La fresque de la biodiversité

Fresque de la biodiversité

Géraldine Vuillier est co-créatrice de la Fresque de la biodiversité, avec son frère Geoffrey. Grâce à l’association du même nom, qu’elle préside, elle fait de la sensibilisation aux enjeux du climat et de la biodiversité. 

Géraldine VuillierJ’ai toujours eu une sensibilité particulière face au vivant. Après plusieurs expériences professionnelles en France et à l’étranger, j’ai découvert La Fresque du climat, avec mon frère, et nous avons décidé de créer un outil similaire sur la biodiversité. Le sujet nous tient à cœur et le format nous apparaissait idéal pour donner à comprendre à la fois la richesse, la complexité des interactions et les enjeux.

En pleine dissonance cognitive, j’ai quitté mon travail pour m’y consacrer.

La fresque de la biodiversité

Mon dernier poste était en marketing pour l’œnotourisme. Je n’ai pas appris grand-chose, mais là j’ai pu constater au quotidien les causes et le conséquences des atteintes à la biodiversité. Auparavant, j’avais travaillé en radio, dans l’hôtellerie au Cambodge après un diplôme obtenu à Sciences Po. J’ai découvert en travaillant sur la Fresque de la biodiversité l’incroyable richesse de l’intelligence collective. C’est une façon de co-construire ludique et une pédagogie formidablement enthousiasmante.

Adapter la Fresque du climat

C’était une gageure d’adapter la Fresque du climat pour en faire une Fresque de la biodiversité à la hauteur. Nous avons pris des bouts de papier. Nous avons écrit dessus pour répertorier tous les sujets qui nous venaient à l’esprit et nous semblaient importants. On a commencé par tout ce dont nous avions envie de parler. On est parvenu à un nombre de sujets très très important.

La fresque de la biodiversité : animation
©fresque de la biodiversité

Méthode pour la Fresque de la biodiversité

Une fois tous nos sujets sur nos morceaux de papier, nous avons commencé à relier les sujets entre eux. Nous avons coupé, complété, organisé et Charles Sirot, un des co-fondateurs de la Fresque du climat s’est joint à nous. Son expérience nous a été très précieuse pour consolider la structure.

Puis, nous sommes entrés dans une phase de tests afin d’évaluer ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas. Nous avons ajouté ou modifié des cartes. Nous avons dû aller à la pêche aux informations car le rapport de l’IPBES n’était pas encore sorti.

Lorsqu’il est paru, cela a bien contribué à asseoir la structure de la Fresque. Puis, nous avons fait valider l’ensemble par des experts de la biodiversité pour nous assurer de la qualité scientifique de notre travail.

Le jeu de la fresque de la biodiversité

Comme c’est de l’intelligence collective, il se joue en groupe de 5 à 7 personnes (max). Un animateur peut prendre deux groupes en charge, soit une quinzaine de personnes. Nous faisons jouer dans des contextes très divers : en entreprise, dans des collectivités publiques, au sein d’association ou de festivals. Nous animons pour le grand public ou pour des professionnels.

Certains de nos animateurs le font dans leur famille ou auprès de leur amis.

abeille butinant
©Dustin Humes

Un jeu pour tous

Il est conçu pour être joué par tout le monde. Il se conclut par une petite partie dédiée au passage à l’action.

Une animation dure trois heures. Au démarrage, on pose les cartes et on comprend ce qu’est la biodiversité. C’est un mot qui est employé un peu n’importe comment, qui est parfois ressenti comme un peu technocratique, mais ça désigne le Vivant dans toute sa richesse, sa complexité, ses capacités d’adaptation et ses fragilités. Dans cette partie du jeu, on prend conscience de l’importance de cette biodiversité et à quel point elle est fondamentale pour nous.

Cela permet d’aborder son érosion et les conséquences désastreuses que cela entraîne. On voit que les esprits sortent de l’engourdissement dans lequel nous ont plongés ces dernières décennies.

Enfin, on parle de l’action. Cette partie-là est adaptée en fonction du public et du contexte.

Participer à un atelier – La fresque de la biodiversité

Géraldine VuillierNous travaillons sous licence Creative Commons. Dès lors que l’animateur, formé par nos soins, est bénévole, que l’évènement est gratuit et ouvert à tous, on entre dans une logique de prix libre et conscient. C’est-à-dire un mode de paiement qui consiste à laisser à l’acheteur le libre choix du montant en fonction des éléments à sa disposition (nombre d’heure de travail, charges, achat…) et de l’évaluation qu’il en fait, mais aussi de ses propres moyens. L’idée est que cette rémunération permet de financer les activités de l’association et de contribuer à la diffusion des infos. On poursuit ainsi le passage de relais.

En entreprise, c’est différent

Il s’agit d’une prestation qui s’apparente davantage à du consulting. C’est donc en fonction de chaque animateur. 600 intervenant.e.s ont été formées à cette date en France, mais aussi en Belgique, en Suisse, au Canada, au Portugal …

Des animateurs aux profils variés

Géraldine VuillierDes passionné.e.s de biodiversité, des jeunes et des moins jeunes qui veulent s’engager, des profs, souvent des profs de Sciences et vie de la terre (SVT), mais on a reçu des sages-femmes, des écologues, des économistes et des financiers en rupture de bans, des juristes et des managers, des vignerons  …

Parmi ceux qui viennent, il y a beaucoup de gens en transition, après ou juste avant une démission et changement de vie. Mais, on a eu la bonne surprise d’animer des salariés qui prennent sur leur temps personnel parce que tout ça les inquiète.

La biodiversité : un sujet majeur

Géraldine VuillierPour moi, c’est un sujet central parce que nos vie en dépendent intégralement. Mais c’est aussi un sujet complexe et pour la médiatisation, les sujets plus simples à traiter l’emportent toujours. Le climat, ça se mesure et la création du GIEC en témoigne. On compte en degrés, en mètres, en tonnes de CO2. C’est plus facile à expliquer et à rendre imaginable. Et puis quand on a trop chaud ou très froid, quand on est inondé, ça se voit tout de suite.

La biodiversité, c’est plus difficile parce que les insectes ont mauvaise presse, et que lorsqu’il y en a moins, on ne pense pas en souffrir. C’est beaucoup moins aisé à appréhender, en particulier pour les citadins mais pas seulement. La biodiversité, c’est systémique. Il est très compliqué d’extraire un élément.

Une image gnangnan

C’est un concept aussi victime d’une image un peu mièvre. Un truc de gentil naturaliste et de fillette qui aime les dauphins et les papillons. Alors, parvenir à expliquer que c’est extrêmement sérieux, que la situation actuelle questionne de façon urgente notre rapport au Vivant et la cohabitation que nous mettons en place avec les autres espèces !

La Fresque de la biodiversité nous confronte à des siècles d’histoire et de philosophie qu’il nous faut remettre en cause. C’est un exercice intellectuel passionnant mais bien entendu, un peu déstabilisant. C’est pourquoi, cette forme ludique est parfaitement adaptée pour dédramatiser, sans renoncer au sérieux.

+ de 10 000 participants à la Fresque de la biodiversité

Un peu plus de 10 000 personnes ont déjà participé à l’atelier et les retours sont en principe très positifs. Au départ, beaucoup d’entre eux avaient déjà été joueurs d’une Fresque du climat où ils avaient entendu parlé de la Fresque de la biodiversité.

Et comme souvent, le bouche à oreille fait son travail. Nous animons aujourd’hui des groupes constitués des personnes complètement nouvelles, venus comprendre les enjeux de la biodiversité dont on ne parle pas assez !

Chatons
©Isabelle Vauconsant

Un sujet resté en arrière-plan

Si le climat est un sujet quotidien, la biodiversité reste parfois un thème mal compris, pas assez mis en relation avec les conséquences sur le climat, sur l’eau, sur les sols, sur l’air. La biodiversité est un mot qui parfois sonne un peu creux dans l’oreille de nos concitoyens. Pourtant, il recouvre les notions les plus concrètes qui soient mais aussi sans doute les plus complexes.

Il est fondamental de faire entendre que lorsqu’un sol est mort, qu’il n’est plus habité par les insectes, les champignons et les bactéries, il ne peut plus produire une nourriture saine. Et qu’alors, on y déverse des produits chimiques qui, combinés les uns aux autres, sont délétères pour la santé des animaux et des humains (qui sont des animaux aussi). À partir du sol, se reconstituent des écosystèmes qui permettent de produire des aliments sains, de relancer le cycle de l’eau, donc la pluie, et ainsi d’arrêter les effets du réchauffement.

Il est important de ne pas confondre une plantation d’arbres monospécifique avec une forêt. Une forêt est un écosystème très riche et très utile à la préservation des sols, du climat, de la faune …

Et presque tous les sujets de biodiversité sur terre comme sur mer mènent à des relations causalités/conséquences sur le climat, la santé, la vie et … le bonheur !

Géraldine Vuillier Il n’y a pas une entreprise qui n’ait pas au moins une dépendance , voire plusieurs, à la biodiversité en termes d’approvisionnement comme d’impact. Il est donc absurde de ne considérer le vivant que comme une ressource !

Une expérience pleine d’émotions

Ce travail commun, par le jeu, réveille des émotions très belles. Les participants peuvent être en colère, avoir peur et même pleurer face au constat. Mais beaucoup d’entre eux ressortent en se disant qu’ils sont en capacité d’agir, qu’ils se sentent rassérénés. Ils se retrouvent en puissance pour conduire un changement à la fois individuel et collectif.

On a parfois des grands-parents inquiets pour leurs enfants et leurs petits enfants. Lorsqu’ils ont grandi avec le Vivant autour d’eux, ils savent qu’on apprend mieux au contact de la nature que dans des univers bétonnés.
La Fresque de la biodiversité existe pour les collégiens, un peu moins détaillée sur les risques de conflits armés ou de famines, et ils sont hyper réceptifs !

Ceux qui ont déjà participé à la Fresque du climat ont pris une “grande claque” à ce moment-là, et du coup sont moins surpris.

Géraldine Vuillier Pourquoi je fais ça ?

Parce que je n’ai pas envie de vivre dans un monde où il n’y a plus de girafes !

Les co-auteurs de la Fresque du climat

Géraldine et Geoffrey Vuillier et Deloitte, parce qu’au même moment, ils se sont aperçu qu’ils développaient un même outil. “On a trouvé plus pertinent de fusionner”.

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