Il cultive et travaille 55 espèces d’osier dans le Puy-de-Dôme. Ses superbes créations font le bonheur de particuliers et de collectivités partout en France. Rencontre avec un artisan qui dit avoir appris la vannerie comme… un guitariste ! Faites un tour sur son site Osier vivant.
Hortus Focus : Où travaillez-vous l’osier ?
Dominique Arrault : Je suis installé dans le petit village d’Aubiat, à 45 km de Clermont-Ferrand. Nous sommes 24 habitants ! Je cultive environ 40 000 pieds d’osier.
Votre dextérité est impressionnante ! Comment l’avez-vous acquise ?
Je me suis formé pendant 5 ans, puis j’ai suivi un stage d’un an. Un parcours classique : 54 mois d’apprentissage. J’ai appris la vannerie comme un guitariste. Tous les soirs, j’ai travaillé mes accords, je m’imposais des séries de 50. Ce qui me permet aujourd’hui’hui de tresser une pièce tout en discutant avec les gens.
Vous cultivez plusieurs variétés d’osier ?
Il existe environ 400 variétés, j’en cultive 55, de qualité vannière, mais pas seulement. Je cultive aussi des osiers à qualité arbustive pour cultiver des brins et disposer des feuillages et des couleurs de bois un peu différents pour créer mes petits arbres.

Quelles espèces de saule osier utilisez-vous surtout ?
J’ai plusieurs variétés de Salix viminalis, de S. fragilis et des espèces un peu atypiques (voir un aperçu en bas de cet article). Le travail sur l’osier vivant occupe un vannier trois mois de l’année et je trouvais évidemment trop court. Alors j’ai inventé une méthode culturale qui me permet d’allonger cette période de travail. Je propose des créations de tailles différentes en utilisant des espèces et variétés elles aussi différentes.
Vos produits « vedettes » sur les fêtes des plantes, ce sont vos petits arbres. Comment les fabriquez-vous ?
Ils sont fabriqués avec 24 brins d’osier mis en terre en période hivernale dans un substrat dont je garde la composition secrète. Donc, j’implante les 24 boutures, je les forme en tronc à la hauteur que je veux (généralement 1,20 m) ou que le client souhaite, et la magie de la vie se charge de la suite à partir du moment où on arrose. L’osier, c’est génial : on peut former des objets vivants de 20 cm comme de 3 m de haut !

Ces arbres ressemblent à des topiaires ?
Absolument ! Et c’est vraiment très facile à entretenir. Au printemps, il suffit d’ébourgeonner le tronc, de laisser pousser le pompon végétal et le tailler régulièrement pour conserver l’aspect boule… ou carré. On en fait vraiment ce qu’on veut. Il faut bien que mes clients s’amusent un peu quand même !
Vous créez aussi des structures beaucoup plus impressionnantes ?
Oui et j’adore ça ! Je crée des haies vivantes, des cabanes, des tipis, des igloos, de grandes gloriettes. Il m’arrive de travailler des brins de 6 mètres de long.


Vous aimez expliquer votre métier ?
Je suis un passionné et j’aime parler de mon beau métier. L’an dernier, j’ai été amené à réaliser une salle de classe extérieure dans un quartier, à quelques pas d’une école. J’ai créé une haie vivante. Des bancs en bois ont été installés à l’intérieur et les enseignants font l’école dans cette classe verte. J’ai été aidé par tout le monde dans le quartier, du papy de 82 ans qui est venu passer un coup de main ou petitou qui voulait aider alors qu’il ne parvenait pas encore à bien marcher. C’était émouvant, génial !
Vous intervenez partout en France ?
Oui, car j’adore les rencontres, notamment celles que je peux faire dans des stages participatifs. Je me déplace partout pour réaliser aussi bien des projets en osier vivant qu’en osier sec. Quand je vais chez des particuliers, ce n’est pas pour tout faire tout seul. Nous construisons les structures ensemble et en même temps je leur explique comment les entretenir, comment les garder belles.
J’aime l’architecture et ce qui est vivant. Je ne fais pas de paniers à champignons. Si vous me commandez un panier à œufs, je vais le faire, car je sais le faire. Mais dans ma tête, je vois toujours les choses en grand, voire en gigantesque.
Quelles sont vos plus grandes réalisations ?
Une corne d’abondance de 3 m de long et 2 m de diamètre. Pour la mairie de Chamalières, j’ai réalisé un paon en osier : 2 m de long, 1,90 m de haut, 71 h de boulot qui se décomposent en 45 h pour le support ferraille et 26 pour le fleurissement, l’entretien. J’ai fait aussi des toitures de gloriette de 6 m de diamètre.

Mais vous avez quand même fait un panier ?
Oui, mais un panier spécial ! C’était pour l’anniversaire d’une petite mamie qui ne parvenait plus à se baisser, à jardiner. Avec sa famille, on lui a donc fait un gros panier long de 1,6 m, large de 1 m et à sa hauteur. J’ai mis un peu plus d’une journée à le réaliser.
Recevez-vous des demandes un peu loufoques ?
Ça arrive, et ça m’intéresse souvent. Une mairie m’a proposé de faire des bancs qui n’existeraient pas ailleurs. J’ai fait appel à un artiste local qui travaille le bois. J’ai acheté dans le coin une bille de robinier. L’artiste a façonné le bois et moi, j’ai tressé. J’ai aussi des clients avec une demande rigolote. En faisant des travaux sur leur terrain, ils ont découvert une source et voulu faire une fontaine originale. Donc, ils ont construit un joli bac en pierre, m’ont installé un support en fer en forme d’arrosoir et je suis venu ajouter la vannerie. Des LED ont été ajoutées pour avoir une jolie scène de jour comme de nuit.

Quand on achète chez vous une petite structure tressée, que doit-on, que peut-on en faire ?
Les tressages sont vendus dans des petits contenants pour que les clients puissent les emmener facilement, mais il faut vraiment vite les changer de pot… ou les installer en pleine terre, ce qui est la meilleure solution. Dans ce cas, il faut se comporter comme on le fait avec un arbre : on plante, on arrose, mais dans le cas des saules, il faut suivre l’arrosage les trois années suivantes. Vous pouvez le garder en pot, mais il va falloir être hyper vigilant sur l’arrosage. Je vous conseille de mettre un paillage de pouzzolane en surface pour aider à garder la fraîcheur. Mais le secret de la pleine terre ou du pot, c’est vraiment l’arrosage, la terre fraîche.
Quelques espèces et variétés cultivées par Dominique Arrault
Certaines sont vraiment inconnues sauf des spécialistes et du vannier.
Un peu de curiosité…
Saule rouge (Salix calliantha) : rameaux pruineux. Chatons de taille moyenne. Écorce rouge. 7 m max.
Saule violet sibérien (Salix acutifolia ‘Blue Streak’) : hauteur à maturité 4 m, croissance rapide. Jeunes rameaux rouges qui passent au violet et se couvrent d’une légère pruine blanche.
Salix muscina : bois multicolore, grandes feuilles nervurées. 4 m maximum.
Saule blanc à bois jaune (Salix alba ‘Jaune de Falaise’) : un costaud d’entre 5 et 10 m.
Saule de Basford (Salix rubans x basfordiana) : saule vigoureux, bois jaune. Entre 5 et 10 m.
Saule cendré (Salix cinerea ‘Olive Razetti’) : une sélection du pépiniériste Dominique Brochet-Lanvin. Rameaux couleur olive claire. Entre 2 et 4 m.

