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Jardinier-médiateur : la vocation tardive de Jérôme Rousselle

Mathieu Grenon

Tout jeune, Jérôme Rousselle entretenait consciencieusement le jardin familial sans y voir l’ombre d’une vocation. Une carrière dans la communication, des envies d’ailleurs… et soudain la conviction que l’univers du végétal est le bon chemin à explorer. Aujourd’hui, Jérôme s’est créé son métier idéal. Jardinier-médiateur, il partage l’amour de la nature et le goût d’en prendre soin avec des publics fragiles lors d’ateliers de jardinage et des promenades écologiques. Retour sur une reconversion heureuse.

Hortus Focus : qu’est-ce qui vous a conduit à travailler dans la communication ?

Jérôme Rousselle : j’ai baigné dans ce milieu durant mon enfance, j’ai donc commencé par me dire « tout sauf ça » ! Puis je me suis rendu compte que j’avais l’esprit formé aux métiers de la communication, et que ceux-ci me permettraient de satisfaire ma curiosité, cette dimension de « culture universelle » que mes parents m’avaient transmise. Sans avoir la vocation, j’ai fait carrière avec plaisir dans ce secteur, principalement dans l’éditorial. 

Quand commencez-vous à envisager une reconversion ?

À l’adolescence, des problèmes de santé ont amené à envisager pour moi un métier manuel. Pour « l’intello à lunettes » que j’étais alors, c’était tout simplement impossible. Et voilà que vers trente ans, je commence à avoir une sorte de « nostalgie » du travail manuel, d’un rapport au temps, à l’esthétique, au goût du détail très différents de ce que je vivais dans mon quotidien. Pas encore une conviction, mais une maturation qui se fait lentement en moi. 

Quelques années plus tard, quand les aléas de la vie professionnelle se présentent, je suis prêt, je saute sur l’occasion ! Une séparation d’avec mon employeur dans des conditions confortables me permet de préparer la suite en faisant un bilan de compétences motivant, inspirant et en fin de compte, efficace, à l’APEC. Et c’est ainsi que je me trouve à regarder du côté de la nature.

Quelles sont vos premières démarches dans cette direction ?

Fin août 2018, je contacte plusieurs établissements de formation au paysage, au jardinage et à l’horticulture et à partir de ce moment-là, c’est l’évidence, le sentiment que le chemin m’apparaît au fur et à mesure que j’avance. Sitôt ma demande d’information reçue, le directeur de la formation pour adultes de l’École du Breuil me propose un rendez-vous. En m’y rendant, je vis une véritable révélation ! Je vois un groupe d’élèves et leur professeur en train de travailler sur un bout de terrain… Soudain, j’ai la conviction que c’est là, dans le jardin, que je veux être. Depuis, le souvenir de cette expérience ne m’a pas quitté et a régulièrement guidé mes choix. 

Quelle est alors votre première expérience ?

L’année scolaire étant déjà entamée, je me mets en quête de stages et de rencontres avec des professionnels pour valider mon intuition. Ma première expérience, au Domaine national Saint-Germain-en-Laye, est très enrichissante : j’aime le travail physique et j’éprouve de la fierté de contribuer à la beauté du lieu. À tel point que j’y retourne quelques mois plus tard en tant que travailleur saisonnier. 

En septembre 2019, j’entre à l’École du Breuil pour préparer le baccalauréat professionnel “Aménagements paysagers”, en cours du soir. Une année passionnante au terme de laquelle j’obtiens mon diplôme. Depuis, je n’ai pas quitté cette école ! Chaque année, j’y suis une nouvelle formation, Biodiversité, faune et flore en milieu urbain, Composition paysagère et cette année, Agriculture urbaine. Toutes me passionnent et me permettent d’enrichir mes pratiques de jardinier et de jardinier-médiateur.

Justement, comment avez-vous eu l’idée d’être jardinier-médiateur ?

Début 2019, je suis conduit à me rendre régulièrement en EHPAD, je réalise que ceux-ci comportent souvent un jardin… vide la plupart du temps. Cela me surprend, car le jardin procure du bien-être et mobilise nos fonctions cognitives et motrices. En suivant ce fil, je découvre une pratique, l’hortithérapie, que je pourrais résumer en disant qu’elle consiste à prendre soin de soi en prenant soin du jardin. Et je découvre un lieu, le jardin thérapeutique, que l’American Horticultural Therapy Association (AHTA), définit comme un « environnement dominé par les plantes, conçu pour faciliter l’interaction avec les éléments thérapeutiques de la nature ». 

Où êtes-vous intervenu pour la première fois ?

La Fédération Française Jardins, Nature et Santé (FFJNS) a son siège au Centre hospitalier Théophile Roussel, à Montesson (78), juste à côté de là où j’ai grandi. Je m’y rends, et découvre que le Pôle de psychiatrie pour adultes bénéficie d’un jardin thérapeutique. Je repars avec une convention de stage, alors que je n’ai pas encore démarré mon année de formation à l’École du Breuil ! Le stage se passe très bien. Je participe à l’entretien du jardin et aux ateliers de jardinage avec les patients. L’expérience m’enthousiasme et, avant de partir, je rédige un rapport, dans lequel je propose des pistes pour optimiser l’utilisation de ce jardin, en tant qu’outil au service de la thérapie. Le directeur de l’hôpital me prend au mot et me propose un poste à temps partiel en tant que jardinier-médiateur, que j’occupe encore à ce jour. 

Quelles sont vos missions de jardinier-médiateur ?

Je suis responsable du Jardin des tisanes, un espace de 200 m2, positionné dans l’enceinte du Pôle de psychiatrie générale. Je l’entretiens, en ayant en tête qu’il y ait toujours quelque chose à y faire avec les patients. Et bien sûr, j’anime les ateliers de jardinage, accompagné d’un soignant. Intégré à l’équipe soignante, j’assiste aux réunions de transmissions, ce qui me donne des informations sur la pathologie, l’histoire et l’état du jour de chaque patient. Cela me permet d’adapter les ateliers non seulement en fonction de l’actualité du jardin, et du rythme des saisons, mais aussi des patients. Certains sont très méticuleux, d’autres ont besoin de se défouler, certains sont anxieux, d’autres renfermés ou délirants. 

jardinier-médiateur
©dr

En tant que jardinier-médiateur, je vais leur faire réaliser des gestes, essayer de susciter et maintenir leur attention, leur partager des notions de jardinage ou de botanique. En plus du jardin thérapeutique proprement dit, l’hôpital bénéficie d’un parc de 30 hectares. J’y organise des promenades écologiques, leur fais découvrir les milieux, les interactions entre les plantes, les insectes, les oiseaux, etc. Là, nous ne sommes plus dans l’hortithérapie mais plutôt dans l’écothérapie, une démarche d’immersion, de contemplation et de connexion à la nature.

Votre vie antérieure vous aide-t-elle dans votre nouvelle activité ?

Avec le recul, je réalise qu’il y a des constantes : j’ai toujours eu à la fois une grande curiosité et le goût de transmettre. C’est ce qui m’a plu dans la communication et, différemment, ce que je fais aujourd’hui. Je n’ai pas suivi de formation de soignant. Aujourd’hui, à mon âge, c’est surtout mon expérience humaine qui m’aide à échanger avec les patients. À partir du moment où l’on est dans l’empathie, les choses deviennent naturelles et, souvent, heureuses.

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