Le Festival des Jardins, à Arc-et-Senans

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Le Festival des Jardins se tient à la Saline Royale d’Arc-et-Senans jusqu’au 22 octobre. L’occasion de découvrir ou de visiter à nouveau les 5 hectares récemment aménagés. On y trouve les jardins éphémères du Festival mais aussi une grande prairie sauvage, un jardin de l’Arc jurassien, des jardins thématiques, des cultures de céréales anciennes, d’engrais verts, une collection de saules autour d’un jardin d’eau… Interview et visite guidée avec Denis Duquet, le responsable des jardins.

Hortus Focus : quels ont été les deux gros chantiers liés au jardin ?

Denis Duquet : le Festival des jardins a quitté l’enceinte du premier demi-cercle pour s’implanter dans le second où il a fallu tout créer. Ils ont été remplacés par des jardins pérennes, des jardins en mouvement, dont la conception a été confiée à une agence conseillée par le paysagiste Gilles Clément. Le rêve du créateur de la Saline, Claude-Nicolas Ledoux, est enfin réalisé : la Saline est aujourd’hui le Cercle immense qu’il avait imaginé au XVIIe (ndlr : voir notre article sur l’histoire mouvementée du site).

Denis Duquet, Arc-et-Senans
©Didier Hirsch
Vanly Tiene, Arc-et-Senans
©Didier Hirsch

Comment s’organisent les jardins dans ce second demi-cercle ?

C’est un espace très composé, organisé de façon concentrique avec, au centre, un forum qui permet d’accueillir des petites manifestations. Sur ces 5 hectares, il a fallu tout faire, tout créer à commencer par le nivellement du terrain qui semblait plat, mais ne l’était pas du tout. Il a fallu décaper toute la terre végétale, niveler avec des engins de terrassement avant de remettre la terre. Travailler avec des engins de chantier, ce n’est pas terrible pour la vie du sol, mais on ne pouvait pas faire autrement. À nous de ramener le plus de vie possible et le plus vite possible.

Pourquoi avoir choisi de laisser une prairie sauvage ?

À l’origine, le projet était de semer des prairies fleuries. Et puis, en travaillant avec toutes les associations environnementales, on a compris que de grands bouts de terrain en fauche tardive étaient très importants pour la colonie de chauves-souris qui passe plus de 6 mois dans le bâtiment des Gardes, de la Saline. Elles arrivent à 800 au printemps et sont 1200 à repartir avant l’hiver. Et elles chassent au-dessus de cette prairie.

Arc et senans, prairie sauvage
©Didier Hirsch

C’était donc un enjeu environnemental très fort ?

Oui. Nous avons alors consulté les 4 botanistes du Centre de Formation Châteaufarine à Besançon. Ils nous ont proposé plusieurs protocoles et nous ont convaincus d’organiser cette prairie un peu comme des portions de tarte ou de comté !

Comment avez-vous procédé ?

Nous avons travaillé avec des semenciers qui pouvaient nous fournir en semences adaptées. Et sur une très grande partie centrale qui occupe 1 ha, nous n’avons strictement rien fait, sauf avoir confiance dans les graines contenues dans la terre. Les botanistes sont venus faire un inventaire de la flore dans les parties semées et dans la grande partie laissée libre. Et leur constat a été clair : il y avait autant de diversité dans les deux secteurs. Cela ne fera peut-être pas plaisir aux semenciers, mais c’est ainsi !

Que trouve-t-on dans cette prairie sauvage ?

Une plante est dominante, c’est la carotte sauvage. Mais on a aussi beaucoup de plantains, des trèfles, des microtrèfles, des vesces, des marguerites… Un grand terrain de jeu pour les chauves-souris !

Carottes sauvages
©Didier Hirsch

Quels sont les autres jardins thématiques ?

Il y a le jardin des couleurs, le jardin des plantes aromatiques médicinales, des jardins d’eau avec une collection de saules, des jardins en permaculture, des parcelles cultivées en céréales anciennes, un labyrinthe de Miscanthus Et nous achevons la mise en place du jardin de l’Arc jurassien qui comprend une pièce maîtresse, une falaise de calcaire inspirée de la Reculée de Baume-les-Messieurs, et des tourbières pour évoquer la capacité de ces biotopes à conserver du CO2.

arc-et-senans
©Didier Hirsch

De quoi est constitué le dernier anneau du demi-cercle ?

Nous avons planté des arbres fruitiers pour créer une forêt comestible. Les plantations font référence aux horloges franc-comtoises et suivent la période de maturité des fruits. Donc, nous avons d’abord les cerisiers, puis les pommiers, les poiriers, les pruniers, etc., pour finir avec les néfliers. Nous avons au total 30 espèces différentes, achetées auprès d’un pépiniériste local.

Pourquoi avez-vous choisi de mettre en culture des céréales anciennes ?

C’est un sujet qui nous intéressait et le bureau d’études aussi. Une façon de rendre hommage à Renée et Bernard Ronot, les fondateurs de Graines de Noé (voir encadré en bas d’article). Cela va nous permettre aussi d’observer le comportement de différentes céréales, y compris des céréales dont nous peut-être jamais entendu parlé. Nous travaillons avec des semences anciennes, les ancêtres de nos céréales actuelles pour beaucoup nées de croisements. On fait un bond de quelques millénaires en arrière.

céréales anciennes
©Didier Hirsch

Vous travaillez dans les jardins de la Saline depuis 8 ans. La gestion des jardins a-t-elle beaucoup évolué ?

Quand je suis arrivé, le jardin était un peu la dernière roue du carrosse. Des moyens ont été mis sur la table pour les remettre en état et les gérer différemment. Nous avons pu investir dans du matériel qui nous a simplifié le travail, notamment quand il a fallu supprimer un peu partout toutes les fondations bétonnées. Dans le passé, pour fixer une structure, un piquet, seul le béton était utilisé. Et comme nous n’avions pas de matériel spécifique, on n’arrivait pas à enlever ces fondations. Nous avons investi dans une mini-pelle, enlevé tout le béton et procédé autrement. Après tout, les Gaulois, les Romains faisaient des choses extraordinaires sans béton, donc on est capable d’y parvenir.

Les changements de méthode ont-ils été bien acceptés ?

Ça a été un peu une révolution, mais tout le monde s’est vite rendu compte de tous les avantages. Nous avons aussi changé les revêtements. Fini le géotextile et le sable dessus ! Nous les avons remplacés par de la sciure qui est une ressource locale. Je me suis souvenu d’avoir, plus jeune, visité un jardin dont toutes les allées étaient recouvertes de sciure et j’avais alors beaucoup apprécié la douceur et la souplesse du cheminement. Les chemins sont donc faits maintenant de sciure mélangée à de la terre et la couche supérieure n’est constituée que de sciure.

Les plantes ne sont plus gérées de la même façon non plus !

Effectivement ! Nous supprimions certaines plantes systématiquement, la bardane (Arctium) par exemple. Ce n’est plus le cas. La bardane, on la voit maintenant un peu partout dans les jardins de la Saline. C’est une belle plante qui fait des feuilles aussi grosses que celles de la rhubarbe. Elle est intéressante à longueur d’année même si elle vit au marron en fin d’été.

Jardin des couleurs, Arc-et-Senans
©Didier Hirsch

Et comment les visiteurs de la Saline réagissent-ils à ces changements ?

Les réactions évoluent aussi. Au début, quand on a espacé les tontes, les visiteurs venaient nous dire : « Mais qu’est-ce-vous faites ? Vous laissez tout partir en friche ou quoi ? ». Maintenant, le message passe bien.

La création du second demi-cercle a-t-elle demandé beaucoup de temps ?

Tout a été fait l’année du Covid. D’habitude, nous accueillons des classes de février à mai. Deux seulement ont pu venir avant le confinement. Comme nous n’avions aucun visiteur, nous nous sommes lancés dans les travaux.

Observez-vous dans votre région les dégâts liés aux changements climatiques ?

Malheureusement, oui ! Les forêts du Jura dépérissent, les conifères meurent les uns après les autres. Je ne suis pas un spécialiste des forêts, mais il va vraiment falloir qu’on plante vite d’autres essences. Quand je discute avec les espaces verts de la Ville de Besançon, je me rends compte que l’inquiétude et le sentiment d’urgence sont partagés. De nombreux arbres sont morts dans les parcs de suite de coups de chaud ou de sécheresse.

Dans le passé, quand on rentrait de vacances en Ardèche où on trouvait tout très sec, tout était vert dès qu’on arrivait à Lons-le-Saunier. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Et certains jours, quand on marche sous les pelouses de la Saline, ça craque sous les pieds comme dans le sud de la France.

Arc-et-Senans
©Didier Hirsch

Où en êtes-vous côté faune ?

En plus de nos chauves-souris, nous pouvons observer des chouettes, des passereaux, des bandes de moineaux… La Saline est un refuge LPO. Nous fauchons tardivement pour préserver, par exemple, les criquets. Dans les mares, on trouve des tritons.

Quel est le thème du Festival des Jardins 2023 ?

Nous avons retenu « Peinture et poésie ». 11 projets sont sélectionnés par un jury . Ce sont de jeunes concepteurs scolarisés (Bac Pro), BTS…) qui viennent pendant une semaine les réaliser. Ils sont nourris, logés par la Saline qui se transforme en chantier-école. On accueille entre 300 et 400 élèves durant 4 mois. C’est un peu notre marque de fabrique, ce fonctionnement de chantier-école. Nous sommes là pour partager le savoir, aider ces jeunes gens dont c’est souvent la toute première réalisation. J’ai été très ému par une jeune fille qui, lors d’un dernier repas pris en commun, s’est levée pour dire que cette semaine avait été « la plus belle de sa vie ». Nous sommes là pour donner aux jeunes l’envie d’aller plus loin, de s’accrocher pour aller au bout de leurs études et parfois de leur rêve.

Se passer d’arrosage ?

Évidemment les jeunes plantations sont arrosées, ainsi que les parcelles éphémères où poussent des annuelles. Mais à terme, les jardins devront se passer d’eau au maximum : « C’est un vrai questionnement pour nous. Un festival accueille des plantations éphémères, il est difficile de se passer d’eau. Mais nous travaillons tous nos autres jardins de façon à économiser l’eau au maximum voire à supprimer totalement des arrosages. »

Graines de Noé

C’est le nom d’une association, basée à Dijon,  fondée en 2010 par Renée et Bernard Ronot. Elle sauvegarde 200 variétés de céréales anciennes et paysannes. Bernard est aujourd’hui octogénaire, mais voilà une trentaine d’années, il a décidé de quitter le système agricole classique pour retrouver une autonomie par rapport à sa production. Plus question pour lui d’utiliser des pesticides ou d’utiliser des semences normées et stériles. Il s’est lancé dans la culture de céréales anciennes. Ses rendements ont beaucoup baissé, mais Bernard a persévéré pour produire un produit de qualité, fournir des meuniers et des boulangers. L’Association a été créée pour poursuivre le travail de Renée et Bernard, approvisionner les boulangers et conserver ces anciennes variétés, parmi lesquelles l’égilope, l’ancêtre du blé.

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