Laissez-vous conter la Bussière…

 

Le château de la Bussière près de Gien, connu pour son musée consacré à la pêche, cache derrière ses murs un potager historique. Restauré en 1992, celui-ci a, depuis, été labellisé « jardin remarquable » et retrouve peu à peu son visage d’antan. La parole à Laurette Bommelaer, la maîtresse des lieux.

 

Laurette Bommelaer. Pour comprendre le potager, il faut comprendre l’histoire du château. À grands traits, ce dernier a été construit au XIIe siècle comme une forteresse, un péage, pour séparer l’Ile-de-France de la Bourgogne. Il a très vite appartenu à la famille du Tillet, de grands juristes et de grands catholiques qui ont servi tous les rois de France. Arrivé à son apogée sous Louis XIV, il est transformé en une demeure de plaisance par Jean-Baptiste du Tillet, premier président du Parlement de Paris et membre de la cour. Les remparts sont alors détruits ; de grands bâtiments en brique, construits pour ranger le grain de 35 000 hectares de terre… Les douves sont transformées en un vaste étang et le Nôtre dessine un parc de 60 hectares !

 

 

Hortus Focus. À quand remonte le potager ?

Au XVIIe siècle, il n’est encore qu’une vigne ! C’est l’époque où arrivent les coteaux du giennois, le sancerrois et je ne suis pas sûre que le vin de la Bussière ait été délicieux… Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il y avait de 30 à 40 personnes à nourrir. Il fallait pouvoir alimenter, soigner et fleurir le château et l’église. La vigne est donc devenue un potager, potager qui a une vraie histoire, ce qui lui a valu d’être classé « jardin remarquable », en 2004, par le ministère de la Culture. Ici, on a un tracé qui est typique du XVIIIe siècle, avec un point d’eau central entouré de quatre carrés. Ce point d’eau permet d’arroser au plus près tout ce qui est planté : les légumes, les plantes condimentaires, les plantes aromatiques, les plantes médicinales et les fleurs.

 

Quelles sont les particularités de ce jardin ?

Il fait au total un hectare et demi, il est clos de murs et on descend quelques marches pour y accéder. « J’ai descendu dans mon jardin… » dit la chanson et ce n’est pas un hasard ! Le fait que le jardin soit en contrebas permet de gagner 2 degrés en température. Autre particularité, on y trouve des bordures de buis et des arbres fruitiers en espalier, surtout des poiriers dont nous avons une quarantaine de variétés. Dans les anciens potagers de châteaux, en fait, il y avait rarement des pommiers considérés comme les fruits « du pauvre » ou les fruits du péché.

 

Quels légumes cultivez-vous ?

Nous faisons une rotation de cultures. On a, par exemple, un carré de tomates avec une quarantaine de variétés ce qui est peu par rapport à un de nos amis voisins qui en a presque 1200 ! Pour notre part, nous essayons de plus en plus de les orienter vers le goût. Nous avons un carré de choux, un carré de légumes anciens (rutabagas, panais, cardes…) et un carré de jachère. Nos plantes aromatiques sont celles qu’on retrouve dans la cuisine du Moyen-Age au XVIIe siècle : la mélisse, le basilic, l’absinthe, la sarriette… Nous avons aussi des pastels, plantes tinctoriales qui servirent notamment, plus tard, pour les uniformes des soldats de la guerre de 1914. Du côté des plantes médicinales, les tisanes, les calmants et les plantes pour la digestion tiennent compagnie à celles destinées à la circulation ou encore aux rhumatismes…

 

Vous avez conservé des structures anciennes ?

 Notre vieille serre date de la fin du XIXe siècle. On l’aime beaucoup, mais elle était en mauvais état et la rénover complètement aurait coûté le prix d’une maison. Aussi, nous avons décidé d’en restaurer une partie pour faire tous nos plants ; sur l’autre, nous faisons grimper toutes sortes de rosiers. Quand elle a été créée, mon arrière-grand-mère vivait ici et avait fait venir le paysagiste tourangeau Édouard André. C’est à lui qu’on doit toutes les broderies d’herbes, les parterres le long de l’étang et les buis.

 

Vous cultivez aussi de nombreuses fleurs…

Nous les avons choisies pour que leurs couleurs se marient bien avec les briques : une harmonie de blancs, bleus et roses. Normalement le jaune et l’orange sont proscrits, mais on en voit tout de même apparaître quelquefois comme ces pavots que je n’ai pas le cœur d’enlever ! Ceci dit, on est tout de même contents de trouver du jaune avec les narcisses de début de saison qui nous permettent de démarrer avec des fleurs et de commencer à voir le printemps. Quant aux roses, nous en avons une cinquantaine de variétés, ce qui nous permet de participer à la nouvelle Route des roses créée cette année dans le Loiret (« au Fil de la Rose »). Il y a deux ans, nous avons créé un rosier « Château de la Bussière » avec André Eve. Et cette année, nous avons baptisé un iris Cayeux ; il est bleu lavande très clair, très haut, avec une floraison assez tardive et une magnifique structure.

 

Toute votre famille est liée à ce jardin…

 Il a ouvert au public en 1992 et ça a été le gros travail de ma mère. Ce jardin lui a permis de renaître après la mort de mort père, cinq ans auparavant. C’est le bienfait du potager et du travail de la terre… Ma mère est très terrienne, elle travaille toujours, elle « gratte », elle nettoie, elle donne son avis que j’écoute avec attention. Même si nous essayons, de notre côté, d’apporter de nouvelles techniques pour le paillage, par exemple. Mais ce jardin, c’est vraiment elle !

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