Echologia, un mariage exemplaire de l’homme avec la nature

 

Le parc Echologia, en Mayenne, aménagé dans un ancien site d’exploitation de chaux, est un havre de paix original et surprenant. On peut s’y réunir professionnellement ou en famille, s’activer dans les jardins partagés, pêcher l’écrevisse, apprendre l’aquaponie, faire du canoë, du tir à l’arc et surtout loger en pleine nature (on a testé et franchement adoré!).  Un projet 100% “écolo” qui a obtenu les palmes du Tourisme durable en 2017.

Depuis sa création, il y a huit ans, ce vaste “parc de loisirs” se développe selon 4 axes principaux : l’eau, l’écologie, le patrimoine et l’homme. Il a été créé par deux jeunes Mayennais et amis d’enfance, Guillaume Beucher (ingénieur agronome) et Vincent Brault (agent immobilier).  Ce dernier nous raconte cette superbe aventure!

 

©Valérie Collet

Hortus Focus : racontez-nous, à grands traits, l’histoire de ce lieu ?

Vincent Brault : son histoire commence ici, en 1820, avec un champ plat comme on a partout en Mayenne sauf que sous nos pieds, on a du calcaire ! Pendant un siècle et demi, ce calcaire a été creusé pour produire de la chaux.

D’immenses fours ont été bâtis, qui surplombent aujourd’hui le site. Le calcaire extrait dans les carrières était introduit tout en haut de ces fours puis, après cuisson (à 900°C), récupéré et acheminé sur des wagonnets jusqu’à la gare d’où il partait vers l’ensemble du territoire français. Ce site est le plus grand du genre en France. Jusqu’à 500 personnes y ont travaillé.

Au bout de 150 ans d’extraction, le champ plat s’est transformé en trous et en collines, on a atteint la nappe phréatique et l’eau s’est mise à jaillir ce qui gênait beaucoup l’activité. On a donc dû installer tout un système de pompes qui existe toujours (derrière la Cabane sur la digue). À l’époque, il n’y avait pas de plante, pas d’arbre, aucune biodiversité puisque la chaux brûle tout, partout !

 

Le site avec, au fond, les fours ©V.Collet

En 1963, le site ferme et la nature reprend ses droits…

Tout s’arrête en effet. Les hommes s’en vont. Plus de fumée noire, plus de charbon (pour alimenter les fours), plus de dynamite, plus de wagonnets, plus d’ouvriers… La nature reprend effectivement ses droits si bien qu’on se retrouve aujourd’hui avec plus de 70% des espèces qui existent dans les Pays de la Loire. Pendant ces 50 ans d’abandon, les arbres ont poussé partout y compris dans les fours! 

Il y a aujourd’hui 8 lacs qui, avec plus de 2,5 millions de mètres cubes, constituent la plus grande réserve d’eau potable de la région. Tout cela nous a donné envie, avec Guillaume, de créer et fédérer une grande aventure humaine pour faire de ce site un lieu d’accueil qui valorise notre territoire et la passion des gens qui sont ici.

 

Quand avez-vous découvert les lieux et dans quel état étaient-ils?

Nous les avons vraiment découverts en 2006. On en connaissait un petit bout, ce qu’on appelle « la grande bleue », une sorte de piscine naturelle que tous les Mayennais connaissent. Elle n’était que la face visible de l’iceberg puisque personne n’était entré ni n’avait vu le reste du hameau totalement caché par la végétation.

Quand Lafarge (le propriétaire) nous l’a fait visiter, il n’y avait quasiment plus une toiture, mais il y avait une âme que nous avons eu envie de faire revivre. Ensuite, il a fallu négocier dur pendant trois ans pour pouvoir finalement acheter le site en 2010.

 

Lac et cabane sur la digue ©Valérie Collet

 

Une des premières choses qu’on a faites avec Guillaume : on a acheté une corde de 200 mètres de long, on s’est équipés de gants, de lunettes, de protection pour les genoux et on a tracé des sentiers. Puis, nous sommes venus des week-ends entiers avec nos amis et notre famille pour débroussailler à grands coups de tronçonneuse et redonner accès aux anciens bâtiments et aux lacs (on les avait repérés sur Google map).

De 2010 à 2012, il y a eu ici un très grand programme de réhabilitation, vraiment titanesque. Nous sommes deux à l’origine du projet, mais nous n’avons pas fait les choses seuls. 1500 partenaires nous ont aidés : des écoles, des associations, des entreprises privées, des bénévoles, des collectivités, des clubs de sport, des chantiers de réinsertion, etc.

 

L’écologie était-elle, dès le début, au coeur du projet? En quoi consistait ce dernier exactement?

L’idée était de mener une activité d’accueil dans des conditions 100% durables. Nous avons créé des hébergements individuels, mais aussi des salles de réception (la dernière a quatre mois). On peut accueillir des groupes allant de 2 personnes à 2000 ou plus de temps en temps. Cela va du beau mariage au séminaire d’entreprise ou au jeu costumé. Nous voulons faire un accueil sur mesure, personnalisé.

La piscine naturelle ©Valérie Collet

Les quatre piliers du projet sont l’eau, l’écologie, le patrimoine et l’homme. Nous avons voulu montrer que l’activité humaine pouvait s’intégrer au site tout en préservant sa biodiversité exceptionnelle.

Tout ce qu’on a mis en place suit cette thématique de développement durable : gestion de l’eau, des déchets, des déplacements, choix d’isolation et des matériaux pour réhabiliter les bâtiments… Tout tourne autour de la planète que nous souhaitons laisser demain.

 

Vous avez aménagé une piscine entièrement naturelle…

Nous ne voulions pas de chlore ni de produit qui détruise la vie (le chlore détruit absolument tout). Donc toute l’eau est filtrée par les plantes. Elle est analysée toutes les semaines par un laboratoire extérieur et est d’excellente qualité. Quand on se baigne, on peut ouvrir les yeux dans l’eau sans qu’ils nous piquent. Et dans l’eau du bassin, on trouve des poissons, des libellules, des escargots, des grenouilles…

À côté de cela, nous avons tout un système de phytoépuration pour éviter d’envoyer nos eaux grises au tout-à-l’égout. L’idée est de montrer que toute l’activité créée sur les 100 hectares (y compris les gros événements) peut être traitée par les plantes. On rend à la nature des eaux filtrées par les plantes.

L’isolation des bâtiments a été faite avec de la laine de mouton et de la laine de bois. Quant au bois de construction, il vient de la Mayenne ou de l’Orne. On a aussi récupéré des écorces pour faire nos clôtures, ce que tout le monde dans la région s’est mis à faire après nous !

 

La poudrière ©Valérie Collet

Vous proposez des chambres classiques, mais aussi des logements insolites type cabanes ou yourtes…

La cabane sur la digue, la poudrière, les cabanes sur l’eau ou sur les falaises mettent en valeur le site. Là, il n’y a pas de frigo, pas de télévision, pas de prise pour le téléphone, très peu d’électricité, des douches communes et des toilettes sèches. Le lavabo n’a pas de robinet (on utilise des bouteilles d’eau). Et quand il fait plus frais, on se chauffe avec un petit poêle.

L’idée est de proposer une expérience unique, authentique, de déconnecter les gens, de leur faire vivre quelque chose de différent. Elle est aussi de montrer qu’il n’y a pas si longtemps, c’était comme ça partout et qu’on peut très bien vivre sans avoir d’électricité ou de réseau pendant une nuit.

Les yourtes, elles, ont été fabriquées par des artistes mongols qui ont décidé de l’endroit où ils voulaient les installer. Et dedans, il n’y a rien non plus !

 

Installation d’aquaponie ©Valérie Collet

Vous expérimentez aussi l’aquaponie. Quels sont ses avantages ?

C’est un système qui permet de produire des poissons et des végétaux en symbiose. Les poissons nourrissent les végétaux avec leurs rejets et les végétaux qui ont un pouvoir filtrant exceptionnel leur redonnent une eau de très bonne qualité. Les végétaux, ainsi, grossissent beaucoup plus vite.

Dans notre petite installation de 1m3 d’eau et 1m2 de végétaux (ils sont reliés par des tuyaux et une pompe), on a produit plus de 24 kilos de tomates en une saison !

Depuis cet été, nous testons l’aquaponie à plus grande échelle. On s’aperçoit qu’en fait, on consomme 90% moins d’eau que dans du jardinage ou du maraîchage classique, qu’il n’y a aucun besoin d’engrais ou de produit chimique et qu’on n’a pas non plus de déchet.

On peut faire de l’aquaponie sur son petit balcon à Paris ou de manière quasi industrielle au bord des mégalopoles pour produire local. De plus, les produits sont d’une excellente qualité nutritionnelle et ont très bon goût. C’est une véritable révolution même si les Mayas faisaient déjà ça 2000 ans avant notre ère !

 

Echologia, Natur’eau parc, 3 Bas Barbé, Hameau Chaufournier, 53950 Louverné. Pour les renseignements pratiques, cliquez ICI

 

 

Lien vers l'Hortus Shop

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