Marie-Lydie Joffre : le dessin et l’amour des arbres

 

Autorisée à pénétrer le Jardin des Plantes de Montpellier à ses heures de tranquillité, Marie-Lydie Joffre dessine avec passion, depuis vingt ans, ses arbres magnifiques. Un très beau travail qui, avec le temps, est devenu de plus en plus libre et gestuel, proche de l’abstraction. Cette explosion d’énergie, l’artiste la livre dans un livre mettant en parallèle ses œuvres avec des poèmes (éditions Chèvre-feuille étoilée). On pourra la rencontrer prochainement lors de différents événements à Montpellier, dont Primavera le 24 mars. 

 

Hortus Focus : comment vous est venue l’idée de dessiner des arbres ?

Marie-Lydie Joffre : J’ai toujours aimé l’arbre, depuis toute petite. Dans le village où mes grands-parents m’ont élevée, il y avait des arbres, de la nature. Parfois, je partais toute seule dans les vignes de mon grand-père, j’y ramassais des pommettes. L’arbre, déjà, était une gourmandise. Plus tard, en grandissant, j’ai ressenti comme une nécessité de le dessiner, je ne savais pas trop pourquoi.

Pourquoi avoir choisi le Jardin Botanique ?

Le jardin se trouve pour ainsi dire à deux pas de chez moi. En un quart d’heure à pied, j’y suis. Le jardin est fermé au public le matin. Aussi, pour moi, l’autorisation d’y aller à ce moment-là a été une chance. J’étais toute seule avec les arbres, en dehors des oiseaux et de quelques chats qui passent. Un vrai paradis ! Quand je ne suis pas très bien, que je déprime, parfois je prends mes clics et mes claques, j’y vais et j’y passe une heure, deux heures quelquefois trois tellement je suis imprégnée et habitée par cette nécessité. Après quoi, je me sens toute autre et je me dis si tous les gens pouvaient ressentir la même chose que moi, ce serait le bonheur sur la terre ! Cette sensation passe très vite, mais elle produit quelque chose de fort en vous,  elle vous fait grandir.

 

Firmania ©Marie-Lydie Joffre

Quelle est votre méthode de travail ?

Marie-Lydie Joffre : Chez moi, il n’y a pas de méthode. Je suis plutôt fourbi, brouillon ! Je pars avec mon grand sac à dos, j’emporte de l’encre de chine, un calame, des craies, des crayons… Je ne me dis pas « Je vais faire ça ! ». Ce sont les arbres qui me dictent les choses. Par exemple, si je suis devant des Zelkova – j’aime bien ces gros arbres-là, ils sont comme des statues – je ne les regarde pas tellement, je les ressens. C’est ce sentiment d’appartenir à la nature. Je les dessine. J’en fais un, deux, trois, souvent dix, plus rarement 25 ou 30. Quand je les ai bien ” épuisés “, je me déplace vers d’autres. Ça a un côté fantastique, c’est de la magie, une thérapie comme une autre !

Qu’est-ce qu’un arbre pour vous ? Quelles émotions vous apporte-t-il ?

Le bien-être. Je sens une magnificence en moi. Les arbres me donnent de l’allégresse, c’est difficile à expliquer, quelque chose qui me domine. Enfant, je suis allée en Indochine avec mon père, ma mère et ma sœur. J’ai été très impressionnée par ce pays en particulier par ses couleurs et par les gros papillons qu’on voyait et qui voulaient entrer dans la maison le soir, quand on fermait les volets. Pendant des années, j’ai dessiné ces papillons au pastel, j’ai dessiné leur âme, c’est la base de mon travail et de mon lien avec la nature. J’ai perdu mon père en Indochine et je pense que je l’ai cherché là, j’ai recherché son âme en faisant cela. Jusqu’au jour où je l’ai trouvé. Après, j’ai pu grandir.

Qu’a apporté à votre œuvre le motif de l’arbre ?

Une libération. Au départ, j’étais un peu classique. L’arbre m’a fait connaître ce que je suis. L’arbre est de plus en plus sur mon chemin, avec ses branches, il est comme une dentelle spirituelle. La gestuelle qu’il demande m’a aussi permis de dépasser la pure figuration.

Olivier ©Marie-Lydie Joffre

Vous notez presque toujours le nom de l’arbre que vous dessinez, la date et parfois l’heure où vous le faites. Ainsi le charme, le hêtre, le chêne vert, le chêne du Caucase, le frêne à fleurs, le micocoulier, le liquidambar… Avez-vous des favoris ?

J’aime beaucoup la sculpture, j’estime que les arbres sont de la sculpture vivante. Plus ils sont sculpturaux, plus ils expriment pour moi quelque chose de fort. J’aime beaucoup les Zelkova et l’oranger des Osages (Maclura pomifera) qui est centenaire et vraiment extraordinaire avec ses grosses oranges piquantes. J’aime bien aussi les choses filiformes, les petites choses tendres, les douceurs…

Quelles techniques utilisez-vous ?

Au début, j’ai approché le jardin des Plantes à pas de velours, je ne voulais pas trop m’imposer. J’avais des petits carnets et je notais au stylo encre. J’ai dessiné des petites plantes qui ont des vertiges, qui roulent, des choses fines, etc. Petit à petit, j’ai été moins timide et je suis partie à l’attaque des arbres. J’ai utilisé le bâton de graphite pour sa couleur gris argenté. Il vous mène où il veut, celui-là ! Il monte, il descend, il creuse, il en ajoute, il en enlève. On ne sait pas, il y a un mystère là-dedans, c’est merveilleux, ça permet de représenter des arbres presque avec la tonalité de leurs troncs. Plus tard, j’ai apporté mon encre avec sa petite bouteille d’eau. Et là, j’ai commencé des lavis, des choses plus terrestres qui accompagnent les arbres, des nuages…

Vous employez aussi le calame, l’instrument des calligraphes…

Oui, j’y suis arrivée tout doucement. Aujourd’hui, c’est mon instrument musical favori, je ne m’en lasse pas. Ce roseau taillé en biseau vous permet de faire tous les motifs, toutes les danses que vous pouvez imaginer. Rapidement, il vous dépasse et vous le suivez. Il me défoule. Pour moi, il est l’équivalent d’une flûte, il attire d’autres choses à lui, des mouvements, le bruit du vent. Il parle…

Dessin et calame ©Valérie Collet

Vous dessinez aussi sur des pierres…

Oui, mon mari a appelé cela des « PastelLithes » parce qu’au départ je les travaillais au pastel. Par la suite, j’ai utilisé l’encre et le calame sur du marbre ou des pierres plus ordinaires. Pour celles-là, je n’avais pas besoin d’utiliser de fixatif. La pierre se donnait entièrement, elle n’était pas cachée derrière un écran. Pour moi, ces pierres sont une détente par rapport au dessin sur papier qui est plus volontaire. La pierre est plus physique, comme la sculpture. Plus naturelle aussi. Pour moi, c’est la cour de récréation !

 

“L’Art branché, Marie-Lydie Joffre au Jardin des Plantes de Montpellier”, éditions Chèvre-feuille étoilée (150 pages, 30 euros). Pour le commander, cliquez  ICI 

Marie-Lydie Joffre présentera son livre (et quelques oeuvres) au Jardin des Plantes de Montpellier lors de  Primavera (ventes de plantes rares, conférences, expos…), le dimanche 24 mars. Renseignements : LA 

Elle fera aussi une conférence-rencontre à la Médiathèque Émile Zola, le 11 avril à 18h30. Et présentera son livre à la Comédie du Livre, les 17, 18 et 19 mai, au stand de la librairie Sauramps.

Son site: www.marielydiejoffre.com/  

Pour la joindre : son mail

"Lien

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