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Dans le Jardin des plantes de Rouen

Serres du jardin des plantes Rouen
Didier Hirsch

Il est ouvert tous les jours, toute l’année. On y propose de très nombreuses animations, des expositions pour les petits et les grands, notamment à Halloween ou pendant les fêtes de fin d’année. Petit tour dans l’histoire du Jardin des plantes de Rouen avec son directeur Julien Goossens.

Hortus Focus : comment est né le Jardin des Plantes ?

Julien Goossens : C’est une longue histoire. Elle démarre en 1691 quand Louis de Carel, président de la Cour des Aides (chargée de traiter les contentieux fiscaux) achète un grand terrain sablonneux qui appartient alors à la communauté des Religieuses Emmurées de Rouen. Il fait entourer le terrain de murs et y cultive un jardin dans lequel les Rouennais peuvent venir se promener. C’est d’ailleurs l’une des caractéristiques du jardin : quel qu’en soit le propriétaire, il a toujours été ouvert au public. 

Jardin des plantes de Rouen
©Arnaud Serander / wikimedia

Les propriétaires se succèdent-ils ?

À la mort de Louis de Carel, en 1717, la propriété est cédée à John Law, surintendant général des Finances sous la Régence. Puis en 1741, il passe dans les mains de Mme Planterose (NDLR : ça ne s’invente pas…) avant de passer dans les mains du limonadier Francis Thillard. En 1811, Antoine-Guillaume Rampon, proche de Napoléon, rachète le domaine et Napoléon y fait installer la Sénatorie de la Seine-Inférieure. Il faut attendre 1832 pour que la ville de Rouen achète la propriété dans le but d’y transférer son Jardin botanique, alors trop à l’étroit. 

Tout est donc aménagé et construit en ce milieu du XIXe siècle ?

Non. Le jardin a été dessiné, aménagé, on a aussi construit la serre centrale qui est un pavillon d’acclimatation. Le groupe des sept serres a été édifié en 1883, l’orangerie à la fin du XIXe siècle. À cette époque, le jardin a les dimensions qu’il a aujourd’hui :  9 ha dont 8 sont accessibles au public. Enfin, les serres tropicales ont été installées entre 1936 et 1938. 

jardin des plantes de Rouen
©Didier Hirsch

D’où vient la collection d’orchidées du Jardin ?

Cette collection nous a été léguée par Eugène Boullet, un banquier passionné de nature et de voyages. C’était un fou de papillons dont la collection de 25 000 spécimens a été donnée au Museum  national d’histoire naturelle de Paris. Comme il gagnait fort bien sa vie, il a pu partir loin et souvent en voyage. Il est notamment allé en Asie, à Bornéo, à Sumatra. Il a herborisé sur le mont Kinabalu, en Malaisie. Et il a rapporté de très nombreuses orchidées qu’il a d’abord conservées chez lui. Sa maison ayant été détruite pendant la guerre, il a pu – par chance – confier sa collection à des amis qui possédaient des serres juste à côté de Rouen. Eugène Boullet est décédé en 1923 et il l’a léguée au Jardin des Plantes de Rouen. 

Cette collection n’est pas labellisée ?

La collection dans son ensemble a, avant tout, une énorme valeur patrimoniale. Nous avons demandé la labellisation CCVS (Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées) pour nos Paphiopedilum. C’est le genre le plus représenté dans la collection d’Eugène Boullet. Et nous avons des plantes incroyables. Nous conservons des souches issues de la collection d’origine, prélevées dans la nature au XIXe siècle. 

 

 

Quelle est la star de cette collection ?

Incontestablement Paphiopedilum rothschildianum. Aujourd’hui, on peut trouver ces orchidées dans le commerce, mais le Jardin botanique possède les souches historiques du mont Kinabalu, de Bornéo et de Sumatra. À ma connaissance, il n’y a en a plus guère là-bas. Nous connaissons un botaniste qui s’est rendu là-bas voilà trois ans et est rentré bredouille. Les zones où poussent cette orchidée et bien autres sont victimes de la déforestation. 

Paphiopedilum rothschildianum
©Olha Pashkovska

La préservation, la conservation sont deux missions d’un jardin botanique ?

Ce sont même nos missions essentielles. C’est le rôle des jardins botaniques de conserver ce patrimoine génétique sauvage pour le restituer potentiellement. J’insiste sur le potentiellement, car comment réintroduire des plantes dans des milieux très déforestés ? Tout dépend de la volonté des pays… J’aime bien citer le cas de Madagascar qui a énormément détruit ses milieux naturels. Il y a quelques années, le pays a fait appel au Jardin du Conservatoire botanique de Brest qui préserve le patrimoine génétique d’une partie de la flore malgache pour réintroduire des spécimens.

La préservation concerne-t-elle aussi les espèces locales ?

Bien sûr ! Nous travaillons en partenariat avec le Conservatoire botanique national de Bailleul. Nous récoltons en nature pour conserver le patrimoine végétal régional et le diffuser. C’est un travail d’une extrême importance, car les dernières études sur notre flore sauvage révèlent une situation catastrophique. En ex-Haute-Normandie, 3 espèces sur 5 sont menacées alors qu’à l’échelle nationale c’est 2 sur 5. On parle beaucoup de la disparition des grands mammifères. C’est très bien. Nous, on n’a pas de girafes, mais une multitude de végétaux très menacés. Donc, c’est aussi le rôle des jardins botaniques de conserver ce patrimoine. Il est réuni dans un Atlas régional. 

Quelles actions concrètes menez-vous ? 

On réfléchit et agissons par milieu. Voilà plusieurs années, nous avons mis en route le jardin de la mégaphorbiaie. Il s’agit d’une prairie un peu fraîche constituée de grandes herbes. En route également : des parcelles conservatoires sur les tourbières de Normandie, sur les milieux neutrophiles et surtout les pelouses calcicoles très présentes en vallée de Seine. 

Ranunculus aquatilis
©wikimedia

Et nous travaillons avec le Conservatoire de Bailleul pour multiplier des espèces locales. En 2021, nous sommes allés récolter de la renoncule aquatique (Ranunculus aquatilis) dans le nord de la région. C’est une espèce vraiment menacée. Elle prospère aujourd’hui dans des bassins dédiés.

Quels sont les effets des changements climatiques sur le jardin ? 

Nous avons connu une année 2020 catastrophique. Les botanistes se sentaient complètement démunis devant des arbres qui mourraient à vitesse grand V. Et depuis 4 ans, la situation s’aggrave. Les phénomènes extrêmes s’enchainent : grosses chaleur, manque d’eau, trop d’eau.

Quand on passe les 40°C à Rouen, impossible de maintenir nombre de vieux arbres. Nos séquoias dépérissent en raison de pics de chaleur. 

Le 31 juillet 2020, nous avons eu 41°C. En deux heures, nous avons vu des charmes vriller ! Le matin, ils étaient verts ; le soir, ils étaient comme passés au four !  

Allez-vous planter d’autres espèces ?

Oui. Le Jardin botanique et notre site de production vont devenir des laboratoires. Il nous faut expérimenter toutes les nouvelles plantations possibles en milieu urbain puisque notre jardin se trouve dans la ville. 

Les collections du Jardin botanique de Rouen

Agréée par le CCVS, la collection de fuchsias rustiques, semi-rustiques (botaniques et cultivars) compte 900 taxons (65 espèces sur la centaine existant sur la planète). 

Autres collections agréées, celle des iris botaniques et celle du Verger Conservatoire (pommiers et poiriers).

Il existe bon nombre d’autres collections, mais elles ne sont pas labellisées comme celle qui réunit de nombreux spécimens de flore sud-américaine.

Le jardin abrite aussi une belle collection de plantes aromatiques et médicinales. « Nous travaillons en pharmacologue avec l’Université de Rouen en lui fournissant de la plante fraîche pour des recherches sur le cancer en général et le cancer de l’utérus en particulier”.

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