Les Tomatophiles conservent et cultivent quelque 4000 variétés de tomates sur les 36 000 existant dans le monde ! Lors de la fête des plantes d’automne, à Saint-Jean-de-Beauregard, ils ont présenté aux visiteurs 1200 variétés. Ces jardiniers hors du commun sont aussi des hybrideurs et de farouches combattants pour la défense des tomates anciennes et la biodiversité.

Hortus Focus. Où cultivez-vous toutes ces tomates ? 

Bruno Fournier, tomatophile. Bruno Huyghe jardine au Portel, dans le Pas-de-Calais, Pascal Antigny et Philippe Rommens habitent dans l’Aisne et je viens pour ma part du Beausset dans le Var. 
 

Qui peut faire partie de votre association ?

Tous ceux dont la collection de tomates rassemble plus de 200 ou 300 variétés ! On y trouve aussi des hybrideurs, c’est-à-dire ceux qui donnent naissance à de nouvelles variétés. Mais nous ne sommes pas repliés sur notre nombril ! Nous travaillons également sur des variétés créées par des collègues étrangers, américains notamment. 

Chaque année, vous semez toutes les variétés dont vous disposez ?

Non ! Nous conservons 4 000 variétés, mais on en produit seulement une partie chaque année. Pour ma part, je veille sur 1800 variétés, j’en ai semé “seulement” 700 en 2017. 

La tomate s’hybride facilement. Comment faites-vous pour fixer les variétés ?

Nous sommes obligés de protéger les fleurs dans des sachets d’organza. Encore plus désormais avec les tomates bleues dont le pollen est très volatil. 

Des tomates bleues ???

Tomate ‘Cadero’ (obtention B. Fournier)

Oui, ce sont des tomates couleur indigo. ‘Osu Blue’ a été obtenue par l’Oregon State University, aux États-Unis. Elle contient dans son épiderme un pigment bleu (anthocyanes) habituellement absent chez les tomates. Son problème, c’était son manque de saveur. Depuis, le goût s’est beaucoup amélioré. La ‘Blue Green Zebra’ est fixée et savoureuse. Chez moi, je travaille beaucoup sur le développement de ses tomates bleues. J’ai obtenu,par exemple, la ‘Cadero’, une tomate d’un indigo profond, presque noir. 

 

 

Pourquoi arborez-vous des tee-shirts où est écrit “Jardiniers hors-la-loi” ?

Parce que toutes nos tomates sont hors-la-loi ! Elles ne figurent ni au catalogue national qui comprend 480 variétés ni au catalogue européen qui autorise 2200 variétés.  Et nous sommes de plus aujourd’hui confrontés à la loi sur la biodiversité. Adoptée par le Parlement en 2016, elle permettait les échanges de graines entre amateurs et professionnels ainsi que la production de graines et de plants par tout le monde. Cette loi a été cassée par le Conseil Constitutionnel qui l’a jugée non conforme à la législation européenne ! Donc, aujourd’hui, seules les associations ont le droit de produire des plants non inscrits au catalogue ; les maraîchers sont autorisés seulement à vendre les fruits ! Ils sont interdits de production de plants. Mais la résistance s’organise… 

 

 

 

Votre passion, vos actions intéressent-elles la jeune génération ?

Oui et nous en sommes ravis ! Nous comptons parmi les Tomatophiles des jeunes très intéressés. L’un d’eux, par exemple, fait ses études de cuisinier en Belgique, il travaille sur le goût, les saveurs et s’est même déjà lancé dans l’hybridation. 

 

Il paraît que vous voulez entrer l’an prochain dans le Livre Guiness des Records ?  

L’Association mondiale des tomates y est entrée en septembre dernier pour avoir exposé 241 variétés. Au vu des 1300 – 1500 variétés que nous exposons régulièrement en Belgique, dans les Hauts-de-France et en Italie, on va faire tomber le record américain !  

Vous pouvez suivre Les Tomatophiles sur leur page Facebook. À Saint-Jean-de-Beauregard, ils ont baptisé trois nouvelles variétés : ‘Émalia‘ (obtention Pascal Antigny), ‘Pomme d’or de Saint-Jean-de-Beauregard‘ (obtention Bruno Fournier), ‘Domaine de Saint-Jean-de-Beauregard‘ (obtention Pascal Antigny). 

 

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