, avec un sens puissant ; et chacun fait partie de ce corps.

Gardiens de la nature : la forêt
Forêt tropicale ©Dieny Portinan - Unsplash

L’union fait la force

Et c’est cette collaboration qui engendre la force et fait qu’on peut s’en sortir face à des projets qui ont l’envergure de ces grosses multinationales. C’est pourquoi nous avons créé Wild Legal, pour être nombreux à détenir les clés et à savoir combattre !
> Qu’est-ce que Wild Legal ?

En jouant collectif et sur l’hétérogénéité du collectif Or de question, nous avons remporté une victoire contre le projet Montagne d’or. On entendait à la fois les voix des peuples autochtones, les voix des anticolonialistes et les voix des scientifiques. Tout le monde a réussi à travailler ensemble, c’était enthousiasmant.

Gardiens de la nature : la forêt
Forêt tropicale ©Dieny Portinan - Unsplash

Se défaire des préconçus

Et ça a été une vraie remise en question pour moi. J’ai réalisé que j’étais totalement colonisée par ces idées.

Jamais, je n’avais imaginé une société dans laquelle la propriété privée n’était pas au centre de tout.

Le choc a été si violent qu’il m’a conduit à une remise en question profonde. Je me suis dit : tu pensais que cette idée-là était absolument indéboulonnable et ça ne l’est pas ; donc, que peut-on changer d’autre ?

Gardiens de la nature : la canopée
Canopée de forêt tropicale ©Nathan Ziemanski - Unsplash

Et si on changeait tout !

Partant de ce postulat, j’ai conclu qu’en réalité, on peut tout changer. Peut-être peut-on tout simplement remplacer tous ces dogmes auxquels on se pense attaché et repartir en construisant une société désirable.

C’est ça le cheminement pour moi pour devenir gardiens et gardiennes de la nature.

On ne peut pas faire l’économie de la phase de déconstruction, de décolonisation de nos imaginaires, de notre pensée et de notre mode de réflexion. Nous devons laisser la place à cette nouvelle réflexion sur les droits de la nature.

Or, ce qu’on voit actuellement dans les discours politiques, les médias, le mainstream de la pensée, c’est qu’on repart toujours des mêmes dogmes. Donc, on tricote des améliorations à la marge.

Aujourd’hui, je pense que ça ne peut pas marcher. Il faut commencer par se demander ce qu’il faut absolument rayer dans nos têtes pour pouvoir reconstruire demain.

Que deviennent les libertés individuelles ?

J’ai constaté que les libertés individuelles dans le contexte amazonien étaient beaucoup mieux protégées par la réflexion collective que dans nos sociétés individualistes.

En tant qu’individu, seul, on est faible.

Ce que nous montrent les violences policières ou les inégalités, c’est que, lorsqu’on est seul, faire respecter ses droits, c’est extrêmement compliqué, y compris dans une société qui se dit “de droit”.

Quand ces droits sont collectifs et protégés par tous et pour tous, là il y a un nouveau schéma de pensée qui se met à fonctionner. Assurer l’intérêt général, garantir que tous, en tant que corps social, ont les mêmes droits est le but commun.

Seventies

Dans les années 70, au début justement du mouvement de protestation, les autochtones disaient :

Nous rejetons votre société, pas parce que nous vous détestons, mais parce que votre société ne va pas vers la recherche du bien-être pour tous. Or, notre société repose sur cette recherche de bien-être et la garantie des droits fondamentaux pour chaque individu appartenant à notre corps social. Votre modèle de société capitaliste, fondé sur le consumérisme et l’accaparement des richesses, ne pourra jamais satisfaire aux besoins de tous.

Et je trouve ça d’une sagesse complètement dingue ! C’est ce qui fait d’eux très naturellement de vrais gardiens de la nature.

Par ailleurs, ce que nous vivons aujourd’hui leur donne absolument raison. Qu’est-ce que la liberté individuelle de ne pas vivre décemment ? Il est évident qu’on ne peut plus penser comme il y a un demi-siècle.

Collaboration vs concurrence

Les peuples autochtones sont organisés de façon à toujours penser la collaboration et jamais la concurrence. Dans un village autochtone, il n’est pas question de carrière ou de faire du profit. Tout le monde a droit à une maison et à un lopin de terre pour assurer son autonomie alimentaire.

Dès lors, les raisons de faire la guerre avec votre voisin sont plus rares. Vous partagez les récoltes et la viande chassée par le groupe. Personne ne construit sa maison seul, la main-d’œuvre et le temps de travail sont partagés aussi.

Dans cette société-là, on sait que c’est en travaillant ensemble que chacun peut avoir un accès bien supérieur au bonheur et à la santé. Bien sûr, il y a des chicaneries, c’est inévitable, mais l’ambiance générale n’a rien à voir avec ce que nous connaissons.

La collaboration dans nos sociétés est, hélas, un peu en berne.

Gardiens de la nature : la forêt
Forêt tropicale ©Dieny Portinan - Unsplash
Gardiennes de la nature

On se trompe

L’école, et pas seulement elle, nous apprend par la notation à être tous en concurrence les uns avec les autres. Dès les plus petites classes jusqu’à la fin de notre vie professionnelle, on vit avec le sentiment qu’il faut être plus fort que son voisin.

Ça remet beaucoup de choses en question de réfléchir à collaborer et notamment en tant que gardiens ou gardiennes de la nature.

C’est aussi ce que je voulais aborder dans mon livre. À mon sens, il est impossible de penser une transition écologique si on ne s’inscrit pas dans le collectif.

Beaucoup d’injonctions sont faites aux individus : écogestes, signature de pétitions, relais sur les réseaux sociaux…

Ce sont des injonctions individuelles. Elles sont très frustrantes. Car agir seul derrière son ordinateur n’est ni très enthousiasmant, ni très efficace. En réfléchissant collectivement et en agissant de manière groupée, on se donne de vraies chances pour un changement de société.

La collaboration et le commun, un mode de pensée qui nous dérange

On nous a inculqué des valeurs individualistes et notre monde ne fonctionne que comme cela. C’est une des raisons pour lesquelles nous pillons la nature comme si elle était un objet inerte à notre disposition. Et dans cet état d’esprit, comment imaginer devenir gardiens ou gardiennes de la nature ?

Donc, pour les individus aujourd’hui, réfléchir de manière collective et travailler ensemble n’est pas le fonctionnement le plus naturel. Nous avons tout à réapprendre et nous n’en ferons pas l’économie !

C’est vrai en Guyane, et ça l’est tout autant à Paris ou ailleurs en métropole et dans le monde.

Le jeudi 29 juillet 2021, l’humanité a épuisé toutes les ressources renouvelables de la planète pour l’année, et ce, malgré le coup d’arrêt lié à la pandémie. Cette date arrive chaque année de plus en plus tôt : le 11 octobre en 1990, le 23 septembre en 2000, le 8 août en 2010 et le 29 juillet en 2019…

La bascule copernicienne : une révolution

J’aime la métaphore de la révolution copernicienne. Nous sommes pile au moment où grâce à la science, on sait que notre modèle de société n’est pas viable. Les scientifiques démontrent qu’il est impossible de poursuivre sur ce modèle puisque la planète n’est pas capable de le supporter.

La révolution copernicienne a renversé la représentation du monde et de l’univers du XVIᵉ au XVIIIᵉ siècle, au grand dam de la papauté, en faisant passer l’humanité d’une vision d’un monde clos à un univers infini, en tout cas sans limites connues.

Galilée qui se déclare alors, ouvertement copernicien découvre le mouvement de la Terre provoquant encore le courroux ecclésiastique.

L’église a contribué au dogme de l’exploitation du vivant par l’Homme, ce dernier s’étant vu confier la terre par Dieu lui-même. Maitre et possesseur de la nature, il est érigé maitre absolu, ce que confirmera Descartes et nombre de penseurs des lumières, même si déjà des voix s’élèvent.

Le même changement fondamental de paradigme est en cours, car encore une fois grâce à la science, on peut démontrer que la place de l’humain n’est pas au sommet de la pyramide du vivant, mais qu’il est l’un des membres de cette communauté. Ceci doit donc nous amener à nous replacer à l’intérieur des lois du vivant si nous voulons avoir un avenir.

Et alors le monde a changé !
Le soleil ne tournait pas autour de la terre…
…et l’homme n’est pas au sommet de la pyramide du vivant !

 

être gardiens de la nature contre l'extraction
Industrie minière en Indonésie ©dominik vanyi -unsplash

Quelle est la compatibilité entre capitalisme et écologie ?

La transition écologique et le capitalisme, c’est vraiment une histoire qui a mal commencé. Il y a beaucoup de manières de penser le capitalisme, mais aucune ne me semble compatible avec la protection des intérêts du vivant.

Le capitalisme repose sur le consumérisme : produire toujours plus pour vendre toujours plus. Tous les scientifiques sérieux l’ont démontré : sur une planète finie, on ne peut pas poser comme postulat que l’on va bénéficier de ressources infinies pour toujours produire plus.

Nous sommes dans l’obligation de nous inscrire dans une logique du vivant. Pour moi, il faut des lois et un modèle économique biomimétiques pour créer des cercles vertueux dans l’économie de demain. Il y a eu de nombreuses civilisations qui ont eu une longévité de milliers d’années sans réduire en cendres leur habitat naturel. Nous prenons le risque de finir en cendres, sommes-nous fous ?

être gardiens de la nature contre l'extraction

Le point de vue anthropocentré est au fondement même du capitalisme. Il s’agit de répondre aux besoins réels ou fabriqués des humains pour faire du profit.

Et donc l’offre et la demande, la main invisible du marché, tous ces grands dogmes de l’économie capitaliste et leur usage par les grandes entreprises multinationales sont directement liés à l’exploitation de la terre.

Total, des sociétés minières comme celles qui se sont implantées en Guyane française, mais aussi les fermes d’agriculture intensive et monoculturale ne fonctionnent que sur l’exploitation à outrance.

Elles ont conjointement une responsabilité majeure dans la perte de biodiversité qui nous met en danger pour l’avenir. 

L’avenir sera harmonieux

La nouvelle génération va devoir concevoir de nouveaux modèles qui répondent aux besoins fondamentaux des humains – c’est absolument nécessaire, on ne peut pas penser une transition écologique qui ne satisferait pas aux besoins fondamentaux des humains. Mais ces modèles devront faire une place aux intérêts de la planète et de tous ses habitants non humains. Ça passe par la remise en question de tous les modèles extractivistes déployés par l’industrie minière, la surpêche, la monoculture, la déforestation, toutes ces industries qui reposent sur l’exploitation de la terre et sont soutenues plus ou moins clairement pas les États.

Qu’est-ce que Wild Legal ?

Wild Legal est un programme annuel de transition écologique par le droit visant à promouvoir l’étude, la pratique et le progrès du droit de l’environnement à la lumière de la doctrine juridique des Droits de la Nature.
Reposant sur une équipe d’experts, il innove et propose une évolution vertueuse du droit de l’environnement par une méthode expérimentale interactive à la fois ludique, pédagogique et participative pour former, pratiquer et appliquer un droit biocompatible.
​Il est conçu pour faire collaborer étudiants, juristes et citoyens pour les Droits de la Nature, il s’érige en plateforme couveuse des initiatives juridiques environnementales les plus innovantes.

> Aller sur le site

Le procès simulé dans le cadre de l’école Wild Legal

Au cœur du Parc national des Calanques, le rejet de déchets industriels toxiques, les fameuses “boues rouges” contamine depuis 60 ans l’écosystème marin de la Méditerranée.

Sujet brûlant sous le feu du soleil phocéen, ce gisement épais et destructeur ne laisse que peu de place au doute : au total, un minimum de 32 millions de tonnes de boues rouges aurait été déversé à ce jour par un discret pipeline au large de l’usine.

Tapissant les fonds marins, ces boues s’étalent majoritairement entre 150 mètres et 500 mètres de profondeur sur une surface allant de Fos à Hyères, soit un rayon de 100 km.

Au fil des années, ces rejets massifs, charriant des métaux lourds toxiques et naturellement radioactifs, ont entraîné une contamination durable et étendue de l’ensemble de l’écosystème. La destruction de la nature est tellement grave, qu’il est désormais dit “impossible de restaurer l’écosystème” impacté. Ces faits pourraient constituer une violation des droits de l’océan et un cas majeur d’écocide.

Après de longs débats citoyens et parlementaires autour de l’écocide, ils méritent d’être étudiés à la lumière nouvelle du texte hérité de la Convention citoyenne pour le climat.

Une question parmi toutes se pose : ces faits pourraient-ils être condamnables, et si oui, comment ?

Marine, dans “Après la pluie”, tu as écrit sur l’écoféminisme…

Oui et l’objet de mon article, ce sont les similitudes entre reconnaissance des droits de la nature et évolution du droit des femmes.

Jusque’à ce qu’on reconnaisse des droits à des personnes ou des entités, ça parait toujours absurde : les esclaves, les peuples autochtones, les femmes… sont passés ainsi du statut de choses possédées par des hommes à celui de membres de la communauté politique et sociale.

En tant que juriste, avec cette histoire et le recul, je me dis que donner des droits à la nature est notre mission émancipatrice. C’est lui faire une place juridique dans notre modèle de société. Tant que ces droits ne seront pas reconnus, elle ne sera qu’un objet que l’on peut s’approprier, détruire, spoliée … C’est la mission des gardiens et des gardiennes de la nature.

Chez Schopenhauer, ce qui n’est pas encore pensé semble absurde, voire risible, puis cela inquiète, voire terrifie et une fois qu’on passe le cap, ça semble évident, on se dit que c’était incontournable et alors… ça devient banal.

L’écologie, un combat permanent

L’écologie étant un obstacle au profit capitaliste, elle inquiète et doit faire face aux représentants de l’institution politique, économique et financière qui sont vent debout contre les droits de la nature.

On est face à l’Ancien Monde qui réagit, atterré, aux injonctions des nouvelles générations et des scientifiques, pour une défense de l’intérêt général au lieu des intérêts spécifiques de quelques privilégiés. Il s’agit des droits des générations futures et actuelles.
La vielle-école dominatrice et privilégiée ne veut rien lâcher. Mais la fronde populaire monte dans le cadre de la loi climat. Ces deux mondes se polarisent de plus en plus fortement et vont à l’affrontement.

> Voir l’Histoire des luttes pour l’environnement

> “Après la pluie” : en savoir plus

Devenir gardiens de la nature
Tana Éditions 224 p. 18,90 €
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