Des Rubans éphémères dans les jardins de Vaux-le-Vicomte

 

Face au dépérissement fatal des buis de son jardin à la française, le château de Vaux-le-Vicomte, joyau du XVIIe siècle, a pris la décision audacieuse de les remplacer par une œuvre de Patrick Hourcade : les Rubans Ephémères. Cette installation d’un bel effet souffle sa première bougie en ce printemps. Elle devrait rester de 2 à 5 ans, le temps de trouver une solution définitive. Nous avons interrogé l’artiste.

 

Vaux-le-Vicomte - Patrick Hourcade

Patrick Hourcade ©V.Collet

Comment en êtes-vous venu à réaliser ce projet ?

Patrick Hourcade: L’idée de remplacer les buis par une œuvre d’art était une idée du château ou plus exactement de la famille de Voguë, propriétaire du domaine. Je ne suis pas du tout une bête à concours. Je déteste les concours. Mais j’ai accepté de participer à celui-ci, car j’ai toujours aimé Vaux-le-Vicomte. Je connaissais les lieux depuis mon enfance et j’avais envie d’aider. J’aime défendre les maisons. Par exemple, j’ai aidé Karl Lagerfeld pendant des années à faire son château en Bretagne.

Quelle a été l’idée pour ces Rubans éphémères ?

Au départ, quand ce jardin a été créé au XVIIe siècle, vous avez un homme de génie, Le Nôtre, dont la spécialité est les perspectives. Comme on a pu le voir dans une récente exposition, avec lui, on n’est pas dans le questionnement « Est-ce qu’on met un oranger à côté d’un petit rosier ou d’un petit laurier ? ». Non. Son intérêt porte sur l’ensemble des terrains, sur l’effet de perspective du paysage dans son ensemble. Pour moi, la grande priorité a donc été de respecter cet environnement large tel qu’il l’avait été à partir et autour de ce château.

Ma deuxième préoccupation a été purement archéologique, car malheureusement les broderies de André Le Nôtre n’ont pas existé très longtemps étant données les douloureuses péripéties qui sont arrivées à la famille Fouquet. Un jardin, s’il n’est pas entretenu, meurt. Aussi, autour de 1700, il ne devait déjà plus y avoir de broderies.

Vue aérienne des Rubans éphémères

Les Rubans Ephémères des parterres des boulingrins ©V.Collet

Quand le jardin renaît-il ?

Les XVIIIe et XIXe siècles passent. Enfin, dans les années 1920, les propriétaires se sont consacrés à cette maison et ont donné les moyens pour rétablir quelque chose d’intéressant. Ils se sont alors adressés à Achille Duchêne. Achille Duchêne est un homme remarquable dans son genre. Il a eu l’intelligence de reprendre certains dessins de Le Nôtre d’avant Versailles, des dessins très compliqués, très baroques, très orientalistes qu’il a voulu simplifier. Ainsi, il a trouvé avec beaucoup de bonheur ce dessin d’arabesque.

Dessin d’arabesque que vous avez repris…

L’arabesque, comme son nom l’indique, vient de l’arabe. Elle se compose d’une courbe et d’une contre courbe, mais n’est pas du tout un motif naturel. C’est un dessin mathématique. Quand la charge m’est revenue de revoir tout cela, je me suis dit allons plus loin, et à l’aune d’aujourd’hui, c’est-à-dire en utilisant les nouvelles technologies. Nous avons numérisé ces dessins nous les avons étudiés. Puis interprétés.

Vaux-le-Vicomte - plaques des Rubans et château

Les Rubans Ephémères ©Valérie Collet

Vos Rubans éphémères se composent de 390 plaques de Dibond. Pourquoi ce matériau ?

Ça fait longtemps que je l’observe. C’est une sorte d’aluminium léger qui ne voile pas. Je l’ai capté quand je suis allé visiter le Louvre Lens que j’aime beaucoup. Ses parois intérieures et extérieures sont en Dibond et c’est très beau.

En utilisant la plaque de Dibond, on a un reflet doux, un spectacle permanent puisque le ciel qui s’y reflète ne cesse de changer. C’est une “sculpture vidéo”. Quand il y aura de grandes fêtes, des illuminations et des feux d’artifice, ces réflecteurs témoigneront très bien de tout cela.

L’œuvre a-t-elle été compliquée à monter ?

Nous avons eu quelques contraintes, celles du cahier des charges. Comment éviter de couper la tête des visiteurs avec ces plaques… ? Nous avons décidé de les brocher chacune individuellement dans le sol. Et puisque maintenant nous subissons les extravagances de la météorologie, nous avons aussi dû mettre des coupe-vent. Pour éviter que l’eau ne stagne sur la plaque, il fallait créer une légère pente. Tout a été très étudié. Y compris l’espace entre les plaques qui finalement a été fixé à 1,5 cm.

L’œuvre de près est très sophistiquée. Elle est aussi très minimaliste. On n’est pas du tout dans l’exubérance, mais dans le détail et la simplification extrême. Dans une considération très épurée du travail des anciens revu à l’aune d’aujourd’hui et avec une dimension féérique et onirique.

Spirale des Rubans éphémères

©Valérie Collet

Combien de temps avez-vous mis pour mettre au jour le projet ?

La prise de l’arabesque et mes différentes études, tout en faisant d’autres choses à côté : 3 mois. Je suis quelqu’un de très rapide (j’ai appris ça avec Karl Lagerfeld) et non dubitatif. Mais on peut m’influencer, j’écoute beaucoup les gens à commencer par les enfants. J’ai des équipes qui travaillent pour moi. Cela ne me pose aucun problème de déléguer.

Aujourd’hui l’œuvre est en place et elle apparaît presque comme une évidence…

Merci, c’est très flatteur pour moi. Peut-être moins pour les buis ! Je fais de la photo, de la vidéo et maintenant je suis très impliqué dans des projets de sculpture monumentale. Cette réalisation a été passionnante pour moi, car j’y ai retrouvé un des grands plaisirs de mon art : la réflexion. Je n’aime pas l’art « joli ». Pour moi, il doit avoir une signification par son iconographie ou son sens. Il faut qu’il y ait du sens. Face à un artiste, je me demande toujours pourquoi fait-il ça. Il faut dire que j’ai une formation d’historien de l’art.

Vos Rubans éphémères ne sont, en principe, pas destinés à rester très longtemps ici. Quel est leur avenir ?

Pour les financer, l’idée a été de proposer une participation au public. Il peut acheter les plaques séparément (chacune est signée) à un prix variable. Celles-ci se retrouveront donc chez les gens à l’avenir. On les posera sur le mur telles qu’elles sont là. Elles ont un reflet doux, une inclinaison, une forme particulière et selon la façon de les accrocher, elles prendront tout leur caractère.  

Château de Vaux-le-Vicomte, 77950 Maincy. Vous pourrez visiter les lieux dès la fin du confinement. Pour les renseignements pratiques, cliquez ICI

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