Les Jardins de la Croze, dans le Puy-de-Dôme

Didier Hirsch

Les jardins de la Croze s’inscrivent dans un paysage volcanique et un environnement verdoyant surnommé la « Toscane d’Auvergne ». Laetitia Bataille se consacre entièrement à ces jardins historiques de quatre hectares et à une propriété familiale à la longue histoire.

Hortus Focus : qui a posé la première pierre du château de la Croze ?

Laetitia Bataille : impossible de vous donner un nom, car à l’origine, il n’était pas question de château. Quand on remonte la « généalogie » de la demeure, on tombe sur une première mention, celle de la construction d’un petit poste de guet des comtes de la Tour d’Auvergne. Ils ont profité de l’existence d’une petite butte pour construire ce poste. La partie la plus ancienne date du XIIIe et est caractérisée par un mur aveugle sans fenêtres ou plutôt avec de fausses fenêtres dessinées sur la façade.

Laetitia et Jacques Bataille, propriétaires des  Jardins de la Croze ©Didier Hirsch
Laetitia et Jacques Bataille, propriétaires des Jardins de la Croze ©Didier Hirsch

Quand et comment la demeure est-elle devenue un château ?

Au XVIIe, on a accolé à cette bâtisse une sorte de bastide très simple, couverte en tuiles. C’est au XIXe que la toiture a été surélevée, sans doute dans une volonté « d’embourgeoiser » la maison. La toiture a été changée et les tuiles remplacées par des ardoises, comme bon nombre de demeures en Auvergne d’ailleurs.

Qui a créé le premier parc ?

Les jardins historiques sont attribués au paysagiste Paul de Lavenne de Choulot, un paysagiste prolifique du XIXe qui a dessiné des dizaines de parc et jardins en France et en Europe. Il a dessiné le parc en arrondi pour s’inscrire dans le paysage environnant composé de petites collines. Il a travaillé sur des lignes de fuite, des fenêtres paysagères qu’on peut encore observer en partie.

Que peut-on voir de ce premier parc ?

Choulot a suivi les principes du jardin à l’anglaise en dessinant des courbes harmonieuses. Il a mis à profit les dénivelés du terrain pour créer des perspectives et différents niveaux.

Tous les arbres ont-ils été plantés à cette époque ?

Non, bien sûr. Des arbres sont bien plus anciens ! Nous avons notamment un chêne qui est âgé d’environ 350 ans. Au XIXe ont été plantés d’autres chênes, des frênes et des essences exotiques comme des genévriers de Virginie (Juniperus virginiana), un févier d’Amérique (Gleditsia triacanthos), cyprès de l’Arizona (Cupressus arizonica), sapin d’Andalousie (Abies pinsapo). Il existe donc un double peuplement : des arbres naturels, natifs, très anciens (ifs, charmes, chênes, frênes…) et des essences venues d’ailleurs. Nous avons aussi beaucoup d’arbustes très différents, disséminés dans le parc : lilas, aubépines, cityses…

©Didier Hirsch
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Constatez-vous dans vos jardins de la Croze les conséquences du changement climatique ?

Oui, malheureusement… Entre les sécheresses, les tempêtes, les coups de vent, les arbres souffrent. En supprimant un peu partout les haies, on a permis aux vents de prendre des vitesses considérables. Les tempêtes sont donc de plus en plus meurtrières pour les arbres. La canicule et la sécheresse nous ont fait perdre plusieurs arbres magnifiques. Il nous en reste beaucoup, mais il faut rester vigilant.

Quel arbre vous semble ne pas souffrir de ces changements ?

Nous avons des cèdres du Liban (Cedrus libani) qui sont un peu les rois du jardin. J’ai pu constater qu’ils résistent particulièrement bien à la sécheresse. Ce sont manifestement des arbres d’avenir.

©Didier Hirsch
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Pourquoi avoir conservé une grande prairie ?

On aurait pu faire une vaste pelouse de cet espace, mais nous le conservons en prairie pour des raisons écologiques. Nous ne fauchons pas avant septembre ou octobre afin de protéger la biodiversité. Les insectes peuvent y faire tranquillement leur vie avant d’être parfois mangés par les oiseaux. Nous sommes par ailleurs refuge LPO. Pour nous, protéger, maintenir le vivant est une priorité.

©Didier Hirsch
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On trouve aussi un jardin à la française ?

C’est ainsi qu’on l’appelle… Il s’agit d’un jardin régulier, qui jouxte la maison, avec de grands buis centenaires. Cette partie du jardin a en effet été redessinée et replantée en 1919.

D’où viennent les très belles grilles d’entrée des jardins ?

Elles viennent du château de Ligones, qui a connu un destin funeste. Il se trouvait à 12 km d’ici et a complètement été détruit sous la Terreur, en 1794, après avoir été démantelé et ses éléments vendus. Ce très joli portail Louis XV a atterri ici, à La Croze.

Vous avez aussi la chance d’avoir un splendide potager !

Il faut aller vers l’arrière de la maison pour le découvrir. Au XIXe, sans doute par souci de coquetterie, on ne voulait pas « exhiber » un potager. Donc, pour le cacher, on l’a transformé en chambre de verdure dissimulée par des érables champêtres, des lilas et une foultitude d’autres arbres et arbustes. Le potager de la Croze est donc enchâssé comme une pierre précieuse dans un écrin de verdure. Il est accessible par un réseau de petits sentiers romantiques.

A-t-il beaucoup changé depuis sa création ?

Non, c’est un potager d’époque Premier Empire. Si l’on consulte le cadastre établi sous Napoléon Ier, on s’aperçoit qu’il est exactement le même. C’est un potager composé de 6 grands carrés, avec une perspective centrale sur une fontaine de pierre de Volvic (également d’époque Empire). Des fruitiers poussent en espalier. C’est là que se trouve notre roseraie puisque nous avons installé de très nombreux rosiers dans les deux grandes plates-bandes qui bordent le potager.

Mes parents, qui m’ont transmis La Croze, y avaient déjà planté des rosiers (‘Queen Elizabeth’, ‘Centenaire de Lourdes’, ‘Madame Meilland’…). Ces rosiers-là sont un peu démodés, mais ils sont typiques des jardins des années 50 et, pour moi, ils doivent rester comme les sédiments des générations qui se succèdent. Je leur ai donné pour compagnons des rosiers plus anciens parce que certains ont vraiment un charme inégalable.

©Didier Hirsch
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Vous vous limitez aux roses anciennes ?

Non, j’aime trop les roses, toutes les roses. J’ai donc planté également des rosiers plus contemporains que j’aime pour leur floribondité et leur résistance aux maladies. Je choisis très scrupuleusement mes rosiers. Il faut qu’ils s’accordent parfaitement avec l’atmosphère et le style du parc. Pas de roses rouges, orange, trop jaunes ! Donc, mes choix s’orientent plutôt vers des rosiers à fleurs blanches, crème, rose pâle ou à fleurs bicolores comme ‘Variegata di Bologna’, ‘Honorine de Brabant’, ‘Ferdinand Pichard’ qui sont très originaux et plaisent beaucoup aux visiteurs.

Quels sont les autres éléments remarquables des jardins de la Croze ?

Nous avons aussi un beau verger qui, avec le potager, constitue un bel ensemble vivrier. Vous pourrez aussi voir une petite pièce d’eau, un réservoir ancien, des rosiers grimpants sur des structures métalliques, une charmille, une collection d’iris et beaucoup de pivoines.

©Didier Hirsch
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Les Jardins de la Croze sont situés dans le Parc naturel régional du Livradois-Forez (Puy-de-Dôme). 4 Rue de la Croze, 63160 Billom. Tél : 06 88 74 47 34. Jardins ouverts à la visite du 1er mai au 1er novembre.

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