Les ventes de chaudières et de poêles à granulés ou à pellets ne cessent d’augmenter en France. Une manière “écologique” de se chauffer ? Oui, mais… Quand des superbroyeurs sont utilisés, tout y passe, l’arbre, les déchets, le bois mort. Ne reste qu’un sol nu. Sans humus, c’est toute la vie du sol qui est menacée, comme l’explique Éric Lenoir .

Isabelle Morand : que sont exactement les granulés et les pellets ? 

Éric Lenoir (pépiniériste et auteur du “Petit traité du jardin punk“) : il s’agit de produits issus – normalement – de déchets de scieries. Ces déchets sont transformés et utilisés pour se chauffer. Dans le principe, c’est parfait ! Si on utilise uniquement des déchets de scierie, c’est fantastique. Pellet est le mot anglais pour granulé, il s’agit du même produit dès lors qu’ils sont “de bois”.

Où est le problème alors ?

L’industrie sylvicole a pris la très mauvaise habitude de broyer tout ce qu’elle exploite en forêt, les fûts, mais aussi les petites branches (les purges) qui, autrefois, étaient restituées au sol forestier en étant abandonnées sur place. Ces petites branches ne sont pas exploitables en scieries. Quand elles restent dans les forêts, elles contribuent de façon essentielle à renouveler les sols par un apport de matière organique sous forme de bois mort. Maillon essentiel de la vie du sol forestier, elles sont nécessaires à maintenir – ou préserver – le cycle fécond de la vie, la présence des coléoptères, invertébrés, champignons, eux aussi indispensables au bon fonctionnement de l’écosystème forestier.

forêt - sylviculture - Hortus Focus

©brightstorm

Certaines entreprises n’en ont strictement rien à faire… Elles utilisent d’énormes broyeurs, surpuissants qui peuvent avaler des arbres entiers ! C’est délirant ! Quand ces broyeurs passent, il ne reste plus rien, et surtout pas les petites branches, le bois mort si important pour le sol et la forêt. Même ces bois-là sont ramassés pour entrer dans la fabrication des granulés et pellets. C’est une catastrophe environnementale.

Actuellement, après exploitation, on est environ à 15 m3 de bois mort à l’hectare. Or, il faudrait 50 m3 à l’hectare pour que la forêt se renouvelle convenablement. Et ce cubage ne cesse de diminuer maintenant que les entreprises savent récupérer des débris, surexploiter la forêt jusqu’à l’outrage, pour fabriquer granulés et pellets supposés nous permettre de nous chauffer “écologiquement”.

C’est d’ailleurs presque amusant de voir à l’œuvre le marketing des producteurs ou revendeurs de pellets et granulés : “granulés de bois 100% naturels” (c’est du bois, mon pote, on ne va pas non plus y rajouter du plastique en plus de l’emballage), “un monde meilleur où l’on se chauffe au bois’ (pendant combien de temps encore ?), un “combustible économique… alliant performance, et écologie” (et surtout greenwashing pour une belle croissance verte à très court terme.

Nos forêts exploitées seraient donc en danger ?

De nombreux sylviculteurs font bien leur boulot, il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur toute une profession. Mais certains n’en ont strictement rien à faire de rien qui limiterait leurs profits à court terme, et surtout pas de l’avenir des forêts. Ils continuent à bousiller les massifs et le sol forestier en surexploitant les résineux à un rythme délirant et dans des régions où ils ne devraient pas pousser. Et indirectement, quand nous achetons des granulés et pellets sans connaître leur provenance précise, ou sans tenir compte du fait que leur fabrication implique en réalité un fléau écologique, nous participons à cette destruction.  

Pire que les granulés: les plaquettes

Si les granulés pour poêles individuels peuvent poser problème, la plaquette forestière -appelée aussi bois déchiqueté- est quant à elle bien plus dommageable encore à l’écosystème forestier. Employées comme combustible dans des chaufferies de taille supérieure, domestiques ou industrielles, pouvant accepter un matériau plus grossier (c’est un broyat de bois non compressé), elles sont issues du broyage direct des purges et du bois jugé “de faible valeur”. Cette valeur n’est évidemment qu’économique, chaque arbre en ayant une grande au sein des écosystèmes. 
Là, directement en bord de route, on peut voir d’énormes broyeurs avaler des arbres entiers, qu’il s’agisse de résineux, de hêtres, de charmes, de bouleaux, de merisiers ou de chênes, dès lors qu’ils ne sont pas valorisables en bois d’oeuvre ou qu’ils sont jugés susceptibles de nuire au développement des arbres à haute valeur…ou qu’il a été décidé d’exploiter l’ensemble de la parcelle de la façon la plus rentable et/ou la plus rapide possible. 
Si la loi restreint le broyage à un diamètre maximal de tronc selon les essences pour théoriquement éviter les abus, la réalité des faits sur le terrain est toute autre. Et quand bien même, broyer un arbre -avec des énergies fossiles de surcroît- tient de l’hérésie consumériste, d’un déni total des réalités écologiques.   

Comment maintenir les forêts en bon état ? 

Une forêt se maintient et se renouvelle notamment à partir de son bois mort qui va devenir son sol. Elle a besoin de très vieux arbres (même morts ou mourants) qui servent de logis à des animaux et dont le diamètre est suffisant pour permettre l’apparition de champignons spécifiques quand ils meurent. Certaines espèces d’amadouviers ne peuvent pas apparaître sur des arbres de trop petit diamètre. Or, ils sont un aliment primordial pour certains coléoptères qui vont, en les consommant, les transformer en la base d’une mycorhize (association d’un champignon et d’une plante) prépondérante pour affronter, entre autres, les périodes de sécheresse.

Fomes fomentarius - Hortus Focus

Fomes fomentarias ©haarms

Ces mycorhizes du sol vont, de surcroît, engendrer  une meilleure assimilation de certains nutriments par les arbres, et jouer le rôle de réseau de communication entre eux.

Si on prive le sol forestier du bois mort, rien ne pourra se faire convenablement. 

Le champignon en bout de chaîne ne pourra pas apparaître, ce qui fragilisera la forêt tout entière qui souffrira alors beaucoup plus de la sécheresse, de l’appauvrissement nutritif, et de la plupart des maux imaginables. Il faut bien penser qu’un bois – et a fortiori un massif forestier –  “fonctionne” comme un vaste organisme, ou plus précisément un holobionte :  un ensemble d’êtres vivants interdépendants que l’on trouve tant à l’air libre que sous terre, sur les feuilles comme dans les tissus racinaires. L’ensemble forme une chaîne qui cesse de jouer son rôle dès lors qu’un maillon est brisé.

Et que se passe-t-il quand on replante après avoir tout exploité ? 

Les rendements sont le plus souvent bien plus faibles qu’avant. Les sols, fortement soumis aux intempéries parce qu’ils ne sont même plus protégés par les purges, subissent une érosion plus forte. Le peu de matière organique restant à leur surface est plus aisément emporté par les pluies…
Les jeunes plants sont très sensibles aux aléas climatiques, d’autant plus que le sol qui les accueille n’est pas aussi hospitalier qu’il le devrait. Dans le cycle de vie sur le long terme d’une forêt, les essences pionnières (bouleaux, frênes, saules…) préparent le terrain durant des années pour les essences dites nobles (chêne, charme, hêtre…). Ces essences nobles vont ensuite, lentement, constituer un écosystème extrêmement fonctionnel d’une efficacité à vivre d’autant plus élevée que la forêt sera variée et comportera de vieux arbres (plus de 200 ans), qui sont la mémoire des lieux et les fabricants de conditions d’accueil à leurs successeurs. Malheureusement, on ne laisse plus vieillir les arbres, au point que les temps séparant la plantation de l’exploitation sont de plus en plus courts (autrefois on attendait 100 ans pour couper un chêne, c’est désormais 80 ; les bois blancs sont coupés avant 30 ans, etc.).

Depuis des décennies, on s’est mis à faire de la monoculture d’arbres comme on fait de la monoculture dans les champs : la même essence, régnant seule et sans partage, sur des hectares et des hectares, dans un  unique objectif de rendement financier. On en constate aujourd’hui les méfaits, en particulier avec la disparition programmée des épicéas, massivement plantés depuis les cinquante dernières années en rangs d’oignons au-delà de leur biotope originel (la montagne). Ils sont désormais en proie à un développement incontrôlable d’un scolyte (un tout petit insecte) qui a largement profité de ces immenses massifs et du réchauffement climatique… qui s’aggrave quand les forêts meurent.

scierie - dechets - gelmold

©Gelmold

Comment faire pour se chauffer sans nuire aux forêts ?

En commençant par bien isoler sa maison, utiliser un poêle ou un insert performant… puis en ne se chauffant pas plus que nécessaire.
Ensuite, si vous êtes certains que les granulés et pellets utilisés viennent bien de déchets de scieries ou de l’industrie du bois, cela ne pose aucun problème : les déchets sont valorisés et c’est une bonne nouvelle. 

Vous avez aussi la possibilité de passer à  autre chose que le granulé bois, comme le granulé de miscanthus. Ces graminées géantes originaires d’Asie, ici sous une forme horticole stérile qu’on nomme parfois « herbe aux éléphants », sont des plantes à  forte production de biomasse cultivées en plein champ de façon pérenne. Cette culture a le double mérite de ne pas nuire aux forêts et de bloquer l’érosion des sols qu’elles occupent, tout en accueillant une biodiversité plus importante que celle d’une parcelle cultivée conventionnelle.

Mais vient alors le débat consistant à s’interroger sur la proportion de terres agricoles qu’on consacre à l’alimentation et celle qu’on accorde aux biocombustibles, ce qui est une autre source d’interrogations ! 

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