Dans les jardins du Palais de l’Élysée

Élysée depuis le salon doré
Leurent 1

Le Palais de l’Élysée et ses jardins constituent la résidence officielle des présidents de la République française depuis 1873 et l’installation de Patrice de Mac-Mahon. Mais le bâtiment et les jardins ont une beaucoup plus longue histoire et ont été le lieu d’anecdotes parfois surprenantes…

La vitrine du Comte d’Évreux

Quand au début du XVIIe siècle, le jeune Louis XV s’installe aux Tuileries, la cour déménage pour le faubourg Saint-Honoré. On y fait construire des hôtels particuliers aussi imposants que fastueusement décorés. Louis-Henri de La Tour d’Auvergne, comte d’Évreux se fait donc construire, en 1718,  un hôtel XXL sur des plans de Jules Michel Hardouin. Le comte n’est plus vraiment richissime et se contente de faire aménager le rez-de-chaussée. L’honneur aristocratique est sauf, mais l’étage est nu !

Côté jardin, ils s’étendent alors jusqu’à la Seine. Un superbe terrain de jeu sur lequel la bâtisse trône au centre. Les jardins qui couvrent alors plus de 13 ha (!) sont aménagés à la française, comme il se doit.

Louis-Henri de La Tour d'Auvergne
Louis-Henri de La Tour d'Auvergne, par Hyacinthe Rigaud
L'hôtel du comte d'Evreux - plans Turgot
Plans de Turgot en 1737

Les caprices de la Pompadour

En 1753, le comte d’Évreux passe de vie à trépas. Il laisse de nombreuses dettes derrière lui et son légataire, le prince de Turenne, est contraint de mettre le bien en vente. 

Une opportunité que va rapidement saisir Mme de Pompadour en recherche d’un logis parisien pour vivre près de sa fille Alexandrine, confiée aux bons soins d’un couvent voisin.

Pour 500 000 livres (on sait déjà à l’époque où passent nos impôts…), Louis XV lui offre le château. Sa Majesté se montre généreux avec celle dont il ne partage plus le lit, mais qui demeure sa confidente.

Mme de Pompadour se partage alors entre Versailles, son château de Meudon Bellevue et l’hôtel d’Evreux. Elle fait refaire la déco, organise des fêtes dans les jardins. Elle fait aménager un potager sur une partie des futurs Champs-Élysées, fait paître des moutons, jouant les bergères de luxe dans une propriété aux murs régulièrement tagués « maison de la putain du roi ». Ambiance…

La princesse de Bourbon transforme les jardins

À la mort de Mme de Pompadour en 1764, le roi Louis XV récupère la demeure et les jardins qui perdent une partie de leur surface. Neuf ans plus tard, le banquier Nicolas Beaujon en fait l’acquisition et redécore le tout. Il cède la propriété en viager, rebaptisé l’hôtel Beaujon, à Louis XVI en 1786. Un an plus tard, c’est pourtant Louise-Marie-Bathilde d’Orléans qui l’achète pour un million de livres et le lieu change encore une fois de nom. Il devient l’hôtel de l’Élysée (l’incertitude demeure sur l’origine de ce nom). 

La princesse de Bourbon voit grand et se lance dans de très gros travaux. Elle dépense sans compter pour refaire les intérieurs et réaménager les jardins qui se voient agrémentés de parties à l’anglaise pour s’inscrire dans le style romantique si en vogue à l’époque. Sur le modèle de Marie-Antoinette au Trianon, elle fait construire des hameaux dans le parc, creuser des ruisseaux…

Las ! Les travaux sont à peine achevés qu’arrive la Révolution. Elle prend le nom de « Citoyenne Vérité », donne ses biens à la nation ce qui lui permet sans doute de sauver sa tête, mais ne lui épargne pas de passer 18 mois  dans un cachot immonde à Marseille.

Bathilde d'Orléans, duchesse de Bourbon
Peinture de Carmontelle

La dernière demeure parisienne de l’Empereur 

Après la Révolution, l’hôtel de l’Élysée est acheté par le maréchal d’Empire, Joachim Murat, marié à Caroline, la sœur de Napoléon. Pendant trois ans, l’Élysée devient un des centres de la vie mondaine. On se bat pour faire partie des invités aux soirées fastueuses et aux bals masqués ayant pour cadre les somptueux jardins. 

L'Élysée sous Napoléon Ier
©Musée du château de Versailles / RMN-GP - G. Blot

Quand Murat est nommé roi de Naples en 1808, Napoléon fait main basse sur l’Élysée où il s’installe avec Joséphine jusque’à leur divorce quelques mois plus tard. L’Impératrice répudiée prend la direction de La Malmaison, cadeau de son ex-mari et l’Empereur demeure à l’Élysée dont il apprécie beaucoup les jardins.

Il en profitera entre deux campagnes guerrières et c’est dans le Salon d’Argent de l’Élysée qu’il signe sa deuxième et dernière abdication le 22 juin 1815, à l’issue des Cent-Jours. 

« Je m’offre en sacrifice à la haine des ennemis de la France. Ma vie politique est terminée. »

Parenthèse

Entre 1815 et 1873, le Palais ne fait guère parler de lui. Bien de la nation, on lui attribue le rôle de résidence officielle des souverains et des chefs d’État étrangers en visite en France. 

En 1848, Charles Louis Napoléon Bonaparte est élu représentant du peuple et investit l’Élysée. C’est dans ses murs qu’il fomente avec ses proches le coup d’État de 2 décembre 1851 et la restauration de l’Empire. Il devient Napoléon III.

L’Élysée, résidence officielle des chefs de l’État depuis bientôt 150 ans

Mac-Mahon est le deuxième président de la IIIe République. Il succède à Adolphe Thiers et s’installe à L’Élysée en 1874. Dès lors, son histoire et celle de ses jardins sont moins chaotiques, excepté la période de fermeture sous l’Occupation. 

Le Palais de l'Élysée vu des jardins
©Laurent 1

Les jardins sont redessinés une nouvelle fois au milieu du XIX siècle par Adolphe Alphand. Depuis, le tracé des jardins n’a pas été fondamentalement modifié.

Les présidents et les jardins de l’Élysée

Sadi Carnot et son épouse Cécile étaient de grands passionnés de jardin et de roses. Ils font planter de nombreux rosiers dans les jardins. Le président est assassiné à Lyon en juin 1894. Il venait de visiter une roseraie lyonnaise.

Garden party à l'Élysée
©dr

François Mitterrand a voulu apporter sa patte et a demandé une rénovation au paysagiste belge Jacques Wirtz. Quelques parties du parc « réduit » aujourd’hui à 2 hectares environ ont donc été redessinées et difficiles à entretenir par les jardiniers. 

Nicolas Sarkozy a, paraît-il surpris Carla Bruni amatrice de jardins en lui faisant visiter les jardins après leur rencontre. On dit qu’il l’a soufflée en lui donnant les noms latins des végétaux placés sous sa responsabilité. La botanique, jardin secret de l’ex-Président ?

Valéry Giscard d’Estaing a eu, lui,  des envies de retour au Grand Siècle. Il a demandé la création de quelques broderies à la française avec des petits buis qui s’intégraient plutôt mal au dessin global du jardin. Le temps – et les jardiniers – se sont chargés de gommer ces changements. Mais VGE avait une vraie sensibilité jardin. On peut même dire qu’il a posé les fondations des Journées Rendez-vous aux jardins, finalement créées par Jack Lang.

Jacques Chirac préférait la tête de veau aux dahlias. C’est Bernadette qui s’est occupée du jardin et de son entretien.

François Hollande et le jardin, ça fait deux. Le portrait officiel a été effectivement pris dans le cadre du jardin, mais on ne l’a jamais vu s’intéresser à quoi que ce soir. La seule photo disponible le montre en train de planter un chêne, en costume-cravate avec une pelle n’ayant de toute évidence jamais servi…

Qui sont les jardiniers de l’Élysée ? 

Ils sont triés sur le volet. Ce sont des ouvriers d’État et dépendent du ministère de la Culture. Ils sont les seuls à intervenir dans les jardins, ce qui n’a pas été au goût de Bernadette Chirac qui voulait conserver ses jardiniers de la Ville de Paris. Un petit conflit qui a fait quelques vagues à l’époque, mais, entre jardiniers on arrive toujours un compromis.

Un platane monumental !

Les jardins comptent quelques très beaux sujets et l’un des premiers platanes plantés à Paris. Il pousse dans le parc depuis les années 1750, mesure 10 m de circonférence et 2 m de diamètre.

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