La Citronneraie de Menton, sous les flocons…

 

 Ce “jardin remarquable”, connu pour ses magnifiques végétaux comme pour l’excellence de ses citrons et de ses agrumes, vient de vivre quelques jours exceptionnels. La semaine dernière, il a été envahi par la neige et le froid malgré sa situation très protégée. Du jamais vu pour son propriétaire François Mazet, le “Monsieur Citron” des grands chefs. Et pour nous, qui l’avons découvert revêtu d’un beau manteau blanc! Il nous a fait quelques confidences.

 

François Mazet ©Valérie Collet

Hortus Focus : Comment est née votre passion pour le citron ?

François Mazet : Je pense qu’on peut avoir plusieurs passions. J’ai eu la passion du sport automobile, de la vitesse, de la voltige aérienne, mais j’ai surtout eu la passion du végétal. La première fois que je suis arrivé en vacances à Menton, j’avais 9 ans, c’était juste après Noël.  J’ai été émerveillé de voir que 90% des arbres avaient des feuilles alors qu’à Paris, il n’y en a plus à partir du mois de septembre. J’ai aussi été émerveillé de voir des arbres avec des fruits, en l’occurrence des citrons. Mes parents avaient cette petite propriété. Il y a environ 40 ans, j’ai décidé de la développer, de l’agrandir, de faire des plantations, notamment de citrons, en cherchant à faire le mieux possible du point de vue de la qualité, en cherchant l’excellence.

Combien d’arbres avez-vous ?

Environ 400. Parmi eux, il y a 350 citronniers, le reste se répartit entre les clémentines, les oranges, les kumquats, les mandarines, les oranges amères et de nombreuses autres variétés d’agrumes un peu particulières comme le cédrat Main de bouddha, le combawa, le citron caviar, le citron Meyer ou encore le kumquat Himalaya.

La Citronneraie ©Valérie Collet

Chacun demande des soins différents…

Celui qui demande le plus de soins est le citronnier des 4 saisons puisque c’est le seul arbre fruitier au monde qui, toute l’année, est en gestation. D’où sa fragilité aux écarts de température, aux maladies et surtout au froid (il gèle entre -3° et -4°) c’est-à-dire au genre de temps que nous avons aujourd’hui… Le plus résistant est le citron Meyer car il ne produit qu’une fois par an et il résiste à -10°. Le bigaradier (ou oranger amer) et le kumquat sont aussi bien résistants puisqu’ils gèlent aux environs de -8°.

Vos agrumes sont particulièrement beaux et florissants. Quel est votre secret?

Vous savez, je pense que quand vous avez l’amour des plantes, elles le sentent. Je m’en occupe beaucoup! Je crois vraiment que les arbres parlent, comme nous ; ils ont un autre langage, mais ils parlent entre eux et sentent qu’on s’occupe d’eux, comme un animal, comme un être humain. Ils ressentent quand quelqu’un les aime. Quand je suis à Menton, je vais au jardin tous les jours ; j’y passe au minimum deux heures. Ici, le jardin est en gestation toute l’année ; il n’y a pas de temps mort, il faut vérifier tout, partout, même aux mois de décembre, en janvier ou en  février.

Votre jardin, c’est votre trésor… 

Ou plutôt, comme dirait mon épouse, c’est ma danseuse ! Parce que j’y consacre beaucoup de temps et que j’ai dépensé beaucoup d’argent pour lui. Il me demande beaucoup de travail, mais il me donne aussi de grandes satisfactions.

Citrange ©Valérie Collet

Quels sont vos arbres favoris ? J’ai remarqué un joli petit citrange juste devant votre porte…

C’est vrai, cet hybride d’orangé et de citronnier épineux est peut-être plus chouchouté que les autres parce qu’il est plus près de la maison et je regarde plus souvent comment il va. Et ça, je crois que les plantes s’en rendent compte !

Quelles sont les meilleures conditions pour faire pousser des citronniers?

Il faut un sol marno-calcaire avec un peu de grès, et une exposition sud-est. Comme ils ont en gestation toute l’année, les citronniers sont très sensibles aux maladies : la cochenille, la fumagine, l’araignée rouge, la cicadelle et pire encore, le Mal Secco. Nous avons introduit des coccinelles il y a un peu plus de 25 ans, ça a très bien marché ! Et comme ici on a 200 oliviers et qu’on ne récolte pas tellement les olives, les oiseaux ont à manger en hiver. Une multitude d’entre eux se sont habitués à cette propriété, ils savent qu’ils ne sont pas chassés et ils ont un rôle très protecteur sur le jardin.

Vous faites se côtoyer des citronniers et des oliviers. Ils font donc bon ménage ?

Figurez-vous qu’en 1986, quand il a gelé, les citronniers qui se trouvaient juste sous les oliviers n’ont subi aucun dommage, ils n’ont même pas perdu leurs citrons! Ils sont aussi gros que les autres et à 5% près, ils produisent autant. Contrairement à ce qu’on dit, ce sont deux arbres qui s’entendent très bien !

Citrons de Menton ©Valérie Collet

Quelle est la particularité du citron de Menton ?

 La particularité du SRA 625 (selon la définition de l’INRA) est qu’il est un peu plus gros qu’un citron habituel,  il a une peau un peu plus épaisse et a des propriétés olfactives et gustatives incomparables (sa peau se mange). Pourquoi ? À cause du climat de Menton qui est particulier. Menton-Roquebrune-Monaco : ce petit bout de côte de 7 kilomètres est le plus protégé de la Côte d’Azur et de tout le pourtour méditerranéen. Y compris avec ce qu’on subit aujourd’hui qui est très rare. À 1 ou 2 kilomètres d’ici, tout est différent. Ici, on a deux centimètres de neige alors qu’au jardin Serre de la Madone, il paraît qu’ il y en a dix !

Êtes-vous inquiets avec cette neige ? Qu’allez-vous faire?

Depuis 60 ans que je suis là, je n’en ai jamais vu autant. J’ai déjà vu tomber de la neige, mais ça durait 5 minutes; on n’a jamais connu cette quantité-là ! Ce qui est à craindre, c’est le gel, ce soir ou demain matin. Je pense qu’on va cueillir le maximum de citrons cet après-midi, pour qu’ils ne soient pas brûlés par la neige, pour ne pas tout perdre. Ils ne seront plus en fructification, mais ils seront sauvés et on les mettra à l’abri dans le garage où on pourra les conserver 3 semaines à 1 mois. On en a déjà cueilli beaucoup en prévision, environ 600 kilos. Mais il en reste encore au moins 200 ou 300 kilos sur les arbres.

Un ou deux petits conseils techniques pour les jardiniers ?

Il faut surveiller les arbres, du 1er janvier au 31 décembre, surtout en mars-avril où il y a un peu de chaleur et beaucoup d’humidité. Dès que quelque chose de douteux apparaît sur une feuille, il faut la couper immédiatement, la brûler et nettoyer le sécateur à l’alcool ; faire des traitements, ça ne sert à rien à part le purin d’ortie qui coûte cher. En cas de sécheresse, il faut arroser. Il faut surtout se souvenir qu’un arbre, plus vous lui donnez de soins, plus il vous le rend!

La Citronneraie, à Menton, se visite sur réservation. Pour les renseignements pratiques, cliquez ICI

Dernières nouvelles… : nous avons passé un petit coup de fil, aujourd’hui, à François Mazet. Il n’a perdu que 5% de sa récolte et, contrairement aux autres producteurs, tous ses citronniers ont tenu le coup.  Les oliviers et les grands arbres, selon lui, ont exercé leur rôle protecteur!

 

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