Giverny, le paradis de Claude Monet

Le peintre plantait ses fleurs comme il composait ses tableaux. Petite histoire d’un jardin aux mille couleurs.

Depuis quelques semaines déjà, ce magnifique jardin a revêtu sa tenue de printemps, foisonnante et multicolore. La fête a débuté avec les narcisses, les muscaris, les jacinthes parfumées, les giroflées, les myosotis ou encore les fritillaires, la grande impératrice des lieux demeurant la tulipe botanique dont le peintre raffolait (le jardin en compte plusieurs centaines de variétés et près de 25000 bulbes). 

Puis c’est le bal des iris, très aimés aussi de Monet tandis qu’azalées et glycines nous font patienter autour du jardin d’eau : les fameux nénuphars qu’on nomme ici « nymphéas » en hommage aux dernières grandes toiles du peintre ne fleuriront que plus tard, à partir de juin… Pendant toute la belle saison, ces jardins offrent les floraisons de milliers d’espèces différentes : un tableau en perpétuel mouvement.

Claude Monet est arrivé à Giverny en 1883, à quarante trois ans, avec sa deuxième femme Alice et ses six enfants. Une famille recomposée, rare pour l’époque, qui montre sa modernité. Il se passionna immédiatement pour le jardinage. Abonné à Country life, la revue élégante des amateurs de jardin, il courait les pépiniéristes et achetait des centaines de graines, conseillé par son ami Georges Truffaut. Il aimait aussi partager ses expériences avec ses amis amateurs : le peintre Gustave Caillebotte et l’écrivain Octave Mirbeau. 

À la française mais savamment désordonné

Avant de planter, le peintre jardinier fit venir de la terre meuble et de bonne qualité pour corriger les irrégularités du sol et l’enrichir, celui-ci étant proche de la Seine et très crayeux. Puis, devant sa jolie maison rose – un ancien pressoir – il créa un premier jardin, le Clos Normand, composé de 38 massifs quadrangulaires semblables à des boîtes de peinture ou à des tableaux accrochés sur un mur. Leurs teintes multicolores, notamment au printemps, lui auraient été inspirées par un voyage dans le sud et à Bordighera où il était allé peindre avec Renoir pendant qu’Alice aménageait la maison. 

Ce jardin à la française savamment désordonné n’a pas de centre géométrique. Il faut s’y perdre et laisser son regard vagabonder… Les points de vue y sont multiples. L’été, églantiers et roses grimpantes y créent de beaux volumes et des verticales tandis que les capucines courent dans les allées comme des sauvageonnes.

 Sept ans après son arrivée, en 1890, Monet créa son fameux jardin d’eau avec son petit pont japonais et les saules pleureurs qu’on retrouve dans tant de ses tableaux. Avec le Clos Normand, il sera sa principale source d’inspiration pendant quarante ans. L’artiste y plantait son chevalet et y observait l’eau ou les nénuphars. « J’ai repris des choses impossibles à faire : de l’eau avec de l’herbe qui ondule dans le fond… C’est admirable à voir, mais c’est à rendre fou de vouloir faire ça » écrit-il. Les jours de pluie, pour calmer sa mauvaise humeur, il lui arrivait de peindre des natures mortes à partir de fleurs qu’il avait cueillies. 

Le spleen de Giverny

À Giverny, selon le mot d’Oscar Wilde, « la nature imite l’art » et non l’inverse ! Monet semait ses fleurs de façon à ce que ne fleurissent en même temps que celles dont les teintes s’harmonisaient, plus intéressé par la couleur et l’effet d’ensemble que par les essences rares. Quand il quittait les lieux, envahi par ce qu’il appelait « le spleen de Giverny », il prenait de leurs nouvelles et prodiguait ses conseils à distance à son jardinier ou à Alice. « Dites-moi donc si les chrysanthèmes que j’ai semés fleurissent ; si oui et qu’il y en ait de jolis, marquez-les d’un bout de laine » écrit-il à sa femme. Ou encore, de Belle-Ile, en 1892 « Merci de vos bons soins pour mes chères fleurs, vous êtes une bonne jardinière ; il n’est pas urgent encore de déterrer le glaïeul, mais quand on le fera, je recommande les plantes vivaces, les anémones, mes jolies clématites. » 

Après la mort de sa femme, Monet fit ôter les épicéas qu’elle avait mis en terre et sous lesquels il plantait des fleurs blanches : il ne voulait aucune tache sombre à son « tableau ». De la même façon, le maître de l’impressionnisme, peintre de la lumière et de la vibration lumineuse, avait définitivement supprimé le noir de sa palette… 

Le jardin et la maison de Claude Monet (elle se visite) sont ouverts du 25 mars au 1er novembre. Plus d’infos sur le site www.claude-monet-giverny.fr 

À lire : Monet à Giverny par Adrien Goetz, photos d’Eric Sander, éditions Gourcuff Gradenigo, 9 €.

 

 

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