Ce week-end du 5 et 6 mai se tient la dixième édition d’Esprit Jardin à Versailles. Pendant cette manifestation, Antoine Jacobsohn, directeur du Potager du Roi depuis 2007, se transforme en guide. Nous l’avons suivi, avec grand intérêt, l’an dernier. Antoine est un raconteur né, ses visites fourmillent d’anecdotes et des petites histoires de la Grande Histoire. Morceaux choisis…

Déchets d’hier et d’aujourd’hui

“La Charrette”, 1641, Louis Le Nain, Musée du Louvre.

À l’angle de la Rue Hardy et du Maréchal Joffre se trouvait le fumier utilisé au potager. Au XVIIe, on utilisait les déchets de la ville pour nourrir le jardin. De nos jours, on nous demande de recycler au maximum nos déchets, de faire notre compost. Les enjeux de l’agriculture contemporaine actuelle ne font que reprendre ce qui se faisait naturellement avant. 

Savez-vous pourquoi les rues aux XVIIe et XVIIIe étaient incurvées en leur milieu (de nos jours, elles sont légèrement bombées) ? À l’époque, les charrettes étaient équipées de grandes roues ferrées (entre 1,60 m et 1,80 m). Les essieux étaient haut placés ce qui permettait d’accumuler de nombreux déchets au milieu de la voie. À l’époque, les gens payaient pour avoir l’autorisation de ramasser ces déchets organiques qu’ils revendaient aux agriculteurs et maraîchers. Aujourd’hui, nous payons pour que d’autres les ramassent, les détruisent ou les transforment. 

Une petite porte blanche

Rue Hardy toujours, on peut voir une petite porte incluse dans un mur d’origine du XVIIe. C’est là, à travers cette toute petite porte que les jardiniers du Potager du roi distribuaient aux pauvres de Versailles les légumes et les fruits que le monarque décidait de leur donner. La Rue Hardy porte le nom du premier directeur de l’École nationale d’Horticulture. Elle s’appelait auparavant Rue… du potager. Au N°4, l’entrée est toujours celle des jardiniers aujourd’hui.

Nous vivons dans un palimpseste !

Un palimpseste, c’est un parchemin que l’on peut gratter pour réécrire dessus. Dans la rue Hardy s’élève un bâtiment construit en 1026 qui accueillit l’École nationale d’Horticulture. Là où vous voyez un bâtiment, moi je vois un espace où il y avait auparavant trois jardins. Avant ces trois jardins, je vois le Parc aux Cerfs et un étang qui s’appelait l’étang puant et sera asséché au XVIIIe… Nous vivons dans un palimpseste.

Si vous regardez la façade de cet immeuble de 1926, vous pouvez constater qu’il est encore écrit École nationale d’Horticulture. Faut-il effacer cette inscription ? Faut-il la conserver puisque l’École a déménagé à Angers en 1995 ? Il serait peut-être plus “juste” d’y graver le nom de l’École nationale supérieure du Paysage qui forme aujourd’hui uniquement des paysagistes…

L’organisation de Versailles ? Simplissime…

Versailles est complexe dans le détail… mais le jardin correspond à l’organisation la plus simple du monde. C’est une grande croix qui reprend les symboles existant dans la culture indo-européenne depuis au moins 3000 ans. Le nord, c’est le sauvage ; le sud, c’est le cultivé ; l’est, c’est l’origine ; l’ouest, c’est le progrès. Le nord dans le jardin était réservé à la chasse, à la nature, on y trouve le bassin de Neptune. Le sud, c’est la mer intérieure, la pièce d’eau des Suisses, tout ce qui est cultivé et domestiqué. Dans le château, le nord est occupé par les appartements du Roi, le Sud était réservé à la Reine…

Les jardiniers, le sexe et fraise

Sachez que si vous rencontrez un jardinier qui ne vous parle pas sexe, ce n’est pas un jardinier. Jardiniers et jardinières  passent leur temps à étudier et manipuler la sexualité des plantes. Monoïque, dioïque, dichogame… sont des mots nécessaires à qui cultive un jardin nourricier. Il faut savoir qui pollinise qui et comment “l’affaire” se passe ! L’exemple du fraisier est emblématique. Amédée… Frézier, espion pour Louis XIV, en mission d’inspection sur la côte Pacifique de l’Amérique du Sud, revient à Marseille en 1714 avec des plants de fraisiers du Chili. Tous les essais d’acclimatation ratent lamentablement et pour cause ! Les plants de Fragaria chinensis rapportés par Frézier sont tous mâles et ne peuvent donc fructifier. Il a fallu attendre le milieu du XVIIIe pour qu’un croisement avec des plants de Fragaria virginiana rouge écarlate donne naissance, à Plougastel, au fruit que nous connaissons aujourd’hui !

 

Antoine Jacobsohn, directeur du Potager du Roi et auteur de “Dialogues avec La Quintinie” (photographies de Alexandre Petzold) assurera deux visites “Privilèges” le samedi 5 et le dimanche 6 à 15 h. Rendez-vous sur le parvis de la Cathédrale Saint-Louis. 

Antoine Jacobsohn et Alexandre Petzold

Au programme (notamment)

  • Samedi à 15 h 30: projection débat du film documentaire de Guillaume Bodin “Zéro phyto, 100% bio”, Auditorium du Potager du Roi.
  • Atelier, démonstrations en permanence sur les stands “Jardimob”, “Pépinières Lecuyer”, “Foutu brin”, “Orchidée 78”, “La Vagabonde & sa Fabrique” ; création de bombes à graines sur le stand du Syndicat Mixte pour la Gestion du Serice des Eaux de Versailles et Saint-Cloud.

 

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