Les Tondeuses sur pattes, dans le Béarn

Les Tondeuses sur pattes
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Jean-Marc Souverbie n’est pas berger de métier. Mais l’ancien joueur de rugby (Section paloise) reconverti en directeur commercial d’une société est aussi le créateur de l’association Les tondeuses sur pattes. Il fait pâturer son petit troupeau de brebis et ses ânes autour de Pau. Une belle initiative. 

Hortus Focus : quand avez-vous créé cette association et pourquoi ?

Jean-Marc Souverbie : je suis directeur commercial itinérant. J’ai été coincé à la maison, comme tout le monde, pendant le premier confinement. Cela m’a donné l’occasion de repenser à un projet que j’avais déjà mis en place dans l’ancienne ferme de mes grands-parents au Vic-Bilh. Il a fallu que j’entretienne cette ferme et des bâtiments désaffectés. J’ai eu alors l’idée de faire travailler quelques brebis basques, notamment pour entretenir un verger envahi par les ronces.

Les résultats ont été fantastiques : elles ont permis de développer la biomasse et la biodiversité, de faire réémerger une belle prairie bien verte. Les brebis sont redoutables d’efficacité. Pendant le confinement, j’ai donc élaboré le projet des Tondeuses sur pattes, j’ai embarqué des copains dans l’aventure. L’association est née en juin 2020. 

tondeuses sur pattes
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Quel est l’objet de l’association ?

C’est de promouvoir et sensibiliser au développement durable à travers la location d’herbivores en écopâturage aux particuliers et aux entreprises. 

Mais l’association a également un autre but ?

Oui, il s’agit d’offrir une seconde vie à un animal destiné à l’abattoir. Je récupère des brebis qu’on appelle de réforme. Les bergers de la vallée d’Ossau ne peuvent malheureusement pas les garder. Ces animaux ont eu des mammites, elles ne produisent plus suffisamment de lait pour faire du fromage ; elles peuvent aussi avoir un souci physique, ne plus pouvoir agneler (faire des petits), ou ne plus être capables la cadence des troupeaux en transhumance sur les estives pyrénéennes. Il faut savoir que sur un élevage de 300 à 500 brebis, un éleveur réforme environ une vingtaine d’animaux par an. Ce sont ces brebis que je recueille et propose en écopâturage à Pau et la région alentour. 

Combien avez-vous d’animaux ? 

J’ai commencé avec une petite dizaine de brebis, et aujourd’hui le cheptel se chiffre à 45 brebis et 4 ânes, mais ce n’est pas suffisant pour répondre à toutes les demandes. 

Pourquoi faites-vous aussi travailler des ânes ? 

Les ânes est les brebis se complètent, ils ne mangent pas les mêmes végétaux. L’âne peut notamment brouter des herbes invasives ou ce que les brebis dédaignent (on appelle ça des « refus de brebis »). Et pour terminer, ce sont deux animaux qui vivent très bien ensemble. 

Les ânes n’étaient pas destinés à l’abattoir. J’aime énormément cet animal qui mérite bien mieux que sa réputation. D’ailleurs, j’ai même appris la véritable histoire du bonnet d’âne qu’on faisait porter aux mauvais élèves au fond de la classe… À l’origine, il ne s’agissait absolument pas d’une humiliation liée à la bêtise supposée de l’animal. Au contraire, l’âne étant un animal très intelligent, le bonnet était censé transmettre au gamin un peu de cette intelligence. Il est temps de rétablir la vérité, non ?

L’âne peut se montrer très têtu, mais il est avant tout très sympathique… et très intelligent !

tondeuses sur pattes dans le Béarn
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Où les brebis écopaturent-elles ?

Je m’occupe du dispatching chez des particuliers ou des entreprises avec lesquels je signe des prestations – renouvelables – pour 3 ans. Les terrains font entre 1000 m2 et plusieurs hectares comme sur des herbeux à l’arrière d’une usine par exemple. Je répartis les animaux en fonction de la hauteur de l’herbe, de la nature du terrain, de l’environnement escarpé ou non. Je n’arrive plus à satisfaire toutes les demandes. Il existe un véritable engouement pour l’écopâturage dans la région de Pau.

Quelles sont les raisons de cet engouement ?

Les gens découvrent que l’écopâturage, c’est à la fois la réduction de l’empreinte carbone, la diminution du volume des déchets verts, le retour de la biodiversité. Les vers de terre reviennent, les oiseaux aussi dans ce nouvel environnement. Et il s’avère que le crottin de brebis est aussi fertile que le crottin de cheval. Je reste toujours épaté par le cycle vertueux créé par cet animal rustique et grégaire de la vallée d’Ossau.

Que deviennent les brebis en hiver ?

Pendant 5 mois, les brebis et les ânes sont réunis dans une grange. J’assure la fourniture du foin, de l’herbe sèche voire des granulés puisque je ne fais pas de fromage. 

Comment est utilisé l’argent des prestations ?

J’assure le suivi sanitaire des animaux qu’il s’agisse de leur bien-être ou des vaccins obligatoires. J’ai une assurance contre les divagations éventuelles, les sorties des animaux de certains enclos. Le peu d’argent que l’association génère est réinvesti. Le but est aussi d’accompagner les éleveurs. Je leur achète du fromage et en fais la promotion auprès de ceux et celles qui accueillent les brebis. L’association Les Tondeuses sur pattes est reconnue d’intérêt général. Je peux donc fournir aux généreux donataires un reçu fiscal déductible des impôts à hauteur de 66% pour les particuliers et 60% pour les entreprises. 

Comptez-vous installer ailleurs d’autres Tondeuses sur pattes ?

L’extension pourrait se faire à moyen terme dans mon Béarn natal, mais également en région bordelaise. Un ami, dans un village non loin de Bordeaux, est intéressé pour dupliquer l’initiative. Je travaille aussi sur d’autres thématiques : la transformation du lait, l’exploitation du petit lait pour créer un cercle encore plus vertueux. 

Le parcours atypique de Jean-Marc Souverbie

Il a eu la chance de vivre de sa passion pour le rugby en étant joueur pro à la Section paloise (et une sélection dans le XV de France) pendant 14 ans. Puis, bénéficiaire d’une licence STAPS, il a travaillé comme prof d’EPS dans la région de Pau. Aujourd’hui, il est directeur commercial d’une société d’externalisation de paye créée avec l’un de ses amis. 

Les tondeuses sur pattes
Jean-Marc a défilé avec ses brebis sur les Champs-Élysées ©dr

Jean-Marc vit dans le Béarn et vit Béarn. On ne lui fera pas quitter ses Pyrénées, la vallée d’Ossau. Et il continue à se passionner pour le rugby. Depuis dix ans, il commente en direct tous les matchs  de la Section paloise sur Radio France Bleue Béarn.

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