Saltus Campus, 1er lycée agroécologique en France

Un lycée agroécologique

Ouverture du Lycée Saltus Campus à la rentrée 2022 à Sevran [93] et sur le Domaine de Courances [91] . Deux femmes sont à la manœuvre : Valentine de Ganay, initiatrice du projet, avec la paysagiste Agnès Sourisseau. Il s’agit du premier lycée agroécologique de France ! Un projet pour préparer l’agriculture de demain avec les jeunes, dont la région IDF semble se… désintéresser. Avis lancé aux mécènes : il manque 600 000 €

Pourquoi ce projet ?

Répondre aux enjeux fondamentaux de l’agriculture face au dérèglement climatique, à la nécessité de nourrir la planète, à l’avenir à construire est un impératif.

Valentine de Ganay s’anime lorsqu’elle parle filières techniques et dépassées, avenir des jeunes, disparition du monde paysan…

« Je ne peux pas lire ou participer à un dîner sans que les mots monde de demain, permaculture, souveraineté alimentaire, résilience,… ne ponctuent chaque réflexion. Mais l’angle mort de tout cela, ce sont les jeunes censés préparer le monde de demain. »

Valentine de Ganay
Valentine de Ganay

UN APPEL À FINANCEMENT

Aujourd’hui, les salaires des enseignants sont pris en charge par le Ministère de l’Agriculture. Courances met à disposition ses terres et ses équipes. Parmi les mécènes, on trouve la Fondation de France, l’Ademe, et la Fondation Sisley-d’Ornano.

Mais il manque encore 600 000 euros.

Valentine de Ganay est l’une des 10 propriétaires du Domaine de Courances, en Essonne, 2000 hectares de terres agricoles, dont 1000 ha en champs et autant en forêt. 700 ha sont en bio, en agriculture de conservation et 9 ha sont consacrés au maraîchage. Et la forêt fait l’objet d’une attention toute particulière, mais ce sera une autre histoire.

Travailler sur l’angle mort : la jeunesse

Valentine et, son amie et comparse Agnès Sourisseau, mettent leurs méninges en marche.
Comment faire pour combler cet angle mort, comment contribuer à une meilleure formation ?

C’est simple ! Créer un lycée de formation à l’agroécologie, mixant cours théoriques et mise en œuvre pratique. En fait, si l’idée est claire et simple, la mise en œuvre est extrêmement complexe.

*Agnès SOURISSEAU (paysagiste DPLG, Directrice de l’Association Agrof’Île)

L’avenir s’invente, l’avenir s’apprend !

Plutôt que de se tourner vers des métiers en voie de disparition, sous qualifiés, voire disqualifiés, une partie de cette jeunesse pourrait trouver une issue dans un métier fondamental pour l’humanité : nourrir la population. Une place valorisante et valorisée est à inventer pour les producteurs de cette alimentation, s’ils travaillent de façon durable et respectueuse du vivant. On peut parier sur les capacités de repenser l’agriculture de ces jeunes puisqu’ils sont en somme un terrain vierge et donc ont tout à apprendre et à créer.

Valentine de Ganay y voit une occasion historique de donner vie à une nouvelle génération de paysans, pas tout-à-fait des purs ruraux, mais dont l’activité professionnelle serait agricole. Et elle espère essaimer autour d’autres métropoles.

Les moutons
©Formula-Bula

Un lycée en banlieue parisienne, c’est vital !

À ce moment là, le Lycée agricole Fénelon, installé sur la commune de Vaujours dans le 93, fermait ses portes. Même en mettant à disposition la plaine de Courances pour les lycéens, il était exclu de le laisser ouvert.

« Mais Agnès et moi avions acquis la conviction qu’un lycée en banlieue parisienne avait un intérêt majeur et que c’était une implantation plus favorable à la transmission qu’en province. » « En revanche, nous avons réfléchi à la situation de ces jeunes des banlieues un peu éloignées de la capitale, et nous sommes dit que leur avenir pouvait se trouver de l’autre côté. » De l’autre côté ? « Du côté de la ruralité plutôt que de la ville. »

Cette intuition de Valentine et Agnès, repose sur l’idée qu‘en milieu rural, compte tenu de la situation des paysans, peu d’entre eux encouragent leurs enfants à suivre la même carrière. « C’était un diagnostic, je dirais presque géographique, urbanistique. Nous nous sommes rendues compte que l’avenir des banlieues en général, autour des grandes villes, avec d’un côté la campagne, de l’autre la ville, est probablement de se tourner vers les champs.»

Qu’est-ce que l’agriculture de conservation ?

L’agriculture de conservation est un système cultural qui permet de prévenir les pertes de terres arables tout en régénérant les terres dégradées. Elle favorise le maintien d’une couverture permanente du sol, une perturbation minimale du sol et la diversification des espèces végétales. Elle renforce la biodiversité et les processus biologiques naturels au-dessus et au-dessous de la surface du sol, ce qui contribue à accroître l’efficacité de l’utilisation de l’eau et des nutriments et à améliorer durablement la production végétale. Définition de la FAO

Inventer l'agroécologie
Saltus Campus agroécologie

Convaincre et boucler le budget

En France, les lycées dépendent de la région, et le lycées agricoles du Ministère de l’Agriculture.

« Nous avons réussi à convaincre le Ministère de l’Agriculture de contractualiser avec nous . C’est très important, car il prend en charge les salaires des enseignants. La condition était d’ouvrir en Seine-Saint-Denis, là où le lycée agricole venait de fermer.

Grâce à une élue communiste de Tremblay, nous avons été mise en relation avec Stéphane Blanchet, maire de Sevran et vice-président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis. Il a mis à la disposition du Lycée Saltus Campus et pour 30 ans, une école maternelle désaffectée. Ainsi, la théorie sera enseignée à Sevran, et la pratique se fera sur le Domaine de Courances. »

À Courances, les élèves pourront rencontrer des professionnels de toutes les disciplines de l’agroécologie, des grandes cultures au maraîchage en passant par la forêt. Pour conserver un enseignement de qualité et une relation riche entre étudiants et acteurs agricoles dans les différents enseignements, le lycée n’accueillera pas plus de 140 élèves en vitesse de croisière.

Champs de lin
Champs de lin ©Isabelle Vauconsant

Difficile de comprendre pourquoi la région IDF refuse de participer au projet…

Alors que sur le site de l’UROGEC (enseignement catholique), on trouve ce message :

« En vertu de la Loi Debré, la Région Île-de-France renouvelle pour 2022 sa campagne de subventions pour aider les lycées privés sous contrat à financer leurs investissements (travaux de sécurisation, extension, rénovation, mise en conformité,…). Le CREC Île-de-France accompagne les établissements éligibles à monter leur dossier, optimiser et harmoniser les demandes. »

Or, il y a deux mois, la région, sollicitée a déclaré qu’elle n’apportait plus de soutien à ce projet. Alors même que va s’ouvrir le premier lycée agricole et agroécologique, une première en Ile-de-France depuis trois décennies, on peine à comprendre ce refus. D’autant que le discours général, tenu sur les derniers mois, était favorable au développement de l’apprentissage et de l’alternance ; et que les cris d’alarme concernant la réduction du nombre des agriculteurs résonnent un peu partout.

On sait que les techniques appropriées à l’agriculture de demain restent à explorer. On s’étonne donc qu’une proposition comme celle-là ne retienne pas l’attention de la région.

Qu’obtiennent les lycéens au terme du cursus ?

Des diplômes ! Or, les diplômes sont indispensables à l’exploitant agricole pour bénéficier du statut lié à sa profession et donc des aides ou subventions qui lui permettent de démarrer.

« Il n’est pas question de leur donner une formation non diplomante. Nous avons pour objectif de former des agriculteurs pour demain, immédiatement opérationnels pour reprendre les exploitations de la génération sur le départ. »

blé en agroécologie
Courances, domaine en agroécologie
Les moutons du Domaine de Courances
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