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10 « Grands enseignements » pour la COP27

Climate chance

L‘association Climate Chance présente son Bilan mondial de l’action climat à l’occasion de la COP27. Objectif : nourrir les négociations avec des faits. Premier constat, les émissions mondiales, qui grâce ou à cause du Covid-19 s’étaient considérablement réduites, ont presque retrouvé leur niveau d’avant !

Climate Chance présente donc 10 « Grands enseignements »

1 – énergie et Cop27

“Face à l’explosion de la demande, le recours aux fossiles dépasse le boom des renouvelables.”

Entre reprise économique et guerre russo-ukrainienne, les approvisionnements en énergie ont été et restent très perturbés. Ils ont mis le monde face à une réalité ancienne mais déniée : le flux tendu, la mondialisation, l’usage immodéré des transports [et donc de l’énergie] et la spécialisation des pays créent des interdépendances qui nous fragilisent.

Aujourd’hui, à l’inverse, on parle de sécurisation et de résilience des systèmes, mais il va falloir, pour cela, renoncer aux marges supplémentaires que ce système a engendré. C’est ce que démontre Jeremy Rifkin, expert en prospective économique et scientifique,  dans son dernier livre “l’Âge de la résilience” paru aux Liens qui Libèrent. Sous le terme d’efficience, il décrit cette économie de systèmes qui repose sur la simplification, la spécialisation et la réduction de toute réserve sécuritaire pour accroitre les marges bénéficiaires. “Dans la montée des risques et la vulnérabilité croissance de l’économie et de la société, écrit-il, la grande responsable est donc l’efficience, saluée depuis si longtemps comme le bras armé de la théorie et de la pratique capitaliste…”

Extraction et métaux rares

Jeremy Rifkin

À cela, il oppose la résilience, c’est-à-dire des systèmes capables de s’adapter, à la manière du Vivant mais aussi en harmonie avec le Vivant.

On peut donc légitimement être inquiet de la pression énergétique qui va conduire à relancer des activités extractivistes si dangereuses pour la biodiversité au détriment du renouvelable qui doit de toutes façons s’accompagner d’une réduction de notre consommation pour être viable.

éolienne - climat - énergie renouvelable
©Isabelle Vauconsant

Édition 2022 du Panorama des financements climat

2 – Trajectoires de transition

“Malgré une reprise carbonée, les économies industrialisées renouent avec leurs trajectoires de transition.”

La peur, voilà ce qui semble être un moteur de transition pour les États. La dépendance dans laquelle nous mettent les énergies fossiles est devenue très perceptible à la faveur des confinements et de la guerre russo-ukrainienne. Et alors, seulement, nos gouvernements ont réalisé que l’indépendance énergétique était fondamentale. “Le charbon est en déclin, le gaz de plus en plus concurrencé par des renouvelables en plein essor, et la décarbonation du transport enfin lancées dans certains pays européens notamment conquis par l’électrification.”

Mais quelque soit le domaine, le niveau de financement des actions pour l’indépendance énergétique, est inférieur à ce qu’il devrait être.

3 – Mobilités

“Les ventes records de véhicules électriques sont toujours débordées par la croissance des SUV.”

L’impact de la voiture électrique sur les émissions de gaz à effet de serre dépend du cocktail d’énergies utilisées pour produire l’électricité, de son poids, mais aussi de l’utilisation du chauffage, de la clim, de tous les équipements électriques qui tirent sur les batteries. Avec le dérèglement climatique en cours, les épisodes de grand froid et de canicule vont se multiplier et s’amplifier. Donc, ce qui reste le plus vertueux est le transport en commun, le vélo… et la marche à pied !

Quant au succès des SUV auprès des constructeurs et consommateurs (45,9 % des ventes mondiales), il représente une source de croissance des émissions mondiales qui tend à contrebalancer les gains d’efficacité obtenus grâce à l’électrique.

SUV : une catastrophe climatique

Climat et Transport automobile
©Isabelle Vauconsant
Arbres et climat
©Isabelle Vauconsant

Nos forêts

4 – Forêts

“Forêts : derrière les contrastes nationaux, le financement bascule vers le paiement sur résultats.”

En 2021, les pertes de couvert forestier (-2 % ; 25,3 Mha) et de forêts primaires (-11 % ; 3,75 Mha) ont ralenti, sans pour autant inverser la tendance.” Entre les incendies, les déforestations qui se poursuivent de part le monde, la réduction insuffisante de l’exploitation par les filières de l’élevage ou l’huile de palme, si le bilan fait état de progrès, ils demeurent modestes et très au-dessous des enjeux.

On peut aussi s’inquiéter pour l’avenir d’une tendance à utiliser le bois comme matériau naturel et renouvelable. Ainsi, l’histoire de la forêt française permet de comprendre que plus le bois est utilisé par la population comme ressource de construction et de chauffage, plus la pression sur la forêt s’accroît. Et ce qui a permis le doublement de la surface plantée en arbres en France depuis la fin du XVIIème siècle est précisément le remplacement du bois par les énergies fossiles. Le diable se cache dans les détails et dans tous les recoins !

5 – Nationalisme et concentration

“Les politiques de transition sont de plus en plus marquées par les nationalismes économiques et la concentration capitalistique des industries.”

À l’heure où des intellectuels, penseurs du climat et plus largement du rapport de l’humain au Vivant, imaginent notre avenir dans la collaboration entre humains et en harmonie avec la planète, on peut s’inquiéter !

M. Guterres, qui préside l’ONU, a critiqué les actions des responsables politiques populistes qui, a-t-il dit, font preuve « d’un mépris choquant pour les plus pauvres et les plus vulnérables de notre monde », dressant les gens les uns contre les autres, employant la discrimination, la désinformation et les discours de haine.

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En Europe, aux États-Unis, en Chine et dans les émergents riches en matières premières, l’État planificateur reprend la main pour relocaliser les chaînes de valeur (40 projets de gigafactories en Europe), voire nationaliser les champions nationaux (EDF, Uniper). Dans le même temps, l’inflation des prix de l’énergie opère une sélection darwinienne parmi les acteurs de marchés, à l’avantage des grandes entreprises capitalistiques, soutenues par leurs États de domiciliation.”

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©CC-by-sa

6 – Réchauffement et sobriété

“Les conséquences du réchauffement climatique impactent négativement les politiques d’atténuation”

“Les sept dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées dans le monde. En 2021, l’intensification des aléas climatiques ont causé des pertes humaines et agricoles colossales et perturbé le fonctionnement des réseaux électriques (nucléaires, hydroélectriques, transmissions…) et des infrastructures de transport (notamment ferroviaires).
Dans le même temps, les besoins d’adaptation de court terme (climatisation, réfrigération, irrigation…) génèrent un surcroît de dépenses énergétiques – essentiellement comblées par les fossiles – qui fragilisent les scénarios de transition et effacent les gains permis par des actions de long terme, comme la rénovation thermique des bâtiments ou l’agroécologie, dont le rythme d’adoption reste lent.
À rebours, l’émergence de la « sobriété d’État » dans le débat public, en réaction aux tensions sur le marché de l’énergie, ouvre un nouvel horizon d’actions combinées pour l’atténuation et l’adaptation à long terme.”

L’ONU a pourtant validé l’agroécologie comme étant un élément essentiel pour l’avenir.

7 – Mesurer pour mieux décider

“De mieux en mieux financée et planifiée, l’adaptation cherche toujours à mesurer son impact”

La planification doit s’appuyer sur des mesures claires, régulières et disponibles à l’instauration d’une démocratie bien éclairée.

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eau et climat
©Isabelle Vauconsant

8 – Carbone et “Green washing” ?

“Emporté par la vague net zéro, le marché carbone volontaire bascule dans une autre dimension.”

En 2021, le marché carbone volontaire a battu tous les records (près de 2 Md$ de transactions, x4 depuis 2020), porté par la vague d’engagements des entreprises à atteindre « zéro émission nette ».
En particulier, les crédits certifiant les projets de solutions fondées sur la nature (afforestation, reforestation, conservation…) rencontrent un succès florissant et occupent la première place du marché (50 % des crédits échangés environ). Les co-bénéfices pour la biodiversité et le développement socio-économique des communautés locales sont également très recherchés.

Cependant, les crédits d’élimination des émissions, qui permettent la captation et la séquestration additionnelle de CO2 à long terme, demeurent très peu développés. Si elle permet de canaliser des ressources financières privées vers des projets bénéfiques à l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, la possibilité offerte aux entreprises et autres organisations de revendiquer la « neutralité carbone » en l’absence de norme universelle suscite la controverse.

9 – Droit et climat

“Sous pression juridique et actionnariale, les industries carbonées adaptent le rythme de leur transition.”

“L’année 2021 n’a pas marqué de grande rupture ni d’accélération en matière d’activisme actionnarial : toujours plus de propositions liées à l’environnement sont déposées – surtout liées au climat – mais une minorité d’entre elles sont votées, et très peu recueillent la majorité.

Pratique encore marginalisée au début des années 2000, surtout concentrée aux États-Unis, le recours au droit contre les politiques climatiques des États et les entreprises est l’une des tendances majeures de ces dernières années. Une courte majorité des décisions rendues sont favorables à l’action climat, mais leurs effets à long terme sont encore peu étudiés.

Devenir gardiens de la nature
Tana Éditions 224 p. 18,90 €

Malgré tout, cette double pression engage un peu plus les industries carbonées sur les chemins d’une transition dont elles maîtrisent le tempo : aucun acteur majeur ne renonce à ses activités historiques les plus carbonées (pétrole, gaz, charbon…) – qui sont aussi les plus lucratives et de potentiels leviers d’investissements dans la transition.

Marine Calmet, Camille de Toledo, Nathalie Dieumegard, Corinne Lepage, Valérie Cabanes, Baptiste Morizot… sont des représentants de la réflexion autour des droits de la nature et de la défense de l’environnement.

10 – Penser local

“Les communautés et gouvernements locaux adaptent la transition aux territoires.”

Le local a le vent en poupe ! Et pour cause, c’est le niveau auquel chacun a une utilité perceptible au quotidien. C’est aussi celui des élus proches du terrain. Enfin, c’est le niveau qui permet de démarrer la bascule sur le modèle des dominos. Les États peuvent y contribuer en adoptant des politiques de mobilité et de construction, par exemple, ou en faisant des choix agricoles appropriés. Mais s’ils n’en donnent pas les moyens, les citoyens peuvent prendre une partie de leur destin en main en inventant de nouvelles formes économiques et sociales.

Le bilan de Climate Chance fait état des progrès en matière de mobilité en Chine et en Europe essentiellement.

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