Faut-il faire des enfants sur cette planète ?

Fille et père
©morgan david de lossy sur Unsplash

Quel sens cela a-t-il de mettre au monde des enfants en ce moment ? Cette question taraude les parents en devenir. On perçoit assez vite la lutte qui se livre entre le désir de vie et l’angoisse de l’avenir maltraité par les dirigeants du monde. Charlotte Meyer, journaliste et spécialisée dans les enjeux écologiques, s’est penchée sur le sujet dans son livre Les enfants de l’apocalypse – Faire des mômes n’empêche pas d’être écolo.

Ce livre est le témoignage de son propre questionnement, de la réponse qu’elle y a apportée et de sa recherche d’expériences diverses autour de modes de vie alternatifs. Lorsque je l’ai lu, il m’a bousculé dans un certain nombre de mes convictions.

Charlotte Meyer est journaliste, spécialisée dans les enjeux écologiques depuis cinq ans. Un domaine qu’elle a abordé parce qu’elle voulait pouvoir évoquer des solutions, mais aussi parce que l’écologie touche à tous les domaines de la vie et de la société. 

« On peut en parler sous l’angle de la biodiversité, mais aussi du féminisme, des guerres, de l’accaparement des terres, de la démocratie… » raconte-t-elle pour Hortus Focus.

Charlotte Meyer
Charlotte Meyer

L’instant de la découverte

Charlotte est partie en reportage itinérant pour plusieurs semaines, lorsque oh surprise ! Elle tient en main un test de grossesse positif.

« Je me souviens de ce moment, pendant le confinement en 2020. Mon père blaguait en disant : moi, j’aimerais être grand-père. J’avais répondu que, vu la situation écologique – sur laquelle je travaillais sans relâche – je n’imaginais absolument pas élever un enfant avec en perspective un avenir très incertain, voire qui me terrorisait. » Dans l’esprit de la jeune femme, le sujet était donc clos.

Et la voici enceinte alors qu’elle a l’intention d’écrire un livre sur les alternatives locales et écologiques et de faire le tour des écolieux pendant six semaines. Sur cette période, il était difficile de prévoir une interruption de la grossesse. Et, l’enfant devenait d’un coup, non plus une idée, mais une réalité possible. Charlotte s’aperçoit qu’elle désire profondément cet enfant qui s’est invité en elle et est le fruit par ailleurs d’un couple heureux.

Le dilemme s’installe

Le rendez-vous est pris pour un avortement. Mais la nuit, la jeune femme parle à son enfant. « C’était quelque chose de viscéral. Je comptais les jours qui me séparaient de la date de l’avortement » et plus la date approchait, moins Charlotte imaginait pouvoir passer la porte du bloc opératoire.

«  Et puis à un moment donné, j’ai réalisé que je me sentais bien plus forte à le garder et à imaginer d’autres futurs pour cet enfant-là. Je suis aujourd’hui persuadée que la lutte écologique peut se faire dans la joie et pas seulement dans le renoncement. »

Changement de cap

Charlotte réoriente alors non seulement sa vie, mais aussi son livre. Elle garde son enfant et écrit « Les enfants de l’apocalypse – Faire des mômes n’empêche pas d’être écolo ».

La jeune journaliste va rencontrer des familles qui ont fait un choix de vie complètement alternatif et décalé. Elle enquête sur ces parents qui ont construit leur vie autour de la conviction que les enfants portent notre futur s’ils sont élevés dans la liberté, l’esprit critique, la connaissance de la nature et la sobriété. La plupart d’entre eux avaient ce désir de repenser leur vie depuis un moment déjà, et c’est l’arrivée de l’enfant qui a été le point de bascule et le moteur du changement profond.

Une raison de vivre

Moi, je me suis demandée si construire une vie de parents autour d’un ou de plusieurs enfants, ce n’était pas un peu lourd comme poids à porter pour des enfants. Car si l’avenir repose toujours sur les générations qui arrivent, ils ne peuvent pas être la seule raison pour que la vie vaille d’être vécue.

Mais non, m’a répondu Charlotte, je n’ai pas eu cette impression. Les enfants étaient surtout une chance de pouvoir penser un autre avenir en leur offrant une autre place.
« Je crois aussi que c’était une manière pour ces femmes et ces hommes de remettre de la couleur dans leur existence et de pouvoir croire en une vie qui donnerait plus de bonheur aux enfants en se mettant davantage à leur niveau, en prenant soin de leur santé, en intégrant mieux le handicap et en ayant confiance en eux. »

Toutes les familles que rencontre l’écrivaine et future maman travaillent à l’épanouissement de leur progéniture par la liberté et l’écoute. Presque toutes leur offrent des entrées multiples sur le monde, et les font vivre au milieu d’autres adultes et d’autres enfants.

3 enfants
©charlein-gracia pour Unsplash

Individualisme ou collectif

Un grand nombre d’entre elles ont choisi de faire l’école à la maison, de nouer la relation des petits au vivant, de laisser advenir la curiosité. Ces familles cherchent pour la génération à venir des valeurs plus riches et profondes fondées sur la coopération, l’attention portée aux autres, le respect du monde, mais aussi des apprentissages techniques autant qu’intellectuels. Il y a des genoux couronnés, des épines dans les pieds, des bleus et des yeux qui brillent.

Comment remettre ça en cause ? Mais, il y a un mais – que souligne une femme dans le livre –

Qui va changer l’école pour tous, si ceux qui sont les plus actifs s’en échappent ? Qui va se battre pour le collectif au-delà de l’entre-soi ? La question reste ouverte.

Car si ces enfants-là ne sont pas désocialisés comme on se plaît à le dire parfois – ou en tout cas pas si souvent que ça – ils sont néanmoins extraits de la société des autres humains. Est-ce un choix individualiste et cela n’interroge-t-il pas notre rapport à la société ?

Renoncer au malthusianisme

Aujourd’hui les pays les plus riches sont ceux qui font le moins d’enfants et ceux qui polluent le plus. Les 3 milliards d’individus les plus pauvres de la planète, soit 45% de la population mondiale, contribuent à seulement 7% des émissions de gaz à effet de serre.

Et à l’inverse, les 7% les plus riches, eux, sont responsables de 50% des émissions de gaz à effet de serre. Le collectif Yacht CO₂ tracker a évalué le yacht de Bernard Arnault : il émet 16000 tonnes d’équivalent CO₂ par an quand un Français moyen en émet 6,8/an. Si nous vivions tous comme des Éthiopiens, nous pourrions être bien plus nombreux encore.

Et pourtant…

…Charlotte n’a pas pu s’empêcher de penser qu’elle mettait peut-être au monde un petit humain de trop. Car, explique-t-elle, on peut aborder la question démographique sans tabou et de façon moins violente qu’aujourd’hui. Pour elle, ce sujet permet surtout d’éviter de poser la vraie question : celle de nos modes de vie et de la nécessaire sobriété dans laquelle nous devons engager nos sociétés occidentales.

Malthus a bon dos !

« En faisant des recherches, j’ai découvert que Malthus, au début du XIXe siècle, trouvait qu’on était beaucoup trop nombreux, alors qu’il y avait environ 1 milliard d’humains sur terre. Aujourd’hui, on est 8 milliards et on gaspille 30% de l’alimentation que nous produisons. »

Engendrer des enfants reste donc un espoir pour l’humanité si on les élève. « J’ai rencontré des gens inspirants et formidables et ce sont eux qui peuplent mon livre. »

Les enfants de l’apocalypse - Faire des mômes n’empêche pas d’être écolo • couverture
Les enfants de l’apocalypse - Faire des mômes n’empêche pas d’être écolo • Charlotte Meyer • Tana éditions • 18,90€

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