Partir, marcher le nez au vent en suivant un simple panneau « Sentier Monet » appelé aussi sentier du Beodo, et découvrir un lieu étonnant et surtout chargé d’histoire (s)… Une belle surprise sur les hauteurs de Bordighera, en Italie.
Charles Garnier, Claude Monet, Auguste Renoir
C’est l’architecte de l’Opéra de Paris, Charles Garnier, qui fait découvrir Bordighera à Monet. Sa magnifique villa blanche avec vue imprenable sur la Méditerranée, entourée d’un jardin botanique, reçoit pour la première fois le peintre et son ami Auguste Renoir. Tous deux voyagent alors dans le Midi et passent la frontière en 1883 pour rendre visite à Garnier. Monet est totalement séduit par Bordighera, sa nature environnante, sa végétation méditerranéenne exubérante. Il décide de repartir début 1884 dans le village ligure.



Dans les pas de Monet
On ne peut, effectivement, qu’être comme Monet envouté par ce sentier. Il suit le tracé du premier aqueduc qui acheminait l’eau de la colline au centre historique de Bordighera. Il commence bordé de chaque côté par les murs de pierre de vieilles maisons avant de s’en libérer et de filer dans la nature ligure sur plusieurs kilomètres, notamment vers le village de Sasso. Seul changement (mais de taille !) par rapport à l’époque de Monet : l’autoroute et ses immenses jambes de béton passent au-dessus du sentier, dans sa partie haute. Il faut en faire abstraction et profiter des oliviers, des genêts et des mimosas en hiver. Sans oublier une palmeraie historique (et incroyable) qui fera l’objet d’un prochain article.

Un travail de titan
C’est pour les besoins de la culture des olives et des palmiers qu’ont été aménagées les innombrables terrasses que traverse le sentier. Seules quelques-unes ne sont pas abandonnées et l’on imagine qu’elle a dû être la difficulté de la tâche pour aménager ces terrasses, les cultiver avec un tel dénivelé. Des ânes ont du aider et, plus tard, les mobylettes ou les premières motos comme celle, antédiluvienne, que nous avons croisée pétaradant au détour d’un petit virage.
Le sentier Monet ou le sentier des chats ?
Sur le sentier du Beodo, on compte plus de chats que d’habitants et de promeneurs. À croire que toute la planète des félins sauvages s’est donné rendez-vous dans les champs et le tout petit chemin. La population a décidé de ne pas abandonner les chats qui, en récompense de la chasse à certains nuisibles, ont droit à des stations restaurant tous les 100 ou 200 mètres. Chaque promeneur peut y apporter de la pâtée, des croquettes et des bouteilles sont à disposition pour être remplies dans des points d’eau qui existent sur le sentier. Certains artistes se sont amusés à peindre des fonds de caisses plastiques avec des décors locaux…
Chaussures de rando obligatoires
Le sentier est facile d’accès et plat, mais méfiez-vous au printemps et en automne, quand les averses sont nombreuses, l’eau stagne par endroits et la terre se transforme en gadoue. Par ailleurs, il existe un escalier qui permet de descendre jusqu’au cimetière de Bordighera, mais les rampes de sécurité sont un peu déglinguées, et les marches glissantes s’il fait humide. Donc, oubliez les baskets, mettez de bonnes chaussures de marche.
«Une succession ininterrompue de nombreux coins où s’harmonisent forme et élégance ». (Charles Garnier)
« Je suis installé dans un pays féerique. Je ne sais où donner de la tête, tout est superbe et je voudrais tout faire ; aussi j’use et gâche beaucoup de couleurs, car il y a des essais à faire. C’est toute une étude nouvelle pour moi que ce pays et je commence seulement à m’y reconnaître et à savoir où je vais, ce que je peux faire. C’est terriblement difficile. Il faudrait une palette de diamants et de pierreries. Quant au rose et au bleu, il y en a ici.”
Bordighera dans les toiles de Monet
Strada Romana à Bordighera (1884, Musée Barberini, Potsdam, Allemagne)
Les Palmiers à Bordighera (1884, Metropolitan Museum, New York)
Bordighera, Italie, (1884, collection particulière)
Vue de Bordighera (1884, Hammer Museum, Los Angeles)
Bois d’oliviers au jardin Moreno (1884, collection particulière)
Les Oliviers à Bordighera (1884, collection particulière)
Étude d’oliviers, Bordighera (1884, collection particulière)
Les villas à Bordighera (1884, musée d’Orsay, Paris)
Villas à Bordighera (1884, musée Barberini, Potsdam)
Vallée du Sasso, effet de soleil (1884, musée Marmottan-Monet, Paris)

