Les Terrasses de Besançon, un jardin remarquable

© Didier Hirsch

Labellisé Jardin Remarquable depuis l’an dernier, les Terrasses de Besançon, le jardin de Florence et Daniel est la réalisation d’un rêve… et une prouesse. Tout le jardin est en pente ! Un exemple à suivre, des idées à piocher si votre jardin est tout sauf plat…

Hortus Focus : depuis quand aménages-tu ce jardin ?

Daniel : J’ai acheté cette maison il y a un peu plus de 40 ans. C’était une friche avec une maison que nous avons retapée. Puis, on a fait la terrasse devant la maison, puis la piscine et son petit bar façon tropiques. Et l’idée de faire un jardin est venue ensuite. C’est comme ça que j’ai attrapé le virus du jardinage ! Un aménagement a suivi l’autre avec un objectif : ne pas faire un jardin soit à la française, soit à la japonaise ou à l’anglaise. Il a fallu faire en sorte que tous les univers, les styles s’imbriquent avec harmonie. 

©Didier Hirsch
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Mais aménager un jardin en pente, c’est un sacré défi ?

Avec une bonne pioche, un bon marteau piqueur, et surtout du courage, on y parvient, la preuve ! J’ai tout fait tout seul, l’envie est devenue passion, voire addiction ! 

Comment le « chantier » a-t-il progressé ?

C’est plutôt drôle… Quand j’ai fait le premier jardin, je ne pensais pas que j’allais en faire un deuxième. Et puis, j’ai fini par aménager le dernier bout de jardin qui restait avec une mare, des bambous et un coin très japonisant. Un cheminement en a amené un autre et aujourd’hui, tout le jardin se parcourt sans devoir revenir sur ses pas. 

Comment as-tu géré les gros cailloux, voire les rochers intransportables ?

Je n’ai rien évacué du tout. Quand je faisais un coin, je creusais, je mettais les déchets, le remblai d’un côté et cela me donnait l’idée d’un autre jardin. Mais enlever des rochers signifie qu’après il manque de la terre pour planter. Alors, on a fait venir de la terre qu’il a fallu transporter, à la brouette, du chemin jusqu’au jardin. Je n’ai jamais pensé à ce que cela pouvait représenter comme travail, sinon j’aurais été vite découragé ! 

©Didier Hirsch
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Comment as-tu créé les moutonnements de buis qui sont des éléments impressionnants des Terrasses de Besançon ?

C’est très simple. Quand j’ai fait la piscine, j’ai évacué les déchets, de l’autre côté du mur. Ce n’était évidemment pas bien beau. Il fallait que je recouvre ces déchets. Comme je suis autodidacte, je n’ai pas fait appel à un paysagiste, je tenais à trouver ma propre solution. Alors, j’ai planté les arbustes. Ils ont bien poussé, mais ce n’était vraiment pas beau. C’est ainsi qu’est venue l’idée de les tailler, de leur donner des formes. J’ai aménagé des tout petits accès pour pouvoir les travailler facilement. 

L’espace le plus récent est franchement japonisant… C’est un style qui te tient à cœur ? 

Je l’ai commencé voilà 7 ans et je continue à le modifier un peu, mais l’esprit est là. J’adore le Japon. Je suis allé visiter des jardins magnifiques là-bas. J’aurais adoré faire un jardin japonais ici, mais c’est vraiment trop difficile. J’avais peur de la fausse note ! Donc, j’ai préféré installer ici et là des touches japonisantes comme des arbres taillés en nuage, le petit pont rouge qui enjambe le bassin et des touches déco – lanterne, gong – qui rappellent le Japon. 

©Didier Hirsch
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Du côté des matériaux, pourquoi avoir utilisé beaucoup de graviers, et d’ardoises ? 

Le gravier, c’est pratique, on installe un géotextile et on les étale. Un peu comme au Japon. Le gravier crisse sous les pas et, historiquement, son utilisation a une raison. Le bruit qu’il produit permettait aux habitants d’une maison d’entendre visiteurs ou intrus. Il annonce une venue sympathique ou dangereuse. Quant à l’ardoise, je l’apprécie pour sa couleur. Le noir, c’est élégant, ça met les plantes en valeur. 

©Didier Hirsch
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Le bois est également très présent dans le jardin. Pourquoi ? 

Le bois, c’est beau, c’est chaud et c’est facile à mettre en œuvre dans un terrain comme le nôtre où il y a déjà pas mal d’éléments en béton ou les murs en pierre par exemple. Le bois, c’est plus léger, plus facile à transporter dans une pente.

Tu as aussi créé trois points d’eau dans ton jardin ?

C’est la configuration du terrain qui m’a inspiré la création des points d’eau. Au début, j’avais fait une rivière sèche en haut, car je trouvais qu’il y avait assez d’eau. Mais, rapidement, je n’ai pas été satisfait de cet aménagement et les visiteurs n’y comprenaient pas grand-chose. Alors, j’ai refait le bassin situé au-dessus en imaginant une source sortant des rochers. 

©Didier Hirsch
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D’où vient l’eau ?

Au départ, j’arrosais grâce à de l’eau de source. Puis la ville a dévié toutes les sources qui couraient pour l’eau potable et l’assainissement. J’ai une citerne de 25 m3, située sous la maison, qui suffit au remplissage des bassins. Elle était là avant notre installation et nous l’avons heureusement conservée. Il suffit de grosses pluies, d’un bon orage pour la remplir. Je m’en sers aussi pour arroser le jardin quand les plantes ont vraiment soif.

Est-ce difficile de trouver des plantes adaptées ?

On est dans une région difficile. Il fait très chaud l’été et froid l’hiver, même si les hivers sont moins rudes que dans le passé. On n’a plus de -18°C / -20°C, mais il faut tout de même trouvé des plantes adaptées à ces deux exigences climatologiques. Et ça, ce n’est vraiment pas facile ! On cherche dans les pépinières alentour. On part aussi chercher des plantes dans les Vosges, dans la Drôme notamment pour trouver des érables du Japon chez Sébastien Emain (La Grange aux érables). On est capables de faire des kilomètres pour trouver des vivaces adaptées comme chez Thierry Denis, au Jardin du Morvan. 

©Didier Hirsch
©Didier Hirsch

Est-ce qu’on peut dire de toi que tu es perfectionniste ?

J’aime bien quand c’est précis, alors j’aime la perfection. Cela ne m’empêche pas de laisser des petites plantes, de « mauvaises herbes » ici ou là, parce qu’elles se trouvent dans la nature. C’est un petit fouillis arrangé, organisé. Mais, c’est vrai, j’aime bien la précision dans le jardin et dans la vie aussi. 

Ce jardin occupe-t-il une grande partie de ta vie ?

J’aime quand j’ai achevé un espace. Pour moi, c’est une satisfaction. Après, comme je ne dors pas beaucoup, je pense à mon jardin la nuit et à tout ce que je peux encore y faire… C’est une addiction. 

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