Dans leur Jardin de Basroger, dans le Cotentin, Maryvonne et Léon Faligot cultivent une petite collection de roses normandes. On l’ignore souvent, mais de nombreux rosiers sont nés en Normandie tout au long du XIXe siècle, parmi lesquels ‘Paul Noël’, ‘Ferdinand Pichard’, mais aussi ‘Le Bienheureux de la Salle’, victime d’une entourloupe, et connu aujourd’hui sous le nom de ‘Mme Isaac Pereire’… 

Rosa 'Triomphe d'Avranches' - Hortus Focus

‘Triomphe d’Avranches’ ©I. Morand

Hortus Focus : pourquoi les Normands se sont-ils mis à créer des rosiers ? 

Léon Faligot : les roses normandes sont liées à l’installation de l’impératrice Joséphine dans son domaine de la Malmaison, après son divorce d’avec Napoléon en 1809. Passionnée de botanique, elle a souhaité voir planter en son jardin toutes les roses existantes. Ce vœu provoque alors dans toute la France une vague de créations chez tous les producteurs de roses ! Le nombre de variétés de rosiers triple en dix ans, et le phénomène dure tout le XIXe siècle. En 1830, il existe 2500 variétés, et 10 000 en 1900 ! En Normandie, particulièrement dans la région de Bayeux, Avranches et Caen, 60 obtenteurs créent 700 variétés de ces roses normandes. 

 

 

 

 

Quelles sont les caractéristiques des roses normandes ? 

Rosa 'Mme WH Cutbush' - Hortus Focus

‘Mme WH Cutbush’ ©Didier Hirsch

Ce sont souvent des roses cent-feuilles (Rosa x centifolia), au ton de rose assez soutenu ; on y trouve aussi du rose pâle, mais peu de blanc. Elles sont alors utilisées pour les fêtes religieuses, les processions de la Fête-Dieu. Les jeunes filles jettent alors des pétales de roses, de marguerites… D’ailleurs, le nom de certains rosiers est très évocateur comme ‘Oriflamme de Saint-Louis’ (Baudry et Hamel, 1858). Ce sont des cultivars de rosiers galliques, Bourbon, polyanthas. Chaque obtenteur avait sa spécialité : à Rémy Tanne, les roses bicolores comme ‘Paul Noël’ et ‘Ferdinand Pichard’ ; à Levavasseur (dont les descendants sont pépiniéristes, à Ussy, dans le Calvados), les polyanthas par exemple. On lui doit ‘Jeanne d’Arc’, ‘Mme Cutbush’, ‘Maman Levavasseur’, ‘Gloire d’Orléans’. La plupart de ces roses normandes sont très parfumées et certaines variétés sont remontantes. 

Quel rosier normand a-t-il été victime d’une usurpation d’identité ?

Drôle d’histoire que celle de ‘Le Bienheureux de la Salle’ ! C’est un rosiériste amateur qui a obtenu cette variété et l’a baptisée ainsi. Il l’a vendu sous ce nom à un rosiériste professionnel de L’Haye-les-Roses qui, moyennant finances, a rebaptisé ce rosier du nom de l’épouse d’un riche banquier : ‘Mme Isaac Pereire’. Donc, si vous avez ‘Mme Isaac Pereire’ dans votre jardin, sachez qu’il s’agit d’un rosier normand. Et appelez-le ‘Le Bienheureux de la Salle’ !

Rosa 'Honorine de Brabant' - Hortus Focus

‘Honorine de Brabant’ ©Isabelle Morand

Quand et pourquoi les roses normandes sont-elles tombées dans l’oubli ?

Pendant la Première Guerre mondiale, la production s’arrête et les rosiers normands tombent dans l’oubli. L’histoire de leur redécouverte est extraordinaire. Daniel Lemonnier commence par retrouver leur trace, aux… États-Unis, dans un livre consacré aux roses anciennes. La plupart des rosiers portent des noms français, et il découvre que nombre d’entre eux ont été créés en Normandie. La quête commence… Éric Lenoir, autre passionné, les fait également renaître et en met en scène 160 variétés dans son Jardin des oubliées, à Balleroy, dans le Calvados. Dans les catalogues, on trouve aujourd’hui des roses normandes : ‘Mme Isaac Pereire’ en tête, mais également ‘Mme Arthur Oger’ (obtenu par Mme Herbert, 1828), ‘Mme Pierre Oger’ (Oger, 1878), ‘Triomphe de Caen’ (Oger, 1861), ‘Unique panachée’ (Mme Chaussée, 1821)…

Combien avez-vous de ces roses normandes dans votre Jardin de Basroger ?

Nous avons installé une vingtaine de variétés, exclusivement des rosiers créés dans la Manche ou le Calvados. Le but, ce n’est pas de créer un Conservatoire, mais de présenter ces rosiers à nos visiteurs. De leur faire découvrir la beauté de  ‘Gabrielle Oger’, ‘Triomphe d’Avranches’, ‘Oriflamme de Saint-Louis, ‘Bleu Magenta’, ‘Charlemagne’ ou ‘Honorine de Brabant’. 

‘Capitaine Basroger’ est-il un rosier normand ?

Rosa Capitaine Basroger - Hortus Focus

©Léon Faligot

Non ! Cette variété a été obtenue par la maison angevine Moreau-Robert. Le capitaine Gabriel Basroger est un enfant de notre commune, les Moitiers-en-Bauptois. En 1889, il commande l’Emma, quand un paquebot hollandais et un steamer anglais entrent en collision dans la Manche. Il dirige toutes les opérations de sauvetage et sauve avec son équipage 472 personnes, dont des Britanniques. Pour le remercier, la reine Victoria lui offre une cafetière de prix et demande qu’un rosier porte son nom. Le rosier, un mousseux, au rouge soutenu, est obtenu et baptisé un an plus tard. 

Le jardin de Basroger est ouvert à la visite. Plus d’infos ICI ! 

Où voir d’autres roses normandes ? Roses de Normandie, collection nationale, en Seine-Maritime. 

Où trouver des roses normandes ? Roses anciennes André Ève, Pépinières Brochet-Lanvin, Roses Guillot, Les Rosiers du Berry, Pépinière Francia Thauvin

 

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3 Réponses

  1. Lemonnier

    Bonjour,
    Je viens de découvrir votre site, et bravo pour votre intérêt pour les roses Normandes, dont vous avez l’amabilité de rappeler ma découverte tout à fait fortuite.
    Je suppose que vous êtes approvisionné chez Eric Lenoir.
    Bien cordialement,
    Daniel Lemonnier

    Répondre
    • Isabelle Morand

      Bonsoir, il faudrait demander à Léon Faligot via sa page Facebook Jardin de Basroger. Nous avons écrit l’article mais il s’agit de son jardin. Bonne soirée

      Répondre
  2. Blondet Bernadette

    Bonjour,

    J’ai trouvé le nom de mon rosier mousseux qui date de 1915 acheté par mon grand père car il est un hommage aux combattants de la guerre 14-18 “le Poilu” créé par le rosiériste Barbier (1915) issu de Wichuraiana moussu. Il est en pleine forme, fleuri en mai juin mais non remontant. Les roses centifolia muscosa embaument comme un parfum d’antan.

    Répondre

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