Pas facile de renoncer à ses buis… Qu’ils soient jeunes ou centenaires, taillés ou libres, c’est un crève-coeur de renoncer à ses arbustes dévorés par les chenilles de la pyrale du buis. Alors, on se bagarre. Pièges à phéromones, pulvérisation de bacille de Thuringe, introduction de trichogrammes dans les arbustes… Les moyens de lutte existent, y compris des recettes “maison”. Mais si vous décidez de vous passer des buis, que planter ? Les conseils du pépiniériste Laurent Châtelain.

Hortus Focus. Peut-on, en premier lieu, faire un point sur  les recherches autour de la pyrale et du buis ?

Laurent Chatelain. Les chercheurs ont examiné environ 200 espèces et variétés de buis et ils sont, malheureusement, arrivés au constat suivant : la pyrale s’attaque à tous les Buxus. Sans exception. Les chenilles s’attaquent à toutes les espèces. Ils n’ont trouvé aucun buis qui résiste à l’appétit des chenilles. Pas moyen donc de prélever un ADN, de travailler sur les croisements génétiques. 

Les recherches sont-elles arrêtées ?

Non ! Astredhor, l’Institut technique de l’horticulture, continue de travailler sur la pyrale et le buis. Mais actuellement, on est bloqué. On sait qu’il existe un ou deux insectes prédateurs, mais on ignore encore ce qu’il peut se passer si on les lâche dans la nature. Importer un insecte, procéder à des lâchers, c’est risqué. Voyez ce qu’il s’est passé avec la coccinelle asiatique, importée pour dévorer les pucerons et qui a menacé nos coccinelles endémiques. 

©Eileen Kumpf

Que faire alors si on doit se résoudre à arracher ses buis ?

Il ne sert à rien, donc, de replanter d’autres buis. Il faut choisir d’autres végétaux qui peuvent avoir un “look” de buis, se tailler comme lui, s’entretenir facilement. Mais attention, l’alternative ne sera jamais aussi durable que le buis qui peut vivre des dizaines voire des centaines d’années. Au jardin Albert Kahn, à Boulogne-Billancourt (92), j’ai déplacé des buis de 150 ans et qui ont supporté parfaitement la transplantation. Pas sûr que d’autres végétaux se seraient aussi bien tenus. D’autre part, il faut bien choisir ses plantes en fonction du pédoclimat, c’est le climat interne du sol. On n’aura pas le même choix si on cherche une plante pour la pleine terre ou pour un pot, si on jardine au Nord ou au Sud, sur le littoral ou à la montagne. 

If doré ©Nickos

Quelles sont les différentes alternatives ?

  • On connait bien l’if (Taxus), plante séculaire, très résistante. On le voit beaucoup dans les jardins, y compris les jardins historiques. On peut en faire des cônes, mais aussi des boules ou des moutonnements.
  • Les houx crénelés (Ilex crenata) sont une autre possibilité ; ils sont bien adaptés à la culture en pot, car, en pleine terre, ils ont tendance à se déplumer. Ils tiennent le froid jusqu’à – 15°C / – 20°C. Ils supportent très bien les grosses chaleurs, même jusqu’à 40°C, en plein cagnard, sur une terrasse ou un balcon. Le terreau doit être drainant et un peu acide. 
  • Pour faire des petites boules ou des petites haies en pleine terre (0,30 m à 0,40 m), je vous conseille deux obtentions anglaises de chèvrefeuille à petites feuilles, Lonicera nitida ‘Tiny Tips’ et ‘Scoop’. Mais ils se comportent aussi très bien quand on en fait des moutonnements jusqu’à 1,20 m de haut.
  • Pour des topiaires un peu volumineuses, au-delà de 1 m en tout sens, vous pouvez choisir des osmanthes (Osmanthus). Ils sont très résistants au froid, jusqu’à – 25°C et poussent dans tous les types de terre. On peut en faire des boules de 0,80 m à 1 m de large, mais également des haies jusqu’à 1,50 m de haut et 0,40 m à 0,70 m de large. Les osmanthes fleurissent au printemps et ils sont bien odorants. 
  • Au Sud, je vous conseille les pittosporums, car ils sont parfaits en terrain sec et sous climat chaud. On peut en faire des topiaires sans souci. 
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Vaux-le-Vicomte©marcolevallois

Ces alternatives peuvent-elles trouver leur place dans nos jardins historiques ?

Pour les parcs, les jardins de château, cette pyrale, c’est un cauchemar. Là aussi, on se bat avec les moyens à disposition pour l’instant. La surveillance est extrême ; les pièges à phéromones, les pulvérisations de bacille de Thuringe ou l’introduction de trichogrammes (microguêpes) indispensables. Certains domaines ont fait le choix de renoncer au buis. À Chambord, 22 000 pieds de fusains à petites feuilles (Euonymus microphyllus) ont été plantés pour former de petites haies. On a également utilisé du thym pour recréer les broderies. Ça casse un peu les codes, mais ça fonctionne bien. Et puis, on a travaillé des arbres fruitiers en pyramide comme on le faisait au XVIIe siècle dans le Potager du roi. Le château de Vaux-le-Vicomte a programmé l’arrachage de buis cet hiver et se laisse un temps de réflexion de 5 ans. En attendant, un appel à projets est lancé pour trouver une solution d’aménagement provisoire. Ce qui est terrible, c’est de se dire qu’en dehors des parcs, des jardins, on ne peut rien faire. Cette pyrale est une catastrophe écologique. Des sous-bois ont été intégralement dévastés et les ravages vont se poursuivre. 

Laurent Chatelain est pépiniériste dans le Val-d’Oise, spécialisé dans les arbres, les arbustes et les fruitiers. 

 

 

 

 

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