Barret ? Baret ? Baré ? On ne sait pas trop comment s’écrit son nom de famillle. Mais il est sûr qu’elle doit être forcément un peu… barrée cette Jeanne pour s’embarquer en 1767 sur un bateau qui va entamer un tour du monde… alors que les femmes sont strictement interdites à bord.

 

Jeanne Barret en habits de marin

Sa rencontre avec les plantes date de 1764. Philibert Commerson, un botaniste renommé et veuf éploré, l’engage comme gouvernante. Mais comme elle est du genre curieuse, elle lâche souvent son plumeau pour suivre Commerson dans ses herborisations et apprend à classer leurs découvertes.
Le botaniste, toujours veuf, mais plus vraiment éploré grâce à Jeanne, est alors invité à accompagner Louis-Antoine de Bougainville pour le premier tour du monde commandité par Louis XV. Sa mission ? Découvrir de nouvelles plantes utiles et des épices.

Il faut que Jeanne l’accompagne… Mais, gros souci, c’est une femme et les femmes sont interdites sur les bateaux. Qu’à cela ne tienne ! Le 1er février 1767, Commerson se présente à Rochefort pour embarquer à bord de L’Étoile, accompagné de son valet… Jean Barret dit Bonnefoy. Eh oui ! Jeanne est devenue Jean : des cheveux courts, des habits d’homme amples, la poitrine bandée…

Jeanne et Philibert découvrent la bougainvillée

Et coup de chance, en raison de la grande quantité de matériel emporté par Commerson, le capitaine du navire laisse sa cabine au naturaliste et à son assistant…
Et le voyage commence… À chaque escale, Commerson et Jeanne botanisent.

À Rio de Janeiro, ils découvrent un arbrisseau à feuilles persistantes qui porte de somptueuses fleurs violettes : Commerson le nomme Bougainvillea en honneur au commandant de l’expédition.
Buenos-Aires, la Terre de Feu… Jeanne accompagne toujours Commerson dans ses excursions portant armes, provisions, cahier de plantes…

Jardins Majorelle

hipokrat

 

Pas de scandale, mais…

Des rumeurs sur Jean commencent à circuler parmi les membres d’équipage, mais sa force, son travail acharné et son courage font taire les commérages. Et quand certains deviennent trop insistants dans leurs accusations, au point de vouloir la déshabiller, elle explique qu’elle est un eunuque !
Mais à Tahiti, catastrophe ! Un groupe de Tahitiens entoure Jeanne et se met à crier : « Ayenene ! ayenene ! »… fille ! fille ! Comment l’ont-ils découvert ? Mystère ! Il n’empêche que Bougainville, au courant de la mésaventure, convoque Jeanne… qui avoue tout. Bougainville voulant éviter de créer tout scandale et reconnaissant que Jeanne avait tout de même fait un excellent travail ne prend aucune sanction… mais exige juste qu’elle n’occupe plus la cabine de Commerson et qu’elle continue à s’habiller en garçon.

 

Une fleur en hommage

Commerson et Jeanne sont tout de même débarqués avec leurs caisses botaniques à l’Île de France (ancienne île Maurice) où ils continuent leurs découvertes durant des années. Commerson dédie même à Jeanne un arbuste aux caractères sexuels douteux en le nommant Baretia bonnafidia. Il écrit dans ses notes : « Cette plante aux atours ou au feuillage ainsi trompeurs est dédiée à la vaillante jeune femme qui prenant l’habit et le tempérament d’un homme eut la curiosité et l’audace de parcourir le monde entier, par terre et par mer, nous accompagnant sans que nous-mêmes ne sachions rien. Tant de fois, elle suivit les pas de l’illustre Prince de Nassau, et les nôtres, traversant avec agilité les plus hautes montagnes du détroit de Magellan et les plus profondes forêts des îles australes […]. Elle sera la première femme à avoir fait le tour complet du globe terrestre, en ayant parcouru plus de quinze mille lieues. Nous sommes redevables à son héroïsme de tant de plantes jamais récoltées jusqu’alors, de tant de collections d’insectes et de coquillages, que ce serait préjudiciable de ma part, comme de celle de tout naturaliste, de ne pas lui rendre le plus profond hommage en lui dédiant cette fleur. »

La première femme à avoir fait le tour du monde

Photo Michel Labatut

En 1773, Commerson meurt d’une pleurésie. Quelque temps plus tard, Jeanne se marie avec un militaire et peut enfin rentrer en France en 1776. C’est ainsi qu’elle devient la première femme à avoir effectué un tour du monde ! Dans ses bagages, elle rapporte toutes les découvertes qu’elle a faites avec Philibert Commerson : soit 30 caisses comportant 4000 espèces de plantes dont 1000 nouvelles. Le roi de France, Louis XVI, accueille Jeanne à bras ouverts et reconnaît son travail de botaniste en lui versant une pension de 200 livres.
Jeanne Barret meurt en 1807, à l’âge de 67 ans. L’histoire ne dit pas si elle a passé ses dernières années à arpenter la campagne à la recherche de nouveaux joyaux…

Elle est inhumée en Dordogne, à Saint-Aulaye. 

En 2012, cette femme extraordinaire a refait parler d’elle. En effet, la plante que son amant lui avait dédiée ne portait plus son nom. Alors pour contrer cette injustice, un botaniste américain a baptisé une plante grimpante d’Amérique du Sud, dont les fruits ressemblent à des tomates, Solanum baretiae ! Une vraie reconnaissance !

 

 

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2 Réponses

  1. Jean-Marie Florent

    Tu m’as devancé, André !
    Jeanne Barret pousse très bien dans mon jardin mais n’a pas encore fleuri. J’espère pour l’année prochaine !

    Répondre
  2. hortensiartois André Dieval

    ne pas oublier une plante baptisée à Locon en 2014 , petiolaris ‘Jeanne Barret’ , je tenais personnellement à lui rendre hommage .
    l’origine de ce petiolaris vient de la pépinière Crüg Farm (Pays de Galles)

    Répondre

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