Génération bascule !

Basculons, avec Tanguy Descamps
Basculons, avec Tanguy Descamps
Basculons, avec Tanguy Descamps
Dans Quel État J'Erre
Génération bascule !
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Ils ont entre 18 et 33 ans. Ils quittent leurs emplois, sèment, militent, refusent. Dans Basculons !, une trentaine de jeunes racontent pourquoi la bifurcation n’est pas un luxe : c’est une nécessité.

Ce n’est pas un manifeste de plus. Basculons ! Dans un monde vi(v)able est autre chose : un recueil de voix vives, parfois tremblantes, toujours déterminées. Une trentaine de jeunes entre 18 et 33 ans y prennent la parole. Ils décrivent le moment précis où quelque chose a cédé en eux.

Ce moment a un nom : la bifurcation. Un carrefour intérieur où l’on choisit de déroger à la trajectoire convenue. Quitter un cabinet de conseil pour apprendre à greffer des arbres. Refuser un CDI pour rejoindre un écolieu. Écrire une lettre de démission plutôt qu’un rapport d’activité.

Basculer, un livre
©Isabelle Vauconsant

« Nos non sont des oui »

Le livre s’ouvre sur une provocation tranquille. Ces jeunes ne se posent pas en victimes. Ils se vivent en fondateurs. Fondateurs d’autre chose.

« Si nous bifurquons, c’est pour tracer de nouveaux chemins et construire d’autres ports d’attache. Nous devenons révoltés : nos non sont des oui. »
– Extrait collectif, Basculons !

La formule dit tout. Ce refus n’est pas une fuite. Il est une fondation. Refuser le monde tel qu’il va, c’est déjà poser les pierres d’un monde autrement.

Les récits sont pluriels, volontairement. Militantisme, agroécologie, ateliers de sensibilisation, grèves climatiques, reconversions radicales : le livre ne propose pas une voie unique. Il documente une effervescence. Celle d’une génération qui cherche, parfois à tâtons, les contours d’un engagement praticable.

Champ avec un épouvantail • sol labouré • pays de la Loire
©Isabelle Vauconsant

Le sens contre le système

Un fil rouge traverse les témoignages. Il tient en une phrase, sans appel :

« Nous comprenons que réussir sa vie dans un système qui la détruit n’a aucun sens. »
– Voix collectives, Basculons !

Cette phrase n’est pas un slogan. Elle est un diagnostic. Et à partir de ce diagnostic, tout devient possible. Ou plutôt : nécessaire.

Car le livre pose une question qui dépasse les portraits individuels : ces bifurcations forment-elles un mouvement de fond ? Ou demeurent-elles des épiphénomènes face à un capitalisme structurellement destructeur ?

La réponse n’est pas tranchée. Et c’est peut-être là la force de l’ouvrage. Il ne prétend pas résoudre. Il témoigne. Il pointe. Il invite.

Une transition qui ne doit pas rater son équité

L’un des enjeux les plus saillants est celui de la justice sociale. La transition écologique peut être belle. Elle peut aussi être injuste. Les auteurs le savent.

Changer de vie suppose des ressources. Du temps. Un filet de sécurité. Ce privilège n’est pas universel. Le livre le dit sans détour : si la bifurcation reste une affaire de classes moyennes éduquées, elle échouera. La planification doit être démocratique. L’écologie doit être populaire — ou elle ne sera rien.

De même, la croissance verte est questionnée. Aucun des récits ne valide l’idée d’un capitalisme simplement verdifié. Le découplage entre expansion économique et destruction écologique ? Il n’a pas été prouvé. L’honnêteté intellectuelle du collectif sur ce point est notable.

Des territoires comme laboratoires

Ce que le livre montre aussi, c’est la puissance du local. Les territoires ne sont pas des décors. Ce sont des terrains d’expérimentation. Écolieux, fermes en agroécologie, coopératives alimentaires, tiers-lieux : les pratiques concrètes s’y inventent avant d’être théorisées.

« Nous promouvons des modes de vie plus sobres en carbone et plus riches en joies, plus respectueux et attentifs au vivant, coopératifs plutôt que compétitifs. »
– Voix collectives, Basculons !

La sobriété n’est pas présentée comme un sacrifice. Elle est une reconquête. Celle du temps, du lien, du sens. La joie est un argument politique.

Un livre à lire, à débattre, à transmettre

Basculons ! n’est pas sans limites. Son registre militant peut rebuter un lecteur sceptique. Il propose peu de réponses systémiques. C’est davantage un état des lieux qu’un programme.

Mais c’est précisément ce qui le rend précieux. Il ne surplombe pas. Il témoigne. Et ce témoignage, multiplié par trente voix différentes, dessine quelque chose de rare : un portrait générationnel qui n’est ni résigné ni naïf.

Pour un enseignant, un animateur, un professionnel de la transition – ce livre est une ressource. Pour comprendre où en est cette génération. Pour comprendre ce qu’elle cherche. Et peut-être pour mieux l’accompagner.

Parce qu’au fond, la bascule dont il parle ne concerne pas seulement les jeunes de 18 à 33 ans. Elle nous concerne tous.

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Champ d'iris ©Marie Pitbd
Champ d'iris ©Marie Pitbd