Antoine Lantin, chasseur d’insectes

 

Il se passionne pour l’entomologie et a trouvé un terrain de chasse à sa mesure : Ribanjou, la pépinière de son père, spécialisée dans la production bio de petits fruits. Avec son grand filet à insectes, Antoine Lantin bat les herbes et les arbres. Son objectif : inventorier la faune pour mieux la connaître et développer la lutte intégrée. Portrait d’un jeune chasseur d’insectes. 

Antoine Lantin

©Isabelle Morand

Hortus Focus : d’où te vient cet intérêt pour les insectes ?

Antoine Lantin (Ribanjou): je m’y intéresse depuis tout petit, grâce à mon père et mon grand-père avec lesquels j’ai fait beaucoup de balades dans la nature. Ils m’ont appris à observer les plantes, les insectes… La passion est venue pendant mon BTS en gestion protection de la nature. À force de voir des petites bêtes bouger partout, et grâce à des professeurs passionnés, j’ai attrapé le virus de l’entomologie.

Tu es chargé de faire un inventaire des insectes sur la pépinière. Comment procèdes-tu ?

Je bats les herbes avec un grand filet. Je peux aussi taper sur des branches pour faire tomber les insectes dans le filet. Mon œil s’est aussi exercé à observer ce qui court, saute, s’envole quand je marche ! Comme depuis 20 ans, la pépinière produit exclusivement en bio, je n’ai pas de difficultés à les trouver ! Puis je photographie chaque insecte avant de le relâcher là où je l’ai trouvé. Commence alors la partie la plus difficile du job : l’identification. 

 

 

Combien d’espèces as-tu déjà découvertes ?

Sur le terrain de l’entreprise, j’ai déjà inventorié 530 espèces ; je pense qu’à terme, ce chiffre sera multiplié par trois. La zone est très riche, et peut-être encore plus depuis que la décision a été prise de ne plus couper une grande partie des herbes dans les parties réservées aux pieds-mères. Nous sommes dans une logique de conservation.  Je suis en train de créer une base destinée à aider les employés de l’entreprise à reconnaître eux aussi les insectes présents sur le site. 

L’identification, c’est une galère ?

Je commence à pouvoir identifier jusqu’à la famille, sans avoir désormais besoin d’aide. Je peux identifier à coup sûr entre 200 et 300 espèces, sans devoir recourir à des clés d’identifications, à des recherches dans des livres ou sur internet. J’apprends tous les jours. Mais pour l’instant, je ne peux évidemment pas me passer d’aide. Je me suis fait un réseau de spécialistes un peu partout en Europe. Ils m’aident beaucoup. J’utilise aussi une application, INaturalist, créée par l’Université de Californie. On y poste des photos et des experts répondent. J’ai beaucoup progressé en regardant les photos et leurs réponses. Mais l’identification, ça peut de prendre de quelques heures à plusieurs semaines ! Puis, je me renseigne sur sa biologie, le régime alimentaire de l’insecte, son rôle en bien ou en mal au niveau des cultures. 

Quelle est la destination finale de ton travail sur les insectes ?

Je suis chargé de participer à une réflexion globale sur la culture biologique, afin de maximiser la présence des auxiliaires déjà présents dans notre environnement. Il faut pouvoir se servir de cet environnement comme un allié et non chercher à introduire de nouvelles espèces qui ne sont pas forcément adaptées. Notre pépinière fonctionne en bio depuis 20 ans, ce n’est pas si courant dans le contexte horticole. En allant plus loin encore, nous souhaitons pouvoir recevoir la mention de l’association ” Nature et Progrès “. Basée sur une vision globale de cohérente, cette mention est un signe de garantie pour les consommateurs. 

 

groseillier à maquereau - hortus Focus

Groseilles à maquereau ©Isabelle Morand

Ton travail est-il la base de tests ?

Oui, potentiellement. Mais, ici, on fait des tests tout le temps. Cette année, on observe des groseilliers à maquereau. Ces petits fruitiers sont souvent victimes d’attaques de tenthrèdes. Les femelles tenthrèdes ont une petite scie à l’arrière de l’abdomen pour couper les tiges et pondre ensuite dedans. La reproduction est rapide, jusqu’à deux générations par semaine. Les larves sont voraces, elles mangent les feuilles et laissent uniquement la nervure.

Cette année, on a mis des groseilliers à maquereau sous des filets anti-insectes. Sous ce filet, on a introduit, 5 ou 6 espèces d’araignées, quelques carabes (des sortes de gros scarabées qui mangent tout ce qu’ils croisent). On a introduit aussi des coccinelles, des chrysopes qu’on appelle les lions des pucerons. Pour l’instant, ça a l’air prometteur, on n’a pas eu trop de dégâts sur les groseilliers à maquereau, contrairement aux autres années, où on pouvait perdre jusqu’à 50 % de la production, juste à cause des tenthrèdes.

Cet inventaire a t-il également entraîné des changements ?

Oui, nous avons fait évoluer quelques pratiques. L’année dernière, j’avais pu observer que laisser des herbes hautes maintenait une grande population de prédateurs proches de nos pieds-mères. Avant, on rasait tout. Aujourd’hui, nous gardons enherbé ce secteur. Nous allons aussi planter de nombreuses vivaces en bordure des plate-formes de culture. Nous avons choisi des végétaux locaux pour pouvoir conserver les prédateurs d’une année sur l’autre. Il faut essayer de créer un milieu parfait pour les prédateurs et le milieu le moins attirant possible pour les ravageurs. Enfin, nous allons creuser deux nouvelles mares pour créer un ” corridor écologique “, et accueillir plus de libellules et de batraciens. 

 

 

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