Dans le Liban souillé par les ordures (et je ne parle pas de politique sur ce coup-là…), au littoral défiguré, détruit au mépris de toutes les lois, il existe un village et un homme qui résistent. À Anfeh, Hafez Jreij, militant du Mouvement écologique libanais, se bat pour gagner la “Révolution du sel”, préserver un environnement menacé, redonner vie à une tradition et développer des activités dont pourrait bénéficier son village.  

Hafez Jreij - Hortus Focus

Hafez Jreij ©Isabelle Morand

Il arrive chapeau de paille vissé sur la tête et en pédalant, ce qui n’est pas si courant au Liban où la voiture reste reine même pour faire 300 mètres… Il est en retard à notre rendez-vous, car il a dû aider deux étudiants. Avec mon amie, Emma, nous avons eu le temps de papoter avec les militaires qui montent la garde devant et dans le couvent de Deir el-Natour dont la dernière résidente, Mère Catherine, est décédée en mars 2019 après 45 ans passés ici.

Le couvent surplombe des salines encore en activité. Sur sa droite, de grandes étendues de salines sont abandonnées et l’on voit se découper la côte jusqu’à Tripoli, la capitale du Liban-Nord. Sur sa gauche, on distingue à peine le village aux ruelles étroites de Anfeh. 

Une exception sur le littoral

Sur le littoral libanais, Anfeh est une parenthèse de calme, de douceur… et de propreté. Si un touriste atterrissait  ici en parachute, il aurait bien du mal à imaginer l’autre Liban littoral fait de constructions anarchiques, d’usines parfois non autorisées qui puent et polluent, et l’état des rivages où ont été déversées des montagnes de déchets qui infusent lentement mais sûrement dans la Méditerranée et l’infestent pour des milliers d’années. Même à Anfeh, à 80 km au nord de Beyrouth, nous n’avons pas osé nous baigner avec Emma… malgré la transparence de l’eau et son apparente propreté. 

Salines Anfeh - Hortus Focus

©Isabelle Morand

Écologiste militant et sauveur des salines

Hafez Jreij est né ici au Liban, mais il ignore s’il s’agit de 1948 ou de 1949. Une chose est sûre : c’était un 10 janvier et la montagne libanaise était couverte de neige.  Il a étudié le droit et les Sciences politiques et s’est toujours intéressé à l’écologie. Je ne vais pas vous raconter toute sa vie, mais LE combat de sa vie, celui qu’il mène pour sauver les salines historiques de Anfeh et transformer l’environnement de son village.

 

 

Des salines historiques

La récolte du sel à Anfeh ne date pas d’hier, mais d’avant-avant-hier. Les salines historiques n’ont rien à voir avec celles d’aujourd’hui. Elles étaient aménagées à même les étendues rocheuses en bord de mer, des canaux creusés dans la roche permettaient d’y faire arriver l’eau. La récolte du sel et de la fleur de sel étaient alors la source principale de revenus de centaines de familles le long du littoral libanais (50 000 tonnes récoltées par an entre 1955 et 1975). La guerre civile et l’abolition des taxes sur l’importation qui protégeaient la production locale ont détruit cette activité.

Saline Anfeh - Hortus Focus

©Isabelle Morand

Saline Anfeh - Hortus Focus

Salines ancestrales ©Isabelle Morand

Salines historiques Anfeh - Hortus Focus

©Isabelle Morand

Salines Anfeh Liban - Hortus Focus

©Isabelle Morand

Aujourd’hui, le sel vient d’ailleurs, et comble du comble, l’excellent sel récolté à Anfeh part lui à l’étranger, car il est rare et cher. Selon certaines études, ce serait l’un des meilleurs du monde… Je le confirme grâce à la fleur de sel offerte par Hafez et que je consomme depuis. Quand on longe la voie côtière dans le village, on peut encore voir des paludiers en activités. Les parcelles sont minuscules, mais une vingtaine de familles continue de les exploiter. 

À partir de 1933, les salines ont changé de look avec l’utilisation du béton pour, en petites couches, habiller les roches et faciliter la récolte d’un sel plus propre. Les éoliennes permettent de pomper l’eau de la mer pour remplir les bassins. La technique des paludiers d’ici est la même que celle des autres paludiers de par le monde. Chaque bassin est rempli d’eau. Sous le feu du soleil, l’eau s’évapore chaque de jour jusqu’à la formation des cristaux de sel et leur récolte.

Stop aux promoteurs

Dans son combat, Hafez Jreij a déjà gagné une bataille. Les promoteurs soutenus, dit-il, par des politiques véreux (comme c’est étonnant…) qui lorgnaient sur ce bout de littoral libanais encore vierge sont pour le moment bredouilles. Les projets présentés faisaient intégralement fi des droits des citoyens et habitants de Anfeh, prévoyaient de fermer l’accès à la mer, la destruction des salines évidemment et la construction d’un complexe balnéaire de plus sur des rivages déjà totalement embétonnés et défigurés malgré la signature par le Liban de la convention de Ramsar en 1999 et du protocole de Madrid en 2014. Ces deux accords, l’État, les promoteurs et les particuliers ne les ont jamais respectés. Ils visent pourtant à conserver les zones humides, à enrayer leur dégradation, à protéger la zone côtière d’aménagements débiles et anarchiques, et de limiter le nombre de constructions le long du littoral. Pour qui connaît le Liban, autant dire qu’une signature n’engage jamais grand monde longtemps et à quoi que ce soit…

Les marais salants, l’avenir de Anfeh ?

Grâce à Hafez Jreij et sa combattivité, le danger est – pour le moment écarté –  de Anfeh. Les derniers marais salants sont toujours là, les anciens ne demandent qu’à revivre grâce à de nouveaux paludiers. Leur réhabilitation pourrait non seulement être  source d’activité et de ressources financières, mais également se trouver au centre du projet encore plus ambitieux de Hafez Jreij, le sauveur des salines : construire un village où l’on pourrait venir voir l’architecture typique des maisons libanaises, dormir dans des chambres d’hôtes, goûter à toutes les spécialités et repartir avec du miel des montagnes, de l’huile olive, du vin libanais et évidemment de la fleur de sel…

"Lien

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