Cuba : être fleuriste à Cienfuegos…

 

Lors de mon dernier voyage dans la grande île et plus particulièrement à Cienfuegos, j’ai fait une rencontre touchante: celle de Niurka Alonso Perez, la première fleuriste jamais installée dans cette ville. Une grande aventure pour cette jeune femme (comme pour tous les nouveaux entrepreneurs à Cuba). Elle a commencé il y a un mois et demi !

Cienfuegos est un peu la perle oubliée de la côte sud de Cuba, une ville remarquable par ses monuments et qui frappe par son élégance particulière. Créée au XIXe siècle par un aventurier bordelais, elle est un peu différente des autres cités “coloniales”,  plus française qu’espagnole.

À Cienfuegos, on paresse volontiers sur la Grand-Place, à l’ombre des vieux fromagers… Mais on aime aussi la comédie et la mode comme l’attestent le grand théâtre et un magasin de vêtements un peu désuet du centre-ville baptisé La Francia moderna (la France moderne)Peut-être apprécie-t-on, ici plus qu’ailleurs, les plantes et les fleurs pour décorer sa maison, conformément à un certain raffinement « à la française »… ? Le plus beau Jardin botanique de Cuba ne se trouve qu’à quelques kilomètres…

 

La grand-place avec ses vieux fromagers, ses palmiers et ses flamboyants ©V.Collet

Un soir, alors que je descendais l’avenue menant à la mer, je suis tombée sur une petite boutique aux murs immaculés, vivement éclairée et avec quelques drôles de mini-plantes sur les étagères… C’est le tout nouveau paradis de Niurka Alonso Perez. Comme l’autorise, depuis quelques années, l’ouverture du gouvernement à l’économie de marché et comme beaucoup de jeunes entrepreneurs à Cuba, elle a créé ce commerce de fleurs « à son propre compte ». Et compte bien sur le nouveau pouvoir d’achat de certains Cubains pour faire fortune… 

 

HORTUS FOCUS : Quand as-tu ouvert cette boutique ?

NIURKA ALONSO PEREZ : Le 10 octobre dernier. À Cienfuegos, auparavant, on trouvait bien quelques fleurs et orchidées à acheter sur le Boulevar (la grande rue piétonne), mais nous sommes la première boutique de fleurs dans notre genre, avec nos spécialités. Nous faisons des arrangements floraux pour toutes sortes d’occasions : pour les naissances, les mariages, les “quinze ans” (un âge donnant lieu à une grande fête pour les filles), les funérailles… On fait des bouquets, on pique des fleurs dans de la mousse, on fait des décorations en pots pour décorer des réunions ou des assemblées…

Le nom de la boutique s’appelle Eden. C’est une idée qui m’est venue du fait que ma mère aime beaucoup les fleurs. Elle est pour moi une référence dans ma vie et je voulais lui rendre hommage d’une certaine manière. Elle vit toujours et elle m’a beaucoup soutenu pour ouvrir la boutique.

Que faisais-tu avant ?

Eden ©Valérie Collet

Je suis sociologue et j’ai exercé ce métier pour le gouvernement de la province pendant de nombreuses années, notamment comme sociologue du travail. Jusqu’il y a peu, je travaillais dans une raffinerie de pétrole. Et puis, finalement, le métier de fleuriste m’a attiré, il me plaît davantage.

J’aime beaucoup les fleurs, les plantes, les cactus, l’énergie qu’ils transmettent; j’aime bien aussi me trouver dans un lieu propre, confortable, joli, avec des choses qui plaisent aux gens. Préparer une décoration et voir l’admiration que les clients ressentent devant elle me donne beaucoup de satisfaction. C’est pour ça que j’ai décidé d’ouvrir le magasin malgré tout le travail que cela demande en particulier au début, pour aménager le lieu.

 

Loues-tu ce local ou est-ce qu’il t’appartient ?

Je le loue. Mais quand je suis arrivée, j’ai dû tout réaménager, fabriquer les étagères, refaire l’éclairage pour que tout soit à mon goût. Ma famille, mes amis, tout le monde s’y sont mis!

Tu as toujours aimé les fleurs?

Cactus ©V.Collet

Ma mère adore les fleurs et les plantes, ma grand-mère aussi, ce qui m’a certainement donné ce goût. Elles ne sont plus toutes jeunes aujourd’hui, mais avec leur expérience, elles m’aident beaucoup ; ce sont elles qui sèment. De même Teresa et Maria Helena qui travaillent avec moi, sont de vraies expertes ; elles ont des terrasses chez elles avec plein de plantes et ont beaucoup d’idées pour la décoration et les arrangements floraux. Mais je dois dire que ce qui me plaît aussi dans tout ça, c’est d’avoir ma propre affaire!

Que vends-tu exactement?

Nous avons des lys, des glaïeuls roses, des glaïeuls orange ou saumon; parfois des oiseaux de paradis qui sont très solides et durent longtemps. J’ai aussi des bégonias, des cactus simples et des cactus greffés qui forment de petites compositions. Certains ont déjà plus d’un an et ont bien pris. J’en ai qu’on appelle « colas de monos » (queues de singes) en raison de leur forme. 

Le plus difficile, c’est les roses ! Avec la chaleur, pour qu’elles se maintiennent, on est obligés de couper très souvent leur tige et de changer tout le temps l’eau. Certaines personnes y ajoutent un peu de chlore ou de la glace pour que les fleurs durent un peu plus ; en fait, elles ne durent pas longtemps à cause du climat. Mais comme dit le poète (et un petit écriteau dans le magasin): “Une fleur est éphémère, mais la joie qu’elle donne en une minute fait partie de ces choses qui n’ont pas de début et pas de fin… Il y a toujours des fleurs pour celui qui veut bien les voir…”

Patio de l’hôtel La Union ©V.Collet

Certains cactus valent 8 voire 12 CUC (8 à 12 €). C’est cher pour les Cubains. Qui sont tes clients ?

Les gens aiment de plus en plus avoir une terrasse ou un patio avec plein de plantes. Ceux qui louent des chambres aux touristes par exemple. Ils achètent aussi des bouquets pour décorer leur salle à manger ou leur salon, comme vous dites en français. Nous vendons aussi des fleurs séchées ; certaines personnes nous en ont demandé. Parmi nos clients, on a aussi quelques étrangers qui font des petits cadeaux à leur amoureuse.

Vous achète-t-on des fleurs en lien avec la religion, notamment la  santeria (la religion afro-cubaine) ?

La Vierge noire de N.D. de Regla ©V.Collet

Oui, on m’achète surtout des fleurs blanches et des tournesols. Les gens les achètent pour faire des offrandes à leurs « orishas » (saints). A chaque saint correspond une couleur et donc une fleur. Je n’y connais pas grand-chose, mais je sais que Oshun (liée à la Vierge de la Charité du Cuivre) aime les fleurs jaunes ; Chango (Sainte Barbara) aime les rouges. Et Yemaya, la déesse de la mer liée à la Vierge noire de Regla, les bleues.

Avez-vous déjà du succès?

Cela fait un mois qu’on est ouvert et, oui, nous avons déjà bien travaillé, même si les gens nous connaissent peu. Je pense qu’on aura de plus en plus de clients parce que nous avons distribué pas mal de cartes de visite et nous avons fait de la publicité. Nous avons aussi une page Facebook. Plus tard, je veux vendre plus de plantes vertes, des grandes avec des palmes. Juste derrière, avant la maison de la voisine, on a un petit coin pour transplanter certains végétaux. On essaiera en janvier quand on sera un peu plus lancées !

 

FLEURISTERIE EDEN:  n°4214e de la 37e rue, entre la 42e et la 44e rue, Cienfuegos. Tél. : 5 275 1867 et 43 51 6767

 

DORMIR A CIENFUEGOS

Hôtel La Union**** :  joli style colonial avec patio fleuri, terrasse, piscine et toutes les commodités. Renseignements pratiques : ICI

SE RESTAURER A CIENFUEGOS

El Palacio de Valle : pour le cadre exceptionnel de cet ancien palais mauresque (vue superbe depuis sa terrasse ; cuisine correcte). Adresse : reparto Punta Gorda, 55100 Cienfuegos

ALLER A CIENFUEGOS : Air France propose un vol quotidien Paris-La Havane. De la Havane, 250 km par la route! 

Pour découvrir l’agriculture bio à Cuba ou la vie d’autres habitants de l’île, vous pouvez lire mon livre, “Portraits de la Havane”, paru chez Hikari.

 

 

 

 

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