Les glycines peuvent vivre beaucoup plus d’un siècle… La preuve à Giverny, dans les jardins de Claude Monet, comme le rappelle Jean-Marie Avisart, jardinier en chef.
Hortus Focus : les glycines du jardin datent-elles du temps de Monet ?
Jean-Marie Avisart : Oui ! Elles ont été plantées peu après l’aménagement du bassin pour habiller le pont vert japonais. La glycine blanche est chinoise, la mauve est japonaise et fleurit plus tôt. Quand vous passez sous ces glycines, vous pouvez vous dire : « Le maître est passé là, comme nous ».
Quand les jardins sont rénovés après des années d’abandon, dans quel état sont-elles ?
Une catastrophe… Le pont japonais s’est écroulé, le bois trempe dans la vase et les herbes ont envahi l’étang. À l’époque, Gilbert Vahé, le jardinier en chef d’alors et Gérald Van der Kemp, en charge du projet de la restauration, ont beaucoup réfléchi à l’avenir de cet endroit du jardin et notamment au sort des glycines. Faut-il les couper à ras et les laisser repartir sur l’armature ? Faut-il étayer ces plantes quasi centenaires à l’époque ? C’est la seconde solution qui est adoptée.
Ces glycines vous demandent-elles des soins particuliers ?
Non. Les glycines en général, et donc les glycines de Monet, sont des plantes fortes, très vigoureuses. Il faut juste les tailler une fois par an en hiver pour les maintenir et favoriser la floraison. Autrement, elles vivent toutes seules. Il ne leur faut pas une terre trop riche. Plus la terre est riche, plus elles feront du bois et moins elles feront de fleurs. Il ne faut pas leur donner d’engrais, car, là encore, elles feront plus de tiges qu’elles ne produiront de fleurs.

Ne sont-elles pas dangereuses pour le pont ?
Effectivement, elles sont tellement puissantes qu’elles commencent à faire bouger le pont dont nous avons dû renforcer les structures. C’est bon à savoir si vous en installez une chez vous : il faut absolument un support très très costaud pour accueillir une glycine. Si vous lui donnez un support en bois, elle parvient à l’écarter, à le casser si vous la laissez s’enrouler, s’entortiller comme elle en a envie.
Existe-t-il d’autres glycines de Monet ailleurs dans le jardin ?
Oui, Monet en avait fait planter une autre sur l’une des rives du jardin d’eau. Celle-ci a fini par mourir. Nous en avons replanté une, l’avons travaillé de la même façon que Monet et on a l’impression maintenant qu’elle a toujours été là.
Profitez-vous de leur parfum ?
Les deux glycines sont très parfumées. Le matin, à la fraîche, j’aime passer sur le pont pour en profiter. C’est agréable, une dose de bonheur pour commencer la journée.



