Moi, Désirée, la libellule déprimée

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Avec mes gros yeux globuleux et un poil tristouilles, j’en connais qui ont envie de me câliner ou de me remonter le moral. On se calme ! N’oubliez pas que je cache bien mon jeu. Oui, je suis une libellule déprimée, mais aussi une super prédatrice.

C’est la faute à mon abdomen…

Je sais qu’il fallait bien me trouver un nom, mais le mien n’est guère flatteur. Libellule déprimée (Libellula depressa en latin, ce n’est pas mieux…) et pourquoi pas libellule au bout du rouleau ? Merci M. Linné… Quand je pense que c’est la faute à mon abdomen. Depressus signifie aplati en latin, pas moral à plat ! Effectivement, mon abdomen est plutôt plat et large. Cela me différencie des autres membres de la famille des odonates, et voilà comment je suis devenue la libellule déprimée, grrrrrr… Et comme en plus, j’ai de gros yeux tristes… La totale !

libellule deprimee
Close up of Broad Bodied Chaser Dragonfly Libellula depressa on flower bu

Je ne traîne pas n’importe où, moi !

Comme toutes les libellules, je fuis l’activité humaine. Ils me font peur ces immenses machins qui vivent sur deux grandes pattes, parlent fort et sont parfois vraiment dégoûtants. Ils jettent des trucs partout, polluent les sites où, moi, je vis : les mares, les étangs, les lacs. J’en suis parfois réduite à trouver refuge dans les mini-bassines disposées dans les jardins vierges de toute pollution. J’ai lu d’ailleurs dans le magazine « LibelluleNews » que ma présence, celles des demoiselles et des autres odonates en général, est un indicateur de la bonne qualité du milieu. Je suis d’accord et n’imagine d’ailleurs pas un instant aller barboter dans des milieux tout cracras. Pas envie de manger des proies empoisonnées ou de donner vie à des petits qui seront en danger de mort.

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©Matt_Gibson

Je suis le Gargantua des mares !

Tout le monde dans la nature s’accorde à dire que j’ai un énorme appétit. C’est vrai ! J’adore manger tous ces insectes qui sont plus petits que moi et qui se déplacent dans et autour d’une étendue d’eau bien ensoleillée. Un bon coup de dent et crac, dans le cornet ! Et, en cas de dent creuse, je peux même choper une abeille en vol. Je n’hésite jamais quand j’ai faim.

Et mes bébés, c’est encore pire !

Même si j’aime beaucoup mes enfants, je me dois d’avouer qu’ils ne sont pas beaux, voire vraiment laids. Il faut bien que jeunesse se passe, mais je me demande souvent comment moi, libellule déprimée si belle, si élégante malgré mes gros yeux, je peux donner naissance à des armées de petits aliens. Mes larves sont grosses comme le doigt d’un être humain, elles ont des pattes toutes crochues et d’énormes mandibules. En revanche, je suis très fière en voyant la force de mes descendants : postés au fond de l’eau, ce sont des prédateurs d’une efficacité redoutable. Ils mangent tout ce qui bouge ! Têtard, alevins… Tout y passe et en cas de grosse dalle, un triton peut se retrouver au menu.

Ça rigole moyen quand on est dans le coin…

Petits insectes, gare à vos fesses ! Et chers concurrents, évitez de traîner là où nous sommes installés. On n’aime pas les intrus, on leur fonce dessus pour les chasser. Tous les mâles que j’ai fréquentés (mais ne croyez pas pour autant que je suis une libellule déprimée facile) sont de féroces défenseurs de leur territoire. Ouste, les importuns, les rivaux et plus vite que ça ! Et si le prétendant ne veut pas prendre la poudre d’escampette, c’est le duel. Ils se battent comme des chiffonniers, avec une grande violence.

L’accouplement de la libellule déprimée, c’est pas de la tarte

Il faut faire l’amour en vol, replier nos abdomens tout en surveillant les alentours. Et même si ce sont pas des pères présents après la naissance de nos larves, ils restent quand même avec les femelles jusqu’à la ponte. Après, ils se barrent (ils n’assistent même pas à la première échographie, pfff). Faut dire que le stade larvaire dure entre un an ou ans avant que les babies prennent leur indépendance à l’air libre. Ah, au fait, vous savez comment reconnaître un mâle d’une femelle ? Les mâles ont le corps bleu clair et des taches noires à la base des ailes, les femelles elles c’est marron-jaune.

libellule déprimée
femme ©DjMiko
libellule déprimée
©Wirestock
Libellule de la Préhistoire
©Isabelle Morand (Terra Botanica)

On en a vu d’autres, mais on a peur en ce moment…

En tant que libellule déprimée, j’avoue ne pas être très optimiste sur mon avenir. Même si je ne figure pas sur la liste des espèces les plus menacées, je me rends bien compte que tout change autour de moi et pas franchement en bien. Espérons qu’on passera cette sale période.

Après tout, qui vient du fond de la préhistoire ? Les humains ou moins ? Bah, c’est moi, les chéris. Et croyez-moi, j’étais une autre à l’époque. Je mesurais 1 m en tout sens. Imaginez… 1 m en tout sens. Je me posais sur des fougères gigantesques, je survolais des bouquets de prêle géante. Et le bruit de mes ailes faisait penser à celui d’un gros hélicoptère d’aujourd’hui ! Maintenant, je vrombis en mode discret. Vous pouvez me voir grandeur nature à Terra Botanica, dans la partie du parc consacrée aux Racines de la vie. 

Je suis un modèle pour les scientifiques et les chercheurs

Vous savez ce qui me différencie de nombreuses espèces d’odonates ? Moi, je suis musclée. En dehors de la taille (je me suis nanifiée, quelle horreur !), j’ai conservé mes muscles de la Préhistoire. Ils me permettent d’activer mes ailes. Chez la plupart des insectes volants, les muscles activent des plaques sur le thorax qui vibrent et c’est cette vibration qui fait bouger les ailes. Ils se compliquent la vie… Mes ailes battent plus lentement que les leurs, mais peu importe ! Je les bats tous à la course en vol. Médaille d’or à moi, Désirée, la libellule déprimée avec une capacité à voler à 36 km/heure. Seul le taon vole aussi vite que moi. Les autres concurrents ne nous arrivent pas à la socquette : ces gros ballots de frelons volent à 22 km/h. La mouche est nullissime avec ses 11 km/h. Quant à ces feignasses de moustiques… pfff ! 2 km/h, quelle honte…

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