HugelKultur, une butte autofertile pour la permaculture

HugelKultur
©Kim Sanghwan

Aujourd’hui, nous aimerions vous présenter la culture sur butte, appelée aussi Hugelkultur par son « inventeur », Sepp Holzer. Le principe est très simple et consiste à enfouir du bois dans le sol et de le recouvrir avec des branchages, de la terre, des feuilles et de l’herbe pour en faire une réserve d’eau et de nutriments destinée aux plantes qu’on cultive par-dessus. Vous pouvez aussi y ajouter du carton, du papier, du fumier, du compost ou toute autre biomasse disponible et même, parfois, des algues !

Une butte autofertile ?

Pour Sepp Holzer, la butte Hugelkultur, dite aussi butte autofertile, est particulièrement bien adaptée à la culture potagère combinée à celle d’arbustes fruitiers à baies. Ses avantages sont nombreux : la lente décomposition du bois est une source de nutriments à long terme pour les plantes et génère également de la chaleur qui accélère leur croissance. Ce gain peut atteindre de 2 à 4°C. L’ensemble de la butte ne se tasse pas et reste souple, favorisant l’enfoncement des racines. Enfin, les rondins et les branches agissent comme une éponge. L’eau de pluie est stockée puis relâchée pendant les temps plus secs. Cela réduit les arrosages, voire les supprime.

D’autres avantages

Vous augmenterez de fait la surface cultivable.
 La forme de la butte favorise le réchauffement par le soleil dont les rayons atteignent le sol avec un meilleur angle.

Sepp Holzer
HugelKultur
©Wirestock

La butte HugelKultur en pratique

Avant l’installation, réfléchissez à son orientation (ensoleillement, ombres portées, vents dominants, courbes de niveau…). À l’idéal, orientez-la nord-sud afin d’exposer l’un des versants à l’est et l’autre à l’ouest, tout en maintenant une exposition optimale.

Vous pouvez démarrer votre butte n’importe quand. Même si l’automne semble être la meilleure saison, vous pouvez commencer au printemps, en y semant des engrais verts.

HugelKultur
HugelKultur

La nature du sol est évidemment très importante.
Lorsque le sol est sableux, Sepp Holzer conseille de creuser à environ 70 cm de profondeur pour permettre à l’humidité de bien s’accumuler dans la butte. Réservez la terre prélevée. Sachant que la première couche enherbée (d’environ 10-15 cm) est plus riche en humus que la terre plus profonde qui est plus minérale, elle est à conserver à part.
En sol équilibré en termes de structure et d’humidité, le fossé à creuser sera d’environ 30 cm (là aussi, réservez la terre enlevée pour plus tard).
En sol particulièrement humide, vous ne creuserez pas de fossé et réaliserez votre Hugelkultur à même le sol pour éviter les saturations en eau. Si vous creusez quand même (pourquoi pas ?), placez des cailloux au fond, afin d’assurer un bon drainage.

Comptez 2 à 3 ans pour que la butte soit à son plein potentiel.

Comme décrit plus haut, commencez votre butte Hugelkultur en entassant sur toute sa longueur un mélange de troncs de bois, branches et brindilles sur une hauteur d’environ 1 m. Placez d’abord les plus gros morceaux de bois et troncs pour finir par les plus fins au-dessus pour plus de stabilité de l’ensemble. Évitez d’utiliser les résineux comme le cèdre (il contient des substances fongicides et bactéricides) ou encore le noyer (il contient des éléments toxiques pour les plantes et empêche la pousse).

La profondeur du trou et la hauteur de la butte sont très variables, généralement de l’ordre de quelques dizaines de centimètres et jusqu’à 1 mètre. Sa largeur recommandée par Sepp Holzer est d’environ 1,50 m, et sa longueur est très variable, atteignant parfois plusieurs dizaines de mètres. À vous de voir !

On se lance !

Lorsque vous placerez les premières branches, n’hésitez pas à combler au maximum les trous d’air avec de la matière organique plus fine et de préférence des matières vertes (comme de la tonte ou des déchets de cuisine), qui apporteront de l’azote. Vous pouvez aussi ajouter des fumiers. Cela aura, en outre, l’avantage de diminuer les effets de la « faim d’azote » qui surviendra les premières années de sa mise en œuvre, lors de la décomposition du bois. Les petites poches d’air qui ne manqueront pas de se former autour du bois favoriseront le développement de champignons et la prolifération d’organismes. Peu à peu, ils aideront à transformer les matières végétales pour constituer un fertilisant naturel comme le compost.

N’hésitez pas à varier les espèces d’arbres ; favoriser la biodiversité reste un grand principe de la permaculture ! Les bois les plus tendres, comme le peuplier, se décomposeront en premier (entre 3 à 5 ans) alors que le chêne mettra jusqu’à 15 ans.

Après le bois et les matières vertes, placez des mottes de terre enherbées mises de côté, la partie enherbée vers le bas et les racines vers le haut. Puis recouvrez de terre pour atteindre une hauteur avoisinant les 1,50 m. Terminez avec une couche de paillage faite de diverses matières organiques à disposition : paille, foin, tonte, feuilles mortes. Sepp Holzer conseille, en toute fin d’ouvrage, de rajouter sur les côtés pentus de sa Hugelkultur des branchages de feuillus posés verticalement sur les pentes puis fixés avec des branches en forme de fourche plantées dans la butte. Cela permet de mieux maintenir le paillage sur les pentes et de créer de nouveaux microclimats favorables !

Consolider la structure de la butte

Une étape facultative qui offre l’avantage de soutenir les côtés pentus, et de travailler debout, car la butte va se surélever d’elle-même. Tout simplement, en fabriquant un cadre en bois, avec des planches, d’une hauteur de 30 à 40 cm afin de retenir la terre et le paillage.

Quoi et comment planter ?

Au sommet, vous planterez des plantes préférant les milieux secs et, en bas, celles adeptes de l’humidité. Sur les petites pentes, vous installerez des arbustes à petits fruits et à baies (groseilles, cassis, myrtille…)

Vous pourrez aussi planter de jeunes arbres fruitiers qui se nourriront au fur et à mesure de la décomposition et de l’apport en humus ; des plantes potagères annuelles ou vivaces.

Concombre sur butte - HugelKultur
©Kim Sanghwan
Laitue sur butte - HugelKultur
©Kim Sanghwan

Et sinon, ça s’entretient comment, une butte ?

La butte est autosuffisante et ne nécessite pratiquement pas d’entretien. Vous devrez simplement renouveler le paillage régulièrement pour limiter la prolifération des mauvaises herbes, et pour qu’il continue à jouer son rôle de rétention. Lors de la décomposition, votre butte peut s’affaisser. Il suffit alors d’ajouter un peu de terre et de compost à sa surface. Sans remuer pour ne pas en bouleverser les étapes. Grâce à ce minimum, votre butte durera 10 à 20 ans.

 

Controverse autour des buttes autofertiles

La permaculture obéit à des règles simples et précises. Ainsi pour certains, la culture sur butte « autofertile » enfreint l’une d’entre elles, liée à la pédologie (l’étude de la formation et de l’évolution naturelles des sols). En effet, avec la butte, la matière organique est enfouie, alors que le processus de formation d’humus se fait normalement, en surface et en présence d’oxygène. En enterrant, on inverse l’ordre des couches naturelles de sédimentation, ce qui, à long terme, nuira  à la qualité du sol.

Autant la butte autofertile est utile pour fertiliser des sols pauvres ou restaurer des sols dégradés,  autant elle est contre-productive avec des sols de bonne qualité. Cultiver sur une butte reviendrait à cultiver hors-sol !

butte permaculture
©Kim Sanghwan

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