Les plantes et l’esprit sont liés. Les plantes nous nourrissent, nous soignent et même nous vêtissent, mais pas seulement. Elles appartiennent depuis toujours à notre culture, à nos cultures de façons naturellement très diverses en fonction de l’époque et du lieu. 

Les plantes stupéfiantes - Chaman

Chaman en Amazonie
©Ammit

C’est particulièrement vrai lorsqu’on s’attache aux interdictions. De tout temps, certaines plantes ont été interdites en lien avec les croyances, la morale, les religions, l’économie et le pouvoir. À l’intérieur de cette catégorie, les plantes ou leurs dérivés, qui altèrent le fonctionnement du cerveau, dites psychoactives, sont l’objet d’une attention accrue des pouvoirs en place. En 2020, certains pays sanctionnent même par la peine de mort toute possession de celles qui sont frappées d’illégalité. Les plantes ou les champignons contiennent des principes actifs dont certains ont une utilité thérapeutique qui a été enrayée par les interdits moraux.

 

 

La nuit des temps

Or l’usage des plantes psychotropes ou hallucinogènes remonte à la nuit des temps. La curiosité des humains étant un moteur continu de leur évolution, pour le meilleur comme pour le pire, elles ont été découvertes très tôt.

En 2015, en Auvergne, des archéologues mettaient à jour un vase gaulois datant du IIe siècle avant notre ère, installé dans la tombe d’un homme qu’on pense important. À l’intérieur, le vin était infusé de chanvre. Si les Gaulois avaient pour habitude de parfumer leur vin et de lui adjoindre des plantes aseptisantes comme le fenugrec ou de la résine de conifère, le chanvre était moins courant. À cette époque, il était utilisé pour le textile, mais on peut supposer que ses effets ne sont pas pour rien dans ce vin !

François Couplan, ethnobotaniste raconte.

 

Les psychédéliques

On sait bien que culturellement, selon les utilisateurs des champignons ou végétaux psychoactifs, l’objectif n’est pas le même. La recherche d’une connexion avec un monde plus vaste, avec la nature, avec un dieu peut justifier des consommations qui n’ont rien de récréatif. On parle aussi de substances psychédéliques dont l’origine vient du grec ancien : psyche (υχή) – l’esprit – et deloun (δηλοῦν) qui signifie clarifier, rendre visible. Les psychédéliques brouillent les frontières entre le monde intérieur et le monde extérieur et provoquent souvent des hallucinations.

Des rituels et des soins

Les plantes stupéfiantes : Psychotria viridis

Psychotria viridis
©Paulo-Pedro-P-R-Costa-Flickr

L’ayahuasca

Le thé ayahuasca, en Amazonie, composé de plusieurs plantes contient un hallucinogène naturel : la diméthytryptamine ou DMT. C’est une décoction préparée à partir de l’écorce et des tiges d’une liane du genre Banisteriopsis et d’un additif. On en utilise de différents, mais les plus courants sont des Rubiacées du genre Psychotria, particulièrement Psychotria viridis.

L’ayahuasca, depuis des milliers d’années, accompagne des expériences spirituelles et de médecine divinatoire. Les chamans le consomment pour entrer en communication avec les esprits de la nature et trouver le bon remède pour soigner leurs patients. Il sert également au règlement de conflits sociaux dans les communautés.

 

 

 

 

 

Les plantes stupéfiantes : Lophophora williamsii

Lophophora williamsii
©Flickr

Le peyotl

Le peyotl est un cactus, de son petit nom Lophophora williamsii. Sans épine, il est velu avec des petites touffes soyeuses qui lui ont donné son nom. Bleu gris et assez plat, il pousse au nord du Mexique et au sud du Texas.

Pourquoi est-il si sulfureux ? Il contient une forte concentration de mescaline (un puissant alcaloïde)  et vous fait ainsi entrer dans un autre monde. On retrouve des traces de sa consommation en 4000 av. J.-C.. Il accompagne des rituels organisés par des “chamans” encore aujourd’hui.

L'ayahuasca botanique

Tabernanthe iboga
©Howard-G-Charing-Flickr

 

 

 

 

L’iboga

En Afrique centrale, un arbuste, l’iboga (Tabernanthe iboga, famille des Apocynaceae) s’associe au Bitwi, un rite de passage gabonais. C’est ainsi que les jeunes hommes entrent dans l’âge adulte. Ils sont invités à retrouver symboliquement l’état d’avant la naissance. Une forme de ce rite est réservée aux femmes. Depuis le début des années 60, l’iboga a été expérimenté dans la lutte contre l’addiction aux opiacées, mais souffre de la même interdiction que toutes les substances psychoactives. Cela ne permet donc pas d’approfondir une piste qui semblait, sous contrôle médical strict, très intéressante.

 

 

 

 

Le cannabis

Les plantes stupéfiantes : cannabis

cannabis
©Tinnakorn

Il en existe des formes très diverses et pas toutes psychotropes, car elles ne contiennent pas toutes du THC (9-tetrahydrocannabinol), mais en revanche le CBD (cannabidiol) y est toujours présent. Le Cannabis sativa subsp. indica possède du THC essentiellement présent sur les poils glanduleux qui recouvrent les parties externes de la fleur femelle. Les sommités fleuries en contiennent davantage que les feuilles. Originaire des régions montagneuses du Pakistan et de l’Afghanistan, il est plus adapté aux climats difficiles. On l’appelle aussi “chanvre indien” qui se distingue du “chanvre utilitaire”  (Cannabis sativa subsp. sativa), cultivé pour le textile et peu chargé en THC. Toutefois, certaines souches très concentrées en CBD provoquent un effet stimulant à l’inverse du précédent. Il aime les climats doux et très ensoleillés. Il peut aider à nettoyer des sols abîmés, est une source naturellement riche en acide gras oméga-3, et propose des fibres solides et recyclables.

Et enfin, Cannabis ruderalis, originaire d’Asie centrale est une sorte de juste milieu entre les deux espèces précédentes tant en THC qu’en CBD. Il a été découvert en 1924 par  D.E. Janischevsky, botaniste,  dans une forêt du climat froid et sec de Russie. Ses feuilles, nombreuses et plus petites, permettent de le différencier des variétés sativa et indica. On le trouve aussi sous le nom de ” chanvre sauvage ” ou Cannabis sativa subsp. spontanea : une bataille d’experts !

La France expérimente le cannabis thérapeutique – Brut média

L'esprit

©freshidea

Une ouverture pour la thérapeutique

Depuis juillet 2019, l’Agence Française du médicament a donné son accord pour une expérimentation sur 2 ans.

Des patients :

  • en “impasse thérapeutique” souffrant de certaines formes d’épilepsies résistantes aux traitements,
  • de douleurs neuropathiques non soulagées par d’autres thérapies,
  • d’effets secondaires des chimiothérapies,
  • de contractions musculaires incontrôlées de la sclérose en plaques,
  • de contractions douloureuses liées à d’autres pathologies du système nerveux central,
  • en soins palliatifs,

recevront un traitement de cannabis. Ce traitement délivré avec un contrôle strict est prescrit exclusivement par les spécialistes des maladies précitées. Ces produits contiendront différents dosages des deux principes actifs du cannabis, le THC et le CBD.

Ils n’ont pas les mêmes effets. Et ils seront proposés sous différentes formes, à “effet immédiat” (huile et fleurs séchées pour inhalation) ou ”à effet prolongé” (solutions buvables et capsules d’huile), selon les besoins des patients.

Une trentaine de pays ont déjà autorisé le cannabis thérapeutique, dont le Canada depuis 2001.

Sassafras albidium

Sassafras albidium
©wikipediaCC

Drogue et psychiatrie

La psychiatrie tente d’ouvrir des brèches dans les législations pour conduire des études. Rappelons que le mot drogue a eu une définition plus vaste en français que celle qu’elle a actuellement. Une drogue était un remède, un médicament avant de voir ces connotations disparaître au profit de la simple substance psychoactive.

La MDMA

Le précurseur principal de la MDMA est l’huile essentielle issue des racines du sassafras, un arbre qui pousse en Asie, Amériques du Nord et du Sud, principalement cultivé au Brésil et dans certains pays de la péninsule indochinoise.

Dès février 2014, la revue Scientific American lançait un appel pour assouplir la législation sur les drogues psychoactives (MDMA/Ectasy et LSD). En effet, depuis 1970, leur utilisation thérapeutique était interdite.

Deux ans plus tard, la Food and Drugs Administration (agence américaine du médicament) acceptait les premières études sur l’usage de la MDMA dans le traitement des syndromes post-traumatiques et les troubles anxieux graves. L’ensemble des études menées confirment l’efficacité des doses thérapeutiques de MDMA pour une grande majorité de participants et même la disparition complète de symptômes chez 76 % d’entre eux au bout d’un an.

La psilocybine

Les plantes et l'esprit : Psilocybe semilanceata

Psilocybe semilanceata
©mushroomobserver.org

La psilocybine, connue pour ses effets psychédéliques, contenue dans les champignons (LSD) fait également l’objet d’études. Elle pourrait compléter favorablement un travail de psychothérapie. En 2017, William Richards, psychologue de l’université John-Hopkins à Baltimore, a lancé une recherche sur 400 patients souffrant d’anxiété et de dépression. La moitié d’entre eux étaient en bonne santé, l’autre était atteinte de cancer. Les premiers résultats font apparaître qu’une seule dose permettrait de soulager durablement la dépression et l’anxiété.

Mais attention, rien à voir avec les usages récréatifs !

L’accompagnement thérapeutique est un impératif pour utiliser ces substances qui agissent comme des catalyseurs, mais dont les effets sont extrêmement dépendants de l’environnement et de la psyché des patients. Par ailleurs, l’expérience elle-même, les hallucinations et les désinhibitions qu’elle entraîne peuvent mettre en danger et requièrent la présence de soignants.

 

Le Canada autorise les champignons hallucinogènes pour les malades en fin de vie

 

Tabou

Jean Danet et Virginie Gautron dans Réflexions sur les fondements de l’incrimination d’usage de stupéfiants écrivent ” Le fondement de la prohibition des stupéfiants reposerait en définitive sur les mêmes raisons qui font leur succès. En cela, ils constituent sans doute un véritable tabou de notre société, objets de crainte et de désir pour trop bien incarner les valeurs de nos sociétés développées et leurs dangers. L’interdit des stupéfiants ne serait-il pas notre façon de dire les angoisses les plus profondes de notre société ? ” [réf]

Et quid de la relation avec le pouvoir ? Mais ceci sera une autre histoire, un nouvel épisode à suivre sur Hortus Focus.

En savoir plus :

Plantes interdites
Une histoire des plantes politiquement incorrectes
Jean-Michel GROULT – 2012
180 illustrations – 192 pages
Éditions Ulmer

Drogues et plantes magiques
Jean-Marie Pelt – 1983 
Fayard
Existe en numérique

Histoire et usages des plantes psychotropes
Sébastien Baud – 2018
Éditions Imago
Existe en numérique

« Depuis que l’homme est sur terre, il utilise les plantes qui poussent autour de lui pour se nourrir et se soigner. Il est temps de redécouvrir ces végétaux oubliés dont nous pouvons mettre à profit les multiples vertus dans notre vie quotidienne. Leur rencontre nous offre la possibilité de découvrir une nouvelle vision du monde…»
 

"Lien

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