Duy Anh Nhan Duc, une féérie de pissenlits…

 

À l’occasion du dixième anniversaire de ses saisons d’art, le domaine de Chaumont-sur-Loire a invité une douzaine d’artistes à exposer dans le château, le parc historique et le pré du Goualoup. Parmi eux, Duy Anh Nhan Duc, d’origine vietnamienne, qui travaille avec le végétal, en particulier avec les fleurs et les “mauvaises herbes”.

Dans l’Asinerie, il a mis en scène Champ céleste dont les milliers de graines de pissenlit se déploient, aériennes, autour d’un vieux lustre en cristal. Une installation d’une minutie et d’une poésie fascinantes… Rencontre.

 

Duy Anh Nhan Duc ©Chaumont

Hortus Focus. Pourquoi cet amour du pissenlit ?

Duy Anh Nhan Duc. Cela fait dix ans que je travaille avec cette fleur, mais pas exclusivement. Quand j’étais tout petit, je passais la plupart de mon temps dans la nature à collecter et cueillir des plantes ; on m’a toujours dit que le pissenlit était magique et qu’en soufflant sur ses graines, on pouvait faire des souhaits à volonté. Ces mots sont restés gravés au fond de moi, cette idée d’espoir, ce mystère… je me suis dit que je pouvais en faire quelque chose.

C’est comme ça qu’est née l’idée de travailler avec cette plante qui, dans la nature, donne l’impression d’être très fragile. En fait, on ne la connaît pas. On la voit, on la cueille, on souffle dessus et c’est tout ! J’ai mis un an pour comprendre comment elle évolue, comment elle se ternit, quelles sont ses propriétés et comment je peux la conserver, car en réalité, elle n’est pas si fragile que ça. Toutes les plantes que j’utilise sont des plantes oubliées, des “mauvaises herbes” comme l’ortie, les trèfles, l’oxalis; elles forment vraiment ma palette. Chaque année, j’en introduis deux ou trois nouvelles dans mon travail.

 

Pissenlit en verre de Duy Anh Nhan Duc ©Chaumont

Où te fournis-tu en fleurs ?

Je cueille mes plantes soit dans les champs, soit au bord du périphérique parce que je travaille à Paris et c’est souvent là que la végétation est la plus dense et la plus forte parce qu’on la laisse s’épanouir.

Collecter mes plantes moi-même fait partie de ma démarche qui est narrative ; la promenade, la contemplation stimulent mon imaginaire ; le temps que je passe dans la nature, seul de préférence, fait partie intégrante de ma démarche, c’est là que j’imagine les choses. Dans mes œuvres, j’essaie de retranscrire les émotions que je ressens quand je vais dans un champ de pissenlits.

 

Utilises-tu un produit pour fixer les graines ?

Mon travail n’est pas de mettre la plante à mon service, mais déjà de comprendre comment elle évolue, de voir ses points forts et ses points faibles en portant sur elle un regard bienveillant. Les plantes évoluent avec le soleil et la lune, comme nous. J’ai pu aussi observer à quel stade on peut cueillir le pissenlit en graines sans qu’il s’envole complètement. Si vous en décrochez un (sur une de mes œuvres) et que vous soufflez très, très fort dessus, il va rester sur sa tige, mais il ne faut pas non plus souffler exagérément. Ils sont conçus pour durer le temps de l’exposition, sept mois au moins. Je n’utilise aucun produit pour les fixer, j’aime respecter les choses.

 

Champ céleste ©Chaumont

Parle-nous de ton installation principale, Champ céleste.

Elle est composée de 5000 pissenlits qui sont reflétés sur un miroir de 3 mètres sur 2,50 mètres ; pour moi, il représente un étang. Tout autour se trouve un cercle de 45 lumières qui représente l’énergie cosmique. Le titre de Champ céleste se réfère au chant qu’on connaît tous. En 2015, j’ai travaillé sur le thème du voyage céleste parce que je voulais honorer la perte d’un proche. Ce thème me suit petit à petit. En fait ce sont des graines en dormance qui sont pleines d’énergie. Je travaille sur la vie et toutes les graines que j’utilise sont certes en dormance, mais ont un pouvoir germinatif assez fort. Pour moi, cette œuvre est comme une forêt ou un jardin en devenir.

 

Dans cette installation on voit des petites ampoules allumées au centre des fleurs. Comment as-tu fait pour les placer ainsi ?

Pour faire ce cercle de pissenlits cosmique, l’énergie cosmique, j’ai décortiqué la fleur graine par graine et je l’ai reconstituée autour de l’ampoule.

 

 

©Chaumont

Peux-tu me commenter tes autres oeuvres en deux dimensions?

Certaines sont des fresques qui ne sont travaillées qu’avec des aigrettes, donc qui sont placées une par une, en fonction de leur taille pour constituer le motif. Faire cela, pour moi, est une forme de méditation. Je les vois comme des jardins, des prairies en devenir. Avec les aigrettes, je fais aussi du cachemire, de la dentelle ; c’est un travail qui est très long, très lent dans l’approche, mais avec un résultat qui est, je crois, assez fascinant. Le temps prime dans mon travail.

 

Dans la pièce, on entend aussi une musique très suave…

J’avais envie d’apporter un souffle avec cette musique céleste. Elle est composée par Benoît Cimbé avec qui je travaille pour toutes mes expositions. Dans celle-ci, il y a aussi des pièces en verre soufflé que j’ai réalisées avec une artiste milanaise qui travaille à Murano ; ce sont des sculptures qui représentent des plantes avec les racines, c’est important pour moi, car tout commence par les racines avant que cela donne des feuilles. Je veux montrer toute la plante pour qu’on puisse l’admirer à sa juste valeur.

 

Duy Anh Nhan Duc, Domaine de Chaumont-sur-Loire, centre d’Arts et de nature, jusqu’au 4 novembre. Pour en savoir plus, cliquez ICI

Vous pouvez aussi visiter le site de l’artiste. C’est LA!

 

"Lien

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