États Généraux de l’agriculture alternative à Joigny

ÉTATS GÉNÉRAUX DE L'AGRICULTURE ALTERNATIVE - JOIGNY 2022
©Dimitri Kalioris

Alors que s’ouvrait le Salon de l’Agriculture, à Paris, et la mise en scène du monde agricole tel que le dessine la PAC (Politique Agricole Commune) depuis l’Europe, à Joigny, on réfléchissait à l’agriculture alternative.

Fait de base :
Les agriculteurs sont des acteurs incontournables et essentiels de la transition face aux dérèglements climatiques et à la nécessaire restauration de la biodiversité.

Agriculture alternative : maïs
©Isabelle Vauconsant

Pourquoi des États Généraux

Il y a beaucoup de mauvaises nouvelles pour l’humanité sur la planète. Mais, il est inutile d’en faire une longue litanie très déprimante. Ces États Généraux de l’agriculture alternative se rassemblent pour trouver des chemins de sortie. C’est ainsi qu’Éric Lenoir a ouvert la première journée. Et le frisson qui a parcouru l’assemblée portait cette question : n’est-ce pas le vrai salon de l’agriculture ? N’est-ce pas à Joigny qu’on pose les vraies questions ?

  • Produire des aliments de qualité
  • Favoriser une biodiversité indispensable
  • Ralentir, réduire, anticiper les dérèglements du climat
  • Sauver le monde paysan et avec lui, tous les autres
oiseaux : mésange à longue queue
©kucherenko

Quelle agriculture alternative ?

Ce qui est clairement ressorti des débats, c’est qu’il n’existe pas une solution unique, un dogme indépassable. On s’y attendait un peu, mais ça se confirme. Le monde n’étant ni noir ni blanc, mais souvent dans l’intermédiaire, il en est de même des issues envisagées.

Et ça s’est avéré d’autant plus riche que les intervenants venaient de pratiques très diverses, depuis le conventionnel, utilisateur d’intrants et de pesticides, jusqu’au bio le plus exigeant. Les tables rondes ont permis des échanges fructueux entre les agriculteurs où qu’ils en soient par rapport à la transition, les élus qui ont partagés leurs inquiétudes et la salle. Les difficultés manifestes pour passer d’un système à l’autre, mais aussi pour penser les changements et leur urgence, sont nombreuses.

Et pourtant, les alternatives à trouver ne sont pas un choix, mais une obligation pour survivre individuellement comme collectivement.

Produire une alimentation de qualité

Qu’est-ce qui définit aujourd’hui une alimentation de qualité ? Des éléments sans doute très différents d’autres époques.

Certes, comme autrefois, la sécurité sanitaire des aliments en est un élément. La qualité gustative devient une gageure pour la majeure partie de la production de fruits et de légumes. La richesse nutritive est un vrai problème dans nombre de produits. Enfin, l’empreinte carbone est un sujet essentiel : mode de culture, emballage et transport sont déterminants de la résilience des systèmes. N’oublions pas la juste rémunération de la production et un prix acceptable – c’est-à-dire permettant à tous un accès à une nourriture saine et bonne – pour la population.

La biodiversité favorise la qualité. Les circuits courts et le vrac, également. Moins il y a de produits à acheter pour l’agriculteur et moins il y a d’intermédiaires à rémunérer, plus la valeur ainsi créée a t-elle de chance de revenir à ceux auxquels elle est due.

L’agroforesterie, mais oui !

États généraux de l'agriculture alternative : Romuald BardotRomuald Bardot, agriculteur et technicien de l’arbre et du bocage, CPIE Yonne Nièvre

 

« On n’invente pas. On retrouve des modèles d’agriculture respectueux de la biodiversité. Mais quand on est paysan, il faut aussi trouver un intérêt économique. Or auparavant, les haies avaient une existence économique dans les fermes, qui a disparu avec la mécanisation. Avant la guerre, la haie fournissait le bois de chauffage, du fourrage, de l’osier pour la vannerie… J’ai donc cherché comment restaurer cette réalité économique aujourd’hui, pour que planter et entretenir une haie ne soit pas une contrainte. Le lien entre les plantations ligneuses et les espaces agricoles est toujours vertueux.

L’agroforesterie regroupe toutes les pratiques de plantations d’arbres en zone agricole : haies, bosquets, trognes, arbres et arbustes sur le bord ou au sein des parcelles.

Une solution

Aujourd’hui, j’ai monté une Société civile d’intérêt collectif (SCIC), fondée sur un partenariat public privé qui permet d’ouvrir un débouché de la récolte des haies et des trognes dans l’alimentation des chaudières. Et même si la mise en route est un peu longue, cela va constituer un complément de revenu très bienvenu pour mon exploitation. »

Des bénéfices de l’agroforesterie

  • Les haies et bosquets favorisent la biodiversité
  • Des arbres sont importants pour protéger les animaux d’élevage et les cultures
  • L’augmentation des rendements agricoles en lien avec le développement de la biodiversité
  • Le stockage du carbone et la production de bois
  • La stabilisation et l’enrichissement des sols
  • Les inondations et l’épuration des eaux se régulent
  • Joue comme barrière physique contre les produits phytosanitaires
conte : arbre et vent

Pourquoi s’intéresser à la biodiversité

Bien sûr, il faut prendre soin de favoriser la biodiversité parce que l’humanité ne saurait rester seule sur une terre désertée par la vie. Mais si l’on restreint l’espace à celui de l’agriculture, des jardins et des routes qui traversent la France, la réhabilitation des conditions d’une bonne diversité est toute aussi vitale.

Tenir compte des réalités économiques

Inventer des modèles d’agriculture alternative compatibles avec la biodiversité et la lutte contre le dérèglement climatique, doit tenir compte des réalités sociales et économiques des agriculteurs.

Avec un taux de suicide dramatiquement élevé, le monde paysan, endetté, mal rémunéré et soutenu en dépit du bon sens pour ses pratiques les moins vertueuses par la PAC, doit trouver des voies de sortie.

Prendre acte des réalités

Les agriculteurs sont à la fois les premières victimes et en partie responsables de la dégradation des paysages, de la biodiversité et des intempéries destructrices. On a bien entendu au cours des débats les adresses faites aux consommateurs, qui seraient demandeurs et donc responsables de ce qui est produit. C’est sans compter sur le travail incessant du marketing et de la publicité pour créer des demandes constamment renouvelées dont les uns et les autres sont les acteurs autant que les pantins.

Trouver des alternatives

Quelles qu’en soient les explications, les faits sont là, il faut trouver des alternatives. La biodiversité est à la base de la qualité des sols, de l’eau et de l’air. Les pollinisateurs sont l’unique solution sérieuse à la multiplication des plantes. Comme en témoignait Guy-Michel Desmartins, agriculteur en conversion bio : « On a senti dès 2012 un décrochement de productivité. En 2016, l’engagement financier important était face à une chute de rendement à l’hectare, malgré les intrants. Ça a été l’occasion d’une grosse remise en cause et d’une prise de conscience qu’il fallait bouger. Nous avons lancé la conversion en bio, avec les aides disponibles. »

Changer de système

Une conversion en bio, cela suppose une réflexion systémique vers la polyculture et l’autonomie.

  • Produire son engrais organique, par compostage de matière végétale et/ou animale,
  • Produire du paillage ou des litières, des aliments pour les bêtes,
  • Planter des haies,

et la baisse de rendement, au moins momentanée. Cela signifie de trouver des sources de revenus diversifiées.

L’agriculture alternative un tout petit peu !

Les États généraux ne rassemblaient pas que des convaincus et c’est très bien. Cela a permis de constater que même des agriculteurs qui se refusent à sortir du système conventionnel commencent à réfléchir aux dégâts causés à la planète. Claire Tutenuit, Déléguée générale EpE, n’a pas mâché ses mots lorsqu’elle a conclu en disant que « la prise de conscience, positive [qui était la leur] était très en deçà de la réalité et de l’urgence de la situation« . Toutefois, on a pu constater que ce qui se passe autour d’eux ébranle quelque peu leurs convictions.

Le sol devient une préoccupation

C’est ainsi qu’ils plantent des couverts pour éviter l’effet albedo (réflexion du soleil sur la terre nue) et un réchauffement dangereux pour la survie du sous-sol. Ils replantent quelques haies ou optent pour des amendements organiques. L’appauvrissement des sols semble être désormais un sujet important et la présence des pollinisateurs un enjeu entendu.

Toutefois ne nous y trompons pas, ce n’est hélas pas un mouvement ample, si l’on en croit la consommation de pesticides en France, en hausse de 25 % entre 2009 et 2018, en moyenne triennale. (Pour en finir avec les pesticides – Claude Aubert et François Veillerette)

Une conclusion s’est imposée au fil des deux jours

Après avoir discuté pratiques agricoles, acquisition de terrains, installations et transmissions, il s’est clairement dessiné lors de ces États généraux de la nécessité vitale d’un travail commun.

Les mots de l’avenir :

  • coopération
  • rencontre
  • écoute
  • pratiques complémentaires
  • objectifs communs

Et à cela sont conviés les agriculteurs et toute la filière alimentaire, les pouvoirs publics régionaux, nationaux et européens et chaque citoyen dans son jardin comme dans son assiette.

De tous dépendra peut-être en partie la survie de l’humanité, c’est un pari à la Marvel !!!!

Le climat en France jusqu’en 2100

L’agriculture alternative : peu d’ambition du côté des pouvoirs publics

Le ministère de l’Agriculture a lancé en 2021 le programme Plantons des haies, doté de 50 millions d’euros, issus du dispositif France Relance. Comme ça, on se dit, c’est formidable. Ensuite, il faut confronter cela au réel.

Objectif : replanter 7 000 kilomètres de haies en deux ans.

Or, depuis 1950, 750 000 kilomètres de haies ont été arrachés en France sous l’effet du remembrement agricole et du déclin de l’activité d’élevage, selon l’Office français de la biodiversité (OFB). On perdait encore 45 000 kilomètres par an de 1960 à 1980. Le recul s’est stabilisé à 15 000 kilomètres dans les années 1990. Aujourd’hui, 7 000 kilomètres, c’est ce qui est perdu environ annuellement.

Au 31 décembre 2021, 1 870 projets étaient validés pour replanter 2 500 kilomètres, soit 25 millions d’euros en cours d’investissement, selon le ministère de l’Agriculture.

Chiffres en vrac

  • Le dérèglement climatique pourrait entraîner une perte de 50 % de la ressource en eau pendant l’été. (Giec)
  • Il faut 25 à 30 calories-pétrole pour sortir une calorie alimentaire.
  • 38% de la population mondiale sera exposée au stress hydrique en 2025 contre 9% en 2008. (cieau)
  • Le nombre d’agriculteurs baisse drastiquement : en France, en près de quarante ans, alors que la taille des exploitations a augmenté, la part des agriculteurs exploitants dans l’emploi a fortement diminué, passant de 7,1 % en 1982 à 1,5 % en 2019. (INSEE)
  • 310 pesticides autorisés en France à l’été 2021 ; 350 en Europe ! (Pour en finir avec les pesticides – Claude Aubert et François Veillerette)
  •  L’agriculture en France, c’est 3,4% du PIB français
  • En 2020, la France métropolitaine compte 389 000 exploitations agricoles, soit environ 100 000 de moins qu’en 2010 lors du dernier recensement. (agreste)
  • La taille des exploitations continue d’augmenter. (agreste)
  • Le nombre d’élevages se réduit plus fortement que celui des exploitations à dominante végétale. (agreste)

Les premiers États généraux de l’agriculture alternative ont été organisé par l’association Renaissance Joigny

« L’association Renaissance Joigny relie celles et ceux qui osent transformer notre territoire, prévenir des risques climatiques et sociaux et s’entraider. »

Les intervenants

  • Guy-Michel Desmartins, agriculteur expérimentateur dans l’Yonne (grandes cultures), terrassier en milieux naturels et co-porteur du projet GatiBiogaz
    Ferme de la Roserie, Villeneuve-la-Dondagre
  • François Bientz, agriculteur dans l’Yonne (maraîchage, horticulture, produits transformés) Jardin des Thorains, Lavau ; représentant local de l’Association Française des Producteurs de Cannabinoïdes et relais du réseau Semences paysannes
  • Jean-Bertrand Brunet, agriculteur dans l’Yonne (polyculture-élevage, produits transformés…) Ferme de la Bilouterie, AMAPP la Pradieuse, Dollot
  • Claude Féraud, Coordinateur du service technique, technicien petite faune de la FDC 77
  • Jean Lalès, agriculteur dans l’Yonne (maraîchage)Jardin des Frémaux,  AMAPP Chant’Ouanne, Prunoy
  • Romuald Bardot, technicien Bocage et Agroforesteries CPIE Yonne-Nièvre, arboriste
  • Gilles Robillard, agriculteur dans l’Yonne (grandes cultures) président de Terres Inovia, direction de l’institut technique des huiles, des protéines végétales et du chanvre ; vice-président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) de l’Yonne
  • Arnaud Rousselat , agriculteur expérimentateur dans l’Yonne (grandes cultures)
    EARL du Bourg Sud, Valravillon
  • Nicolas Soret, 3e vice-président de la région Bourgogne-Franche-Comté en charge des finances, du développement économique, de l’économie sociale et solidaire et de l’emploi, président de la communauté de communes du Jovinien (CCJ), maire de Joigny (89)
  • Christian Morel, 13e vice-président de la région Bourgogne-Franche-Comté en charge de l’agriculture, de la viticulture et de l’agroalimentaire, agriculteur en Saône et Loire.
  •  

 

  • Christian Morel, 13e vice-président de la région Bourgogne-Franche-Comté en charge de l’agriculture, de la viticulture et de l’agroalimentaire, agriculteur en Saône et Loire.
  • Jean Massé, agriculteur à la retraite dans l’Yonne, maire de Saints-en-Puisaye
  • Claude Grosset, actif au sein des associations Ressources & Compétences, C3V, administrateur de la coopérative Germinal, dans l’Yonne
  • Anne-Sophie Ballard, écologue Le Ruban Vert, Villeneuve-sur-Yonne
  • Christian Baqué, agriculteur dans l’Yonne (Plantes aromatiques et médicinales)
    Le Liseron Marie, Champcevrais
  • Christian Deschamps, Agriculteur (Polyculture-élevage) et maire d’Egriselles-le-Bocage (89)
  • Hervé Covès, ingénieur agronome spécialiste de la vie des sols et des dynamiques au sein des écosystèmes, notamment pour Arbres & Paysages 32. Animateur de nombreux ateliers et formations et créateur de l’association Koridori
  • Gérard Gauthier, Agriculteur (Grandes cultures) (89)
  • Alix Bell, responsable de la structure d’insertion Les Jardins du Côteau à Joigny (89)
  • Eric Bénéteau, référent local pour l’association et vieille citoyenne du groupe local Terre de Liens, Joigny
  • Louis Tessier, Chargé d’accompagnement Puls’Actions pour la Fédération départementale des foyers ruraux de l’Yonne
  • Florestan Bargain, animateur territorial de l’Yonne et du GABY (Groupement des Agriculteurs Bio de l’Yonne) chez BIO BOURGOGNE
  • Eric  Lenoir, paysagiste et pépiniériste dans l’Yonne, membre de la collégiale de Renaissance Joigny délégué à l’organisation et à l’animation des Etats Généraux de l’Agriculture Alternative
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